Né le 8 janvier 1923 à Paris (XIe arr.), fusillé le 17 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; aide imprimeur à l’Imprimerie nationale ; communiste ; membre de l’Organisation spéciale (OS).

Fils de Jean, ajusteur, et de Jeanne, née Chaminade, domestique, André Aubouet alla à l’école primaire de la rue Pierre-Larousse, et il obtint à l’issue de sa scolarité le certificat d’études primaires. Il faisait du sport au gymnase de la rue Huyghens. Il fut engagé comme apprenti à l’Imprimerie nationale, là où travaillait son père. Il demeurait chez ses parents dans les HBM au 156 rue de Vanves (Raymond-Losserand) à Paris (XIVe arr.). Il adhéra aux Jeunesses communistes en 1937, comme Raymond Tardif qui habitait dans le même immeuble. Après la désorganisation provoquée par l’interdiction du Parti communiste en septembre 1939, les jeunes communistes de l’arrondissement reprirent des contacts en août 1940. André Aubouet aurait adhéré à l’OS en novembre 1941.
Le 20 janvier 1942, il participa en compagnie de Jean Garreau et Raymond Tardif, à un attentat contre un assistant de la Feldpost, Léo Pepling, boulevard de Vaugirard (XVe arr.). Le 6 février 1942, il était dans l’équipe qui déposa des explosifs contre une maison de tolérance de la Wehrmacht 106 avenue de Suffren (XVe arr.). Il fut arrêté le 14 mars 1942 par quatre inspecteurs des Brigades spéciales. Son domicile fut perquisitionné sans succès. Après son interrogatoire dans les locaux de la préfecture de police, il fut incarcéré à la prison de la Santé.
André Aubouet fut jugé du 7 au 14 avril 1942, en compagnie de vingt-six autres combattants devant le tribunal du Gross Paris qui siégea à la Maison de la Chimie, 28 rue Saint-Dominique (VIIe arr.). Les Allemands voulaient donner un grand retentissement à ce procès, et la presse collaborationniste ainsi que les actualités cinématographiques étaient présentes. Les résistants furent représentés comme des « terroristes à la solde de Moscou ». Le 14 avril 1942, le tribunal militaire allemand prononça vingt-cinq condamnations à mort dont celle d’André Aubouet pour « menées terroristes ». Le journal collaborationniste Le Matin titra « 25 condamnations à mort au procès des terroristes ».
André Aubouet écrivit une dernière lettre à ses parents qui se concluait par « Vive la France indépendante » et une autre à sa fiancée, Anne-Marie, qui travaillait à l’Imprimerie nationale. Il écrivait notamment : « J’ai été arrêté comme ``franc-tireur’’ contre l’armée allemande ; si j’ai agi ainsi c’était par patriotisme et ma mort ne sera pas inutile. Je suis courageux et montrerai que je sais mourir en Français comme tous mes jeunes et vieux camarades, car l’on avait fait le sacrifice de notre vie avant de s’engager, car j’aime mieux mourir de douze balles dans la peau que de crever à petit feu comme un lâche. » Il fut exécuté le 17 avril 1942 au Mont-Valérien.
Après la Libération, son père Jean, soixante-deux ans, témoigna le 3 mars 1945 devant la commission d’épuration de la police. Il déclara ignorer si son fils avait été maltraité. Sur la façade des HBM où il vivait, une inscription indique : « Ici ont vécu Raymond Tardif et André Aubouet... Ces jeunes hommes ont donné leur vie pour la liberté. Leur engagement courageux reste un exemple pour la jeunesse ». Dans la salle de la Maison de la Chimie où siégea le tribunal militaire allemand, une plaque fut apposée sur laquelle figure l’inscription suivante : « En ce lieu, ont été jugés du 7 au 14 avril 1942 par un tribunal militaire nazi, siégeant à la Maison de la Chimie réquisitionnée, 27 combattants membres des premiers groupes de résistance armée (OS – FTPF), livrés à l’occupant par la police de Vichy ».
Le corps d’André Aubouet fut restitué à sa famille le 12 février 1958.
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Dernière lettre
 
Chère maman, cher papa,
Je vous écris de la Santé, il est une heure moins dix. On vient de nous prévenir que l’on sera exécutés ce soir. Nous avons la permission d’écrire quelques lettres, mais les visites sont interdites J’ai un chagrin immense de ne pas vous avoir revus
une dernière. fois. J’espérais pouvoir vous revoir ainsi que ma sœur, mes petites nièces et neveux et mon beau-frère et ma chère petite fiancée Anne-Marie que vous avez prévenue comme je l’espère. Mais hélas on n’aura pas cette dernière satisfaction.
Je vous supplie de n’avoir, pas trop de peine. Je sais que c’est cruel ...mais j’avais fait le sacrifice de ma vie pour mon idéal, pour ma Patrie, comme tous la les camarades Je suis courageux ainsi que le camarade Tardif qui demeure au 156 dans la première cour, et le copain de la rue Decré .
Je demande pardon à mon papa pour toutes les misères que je lui ai faites, mais je l’aimais bien quand même, il croyait que je le faisais exprès, je lui demande pardon car il m’aimait bien malgré tout ce qu’il disait. Maintenant, je ne vous reverrai
plus...
Je vais vous faire quelques recommandations : que papa prévienne ma fiancée et l’embrasse bien fort et qu’il lui dise que je penserai à elle jusqu’à la
dernière minute. Mais je vais lui écrire à l’imprimerie ; j’espère qu’elle recevra ma lettre et je vais faire un paquet de mes affaires pour vous remettre en souvenir ; je garde le mouchoir que maman m’a mis dans le dernier colis, je l’emporterai avec moi, car la paire de gants est restée dans le colis. Je vous remercie pour vos colis ainsi que tous ceux qui m’ont envoyé des douceurs. Je vais tout finir, tout à l’heure ce sera mon dernier repas. Vous donnerez mes livres au Breton, vous lui direz adieu pour moi ainsi qu’à tous les copains.
Je vais vous quitter une dernière fois, car le temps presse et je vais écrire à ma sœur et à ma fiancée.
Donc adieu, ma petite mère chérie, mon petit père chéri ; je vous embrasse bien fort.
Dédé
Vive la ’France indépendante !

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Sources

SOURCES : Arch. PPo. BA 2117, RG77W 261, KB 1, KB 67. – DAVCC, Caen Boîte 6 B VIII (Notes Thomas Pouty). – Lettres de fusillés, Éditions France d’Abord, 1946. — J.-M. Berlière, F. Liaigre, Le sang des communistes, op. cit. – André Rosssel-Kirschen, Le procès de la Maison de la Chimie 7 au 14 avril 1942, L’Harmattan, 2002. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit.Le Matin, 15 avril 1942. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil, Paris (XIe arr.).

Daniel Grason

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