Né le 16 décembre 1904 à Firminy (Loire), mort le 19 février 1944 à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) ; ouvrier mécanicien lyonnais ; militant syndicaliste, membre du Parti communiste, secrétaire du syndicat CGT des Produits chimiques et similaires de la région lyonnaise ; résistant FTPF mort les armes à la main lors de l’insurrection de la Centrale d’Eysses.

Louis Aulagne
Le Chablais dans la tourmente, op. cit.
Louis Aulagne était issu d’un milieu ouvrier : son père mourut alors qu’il avait quinze mois et sa mère éleva difficilement ses quatre enfants (Louis Aulagne avait deux frères et une soeur). Son enfance difficile explique qu’à l’issue de courtes études primaires, il n’obtint pas le Certificat d’études ; il rattrapa ensuite ce retard en suivant des cours du soir et en lisant beaucoup. Il commença par travailler comme ouvrier agricole puis comme manoeuvre. Il se maria le 30 octobre 1926 à Morez (Jura) et, en 1936, une fille, Hélène, naquit de cette union. Son activité militante prit de l’importance vers 1925-1926 quand il fut embauché à la section mécanique de l’Electro-chimique de Pierre-Bénite. Là, avec Julien Airoldi*, il organisa le syndicat unitaire dont il devint un des délégués des Produits chimiques. En 1936, au moment de la réunification syndicale, ses responsabilités s’élargirent et il fut élu secrétaire du syndicat local des Produits chimiques et similaires de la centrale CGT réunifiée, puis délégué fédéral des Produits chimiques. L’Union départementale du Rhône le désigna en outre pour siéger à la commission administrative de l’Office départemental et municipal de placement de la main-d’OEuvre. Il exerça entre 1936 et 1939 des fonctions de permanent et ses relations avec le secrétaire de l’UD, Vivier-Merle* furent souvent tendues : dès la fin de l’année 1936 il s’efforçait, devant la dégradation du pouvoir d’achat de ses syndiqués, de relancer l’action revendicative et il se heurtait à Vivier-Merle qu’il accusait avec véhémence de mollesse.
En novembre 1938, il fit partie d’une délégation de syndicalistes français qui assista aux fêtes commémoratives de la Révolution d’Octobre et, à son retour, il affirma dans les colonnes de l’hebdomadaire fédéral du PC La Voix du peuple son admiration pour le régime soviétique mais ce n’est que par la suite, dans les premiers mois de 1939, qu’il adhéra au Parti communiste.
En 1939, L. Aulagne fut mobilisé à Toulon ; après l’armistice, de retour à Lyon, il travailla aux usines Berliet à Vénissieux où il contribua à mettre sur pied des groupes de résistance qui freinaient la production et jouèrent un rôle essentiel dans le mouvement de rébellion de l’usine contre le STO en 1942. Repéré par la police de Vichy, traqué, Louis Aulagne fut alors contraint de passer dans la clandestinité et de rejoindre les FTPF. Le 6 janvier 1943, il fut envoyé en Haute-Savoie pour rassembler les groupes épars et les constituer en premières compagnies FTPF. Responsable du premier sous-secteur de Haute-Savoie, il dirigea la mise en place de huit compagnies sédentaires qui constituèrent dans le département une des bases les plus solides de la Résistance armée. Le 20 mai 1943, (le dossier du ministère des anciens combattants donne la date du 3 juin 1943) au retour d’une mission, il fut arrêté en gare d’Annemasse par deux inspecteurs français mais, véritable colosse, il se débarrassa à coups de poings des policiers. La malchance voulut qu’il fût intercepté quelques minutes plus tard par une patrouille italienne. Pendant sept heures, au commissariat d’Annemasse il fut, en présence de son épouse, soumis à un interrogatoire « renforcé ». Condamné le 21 août 1943 par le tribunal de Chambéry, on le transféra dans les prisons d’Annecy et de Chambéry puis à la prison d’Eysses à Villeneuve-sur-Lot. Il participa à l’organisation de la lutte dans le camp et, le 19 février 1944, au cours de la tentative d’évasion collective des détenus, il tomba victime d’une grenade lancée par un GMR à qui il criait : « Ne tirez pas, nous sommes entre Français ! ». Il mourut après une longue agonie. Il fut cité à l’ordre de la division, le 17 octobre 1946, à titre posthume par le gouverneur militaire de Lyon. Il fut médaillé de la Résistance au titre de capitaine, à titre posthume, par décret du 22 septembre 1953.
Sources

SOURCES : Archives de l’UD-CGT du Rhône. — La Voix du Peuple, hebdomadaire du PC du Rhône (6 janvier 1939 en particulier). — Interview de la veuve de Louis Aulagne. — RI3 Francs Tireurs et partisans de la Haute-Savoie, Éditions France d’Abord, s.d — Le Bataillon d’Eysses. Témoignages. Documents. Imprimerie Centrale Commerciale, Paris, 1962. — Le Trait d’Union de la Résistance Haut-savoyarde, juillet 1976, n° 50 : « Un pur héros Louis Aulagne » par J. Vittoz. — L’Insurrection d’Eysses, 19-23 février 1944, Éditions sociales, 1974, 2e édition (iconographie). — Secrétariat d’État des Anciens combattants et victimes de guerre. — 1939-1945, le Chablais dans la tourmente, Editions ANACR Chablais, 2012.

Maurice Moissonnier

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