Né le 23 janvier 1919 à Vienne (Autriche), fusillé le 15 février 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; électricien ; militant communiste et résistant FTPF.

Léon Agid
Collection privée.
Léon Agid était juif autrichien, issu d’une famille originaire de la Galicie austro-hongroise. Il était le fils de Bernard Agid et Sabine Strassberg, et le benjamin d’une fratrie de six enfants. Son père était commerçant à Vienne (Autriche). Les Agid avaient un niveau de vie aisé mais, à partir de 1924, des difficultés économiques les poussèrent à émigrer en France. C’est en décembre 1926 que Léon Agid arriva à Paris, accompagné de sa mère et de trois de ses frères et sœurs.
Jusqu’en 1939, Léon Agid et sa famille habitèrent successivement 6 rue des Quatrefages (Ve arr.), 14 rue de l’Atlas (XIXe arr.) et 5 cité Chaptal (IXe arr.). Léon Agid allait à l’école 44 rue Lhomond (Ve arr.). Son père fut commerçant en bonneterie au 17 rue du Temple (IVe arr.) et au 169 rue Saint-Honoré (Ier arr.).
Léon Agid devint électricien. À cette époque, il était fasciné par le communisme et s’entraînait pour partir dans les Brigades internationales. Après l’Anschluss, il renonça officiellement, comme toute sa famille, à sa nationalité autrichienne. Il fit, par ailleurs, des démarches pour se faire naturaliser.
À la déclaration de la guerre, il tenta de se faire engager dans l’armée française. Mais les « ex-Autrichiens » étant dorénavant considérés comme « ressortissants de pays ennemis », Léon Agid fut donc interné au stade de Colombes à Paris, entre le 5 et le 18 septembre 1939. Le 18 ou le 19 septembre 1939, il fut transféré au camp d’étrangers de Meslay-du-Maine (Mayenne), et incorporé dans le 18e groupe de la 5e compagnie. Le 16 octobre, son frère, Jacques Agid, naturalisé depuis 1931 et soldat de l’armée française, fit une déclaration en faveur de ses frères internés à Meslay : « Salomon Agid et Léon Agid, actuellement détenus dans un camp d’étrangers, 18e groupe, 5e compagnie à Meslay du Maine (Mayenne) sont mes frères, et ont fréquemment, avant la guerre, manifesté leur intention de s’engager en cas de guerre dans l’armée française comme volontaires ».
Le 20 février 1940, Léon Agid déclara être réfugié politique et demanda à bénéficier du droit d’asile. L’obtention de ce statut lui permit ainsi de s’engager dans l’armée car les réfugiés politiques devaient accomplir un travail servant à la défense nationale en tant que prestataires de services. En mai, les réfugiés politiques de Meslay commencèrent à être transférés vers d’autres camps pour être affectés à des compagnies de prestataires. Léon Agid fut incorporé comme prestataire à Montauban (Tarn-et-Garonne) d’où il écrivit le 24 mai à sa sœur Berthe Sztabzyb. Démobilisé en juillet-août 1940, il milita jusqu’en janvier 1941 au Parti Communiste clandestin autrichien et allemand en zone libre.
Entre le 27 septembre et le 17 novembre 1940, plusieurs lois furent votées à l’encontre des étrangers et des Juifs. Elles eurent pour conséquence l’internement des anciens prestataires. Le 19 janvier 1941, Léon Agid s’évada du camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne) où il était prestataire de la 302e compagnie de travailleurs étrangers et chef de cellule du Parti communiste clandestin austro-allemand de Montauban.
En mars et avril 1941, le commissaire spécial fit surveiller le Parti communiste clandestin austro-allemand et constitua un réseau d’informateurs. Philippe B., arrêté et interrogé par la police spéciale fit des aveux partiels pour « se sauver » et donna quelques noms. En avril 1941, Joseph P., interrogé par la police spéciale, donna spontanément toute l’organisation. Peu après, une quinzaine de membres du groupe de Montauban furent arrêtés, inculpés d’activité communiste et de propagation des mots d’ordre de la IIIe Internationale puis interrogés.
Le 12 avril, le commissaire spécial de Montauban interrogea Karl Pioch, ancien prestataire de la 302e Compagnie de travailleurs étrangers, soupçonné d’être le chef des Jeunesses communistes de Montauban. Il déclara « en France, je n’ai jamais été communiste [...] je reconnais avoir discuté très souvent avec Agit [Léo Agid], un prestataire actuellement à Montauban, de politique et de communisme. Il est également exact que je n’étais pas d’accord avec lui. Alors qu’Agit [Agid] approuvait le Pacte germano-soviétique, moi je disais que c’était une faute. Il est exact qu’Agit a prétendu que les Russes savaient très bien pourquoi ils avaient conclu le pacte ».
Le 15 avril 1941, d’autres membres du groupe furent arrêtés et inculpés d’activité communiste. Jacob Wieselberg, prestataire de la 302e Compagnie de travailleurs étrangers à Septfonds, fut interrogé par le commissaire spécial. Il était soupçonné d’être agent de propagande au camp de Septfonds et agent de liaison entre le camp et le groupe de Montauban. Il déclara ne jamais avoir fait de propagande communiste, que les cartes représentant « une femme prolétarienne avec les joues creuses, les prestataires travaillant, le camp, les barbelés » retrouvées chez lui, avaient été apportées d’Albi par le « nommé Agid Léo » qui les lui avait vendues à 0,50 franc pièce. Agid « a dit que c’était pour envoyer de l’argent aux camarades qui n’avaient rien lors des fêtes de nouvel an ». Le commissaire spécial de Montauban écrivit un rapport au procureur de la République : dans le cadre de la procédure engagée contre le groupe du Parti communiste clandestin autrichien et allemand de Montauban, « AGIT ou AGID, Léo, né le 23 janvier 1919 à Vienne (Autriche), ex-prestataire de la 302e Cie de Travailleurs Étrangers à Septfonds, en fuite depuis le 19 janvier 1941 – ex-autrichien. Cité dans la procédure comme ayant propagé les mots d’ordre de la IIIe Internationale. AGIT, selon des témoignages que je fournirai, était le chef de la cellule de la 302e Cie de TE ». Il existait « une cellule, ou plusieurs, [qui] ont fonctionné et fonctionnent encore à la 302e Cie TE. Le nommé AGID (précité) en aurait été le chef. »
Le juge d’instruction du tribunal de Montauban lança un mandat d’arrêt contre Léon Agid, et les autres membres du groupe en fuite, pour activités communistes. Les 14 et 16 octobre 1941, les membres du groupe autrichien du Parti communiste clandestin furent jugés par la Section spéciale du tribunal militaire de Toulouse. Léon Agid vit son cas renvoyé pour supplément d’information. Le 6 février 1942, il fut condamné par contumace à une peine de cinq ans de travaux forcés et dix ans d’interdiction de séjour pour activité communiste et propagande antinationale.
Entre avril et août 1941, il résida non loin de Saint-Priest-sous-Aixe (Haute-Vienne) où demeurait sa sœur Rose Plotitza. Il écrivit une lettre à ses parents : « je suis démobilisé depuis le début de janvier. Après avoir travaillé comme bûcheron dans les Pyrénées, je suis venu ici. Depuis j’ai travaillé dans une grande entreprise de bâtiment comme manœuvre, à un salaire maigre mais suffisant à assurer une vie sobre comme la mienne car je reste non-buveur et non fumeur. J’ai quitté cette place hier, délibérément, à la suite d’une circonstance particulière qu’il n’est pas nécessaire de relater dans cette lettre ».
Il serait revenu à Paris le 23 août 1941. Mi-mai 1942, il reprit contact avec le Parti communiste. C’est par l’intermédiaire d’un camarade (Charles), qu’il reprit l’action militante à la base. Il distribua des tracts communistes dans les IXe et XVIIIe arrondissements entre mi-mai et début juin 1942. Il vivait sous le pseudonyme de Louis Le Balanger.
Début juin 1942, Charles lui proposa un « travail plus actif » et le présenta à Robert Hamel (Henri). Léon Agid devint à ce moment un franc-tireur partisan français du groupe de Robert Hamel, dans la région P2 (les arrondissements de la rive droite de Paris, à l’exclusion des VIIIe, XVIe et XVIIe). Son nom de guerre était « Paul ».
Au début du mois de juillet 1942, Léon Agid et Robert Hamel recouvrirent de peinture des panneaux de signalisation allemands.
Le 18 juillet, il participa à un attentat contre un bureau de placement à la Bastille. Il était armé et assurait la protection d’un camarade « cycliste » qui lança « un engin » dans le bureau d’embauche de la rue Saint-Antoine (IVe arr.).
Le 25 juillet 1942, il participa à un attentat contre un local occupé par l’armée allemande rue David d’Angers (XIXe arr.). Il fut également chargé de la protection, armé de son pistolet à barillet. Roger Linet, dans ses mémoires, a évoqué le groupe de Hamel et cet attentat : le « groupe s’était fait remarquer dans l’affaire de David-d’Angers [...]. Adrien Vanderheyden, leur commissaire politique de P2, qui lui aussi avait à son actif plusieurs vitrines brisées de locaux réservés aux occupants, considérait que c’était son groupe le plus opératif ».
Le 1er août, il participa à la protection de la manifestation rue Daguerre (XIVe arr.). Léon Agid fut placé en protection avenue d’Orléans (aujourd’hui avenue Leclerc), devant le magasin Potin avec mission d’empêcher l’arrestation de l’oratrice Lise Ricol. Il était en compagnie de Hamel et de Mohamed Lakhdar-Toumi. Lorsque l’oratrice fut appréhendée, il essaya de tirer mais aucune des cartouches de son revolver ne percuta. Il vit tomber un soldat allemand, et alla prendre le métro à la station Denfert-Rochereau.
Le 14 août, il participa à l’attentat contre une brasserie réservée aux Allemands : la brasserie Andrés, 4 rue Saint-Laurent (Xe arr.). Léon Agid, toujours en protection, était armé d’un 6,35 mm. Robert Hamel l’avait placé rue Saint-Laurent, presque en face de l’établissement. Un autre résistant lança la grenade. Quelques secondes après, des coups de feu furent tirés dans leur direction. Léon Agid fit feu pour intimider des poursuivants éventuels et partit en direction du canal Saint-Martin. Cinq Allemands furent blessés lors de cet attentat.
Dans la deuxième moitié d’août 1942, Hamel lui présenta un camarade qui lui demanda d’assurer la protection d’Henri Varagnat, le responsable politique de l’interrégion parisienne du Parti communiste.
Il arrêta de travailler le 17 août. Il fut appointé par le Parti communiste. Henri Varagnat le payait 2 000 francs par mois. Il habitait au 45 rue Rochechouart (IXe arr.).
À partir de mi-septembre, Léon Agid accompagna Henri Varagnat à la plupart de ses rendez-vous avec d’autres responsables (Jean Briquet, Raymond Kieffer, Goubert – responsable P4 –, Rigault – responsable P3) dans la région parisienne. Ils étaient suivis par la Brigade spéciale. Début octobre 1942, le Parti communiste décida d’envoyer Varagnat en province. Les communistes pensaient que les arrestations des militants de Clichy et Levallois étaient dues à son imprudence. Son chef lui demanda de couper toutes ses liaisons et l’avisa de se présenter le 14 octobre 1942, vers 8 h 10, devant le guichet « banlieue » de la gare Montparnasse où un militant devait l’amener vers son nouveau poste. Varagnat fut arrêté en allant à ce rendez-vous. Léon Agid fut appréhendé ce même jour. Ils étaient vraisemblablement ensemble. Lors de son arrestation, Léon Agid se débattit violemment. Fouillé, il fut trouvé porteur d’un pistolet automatique marque « le français » calibre 6,35 contenant sept cartouches dont une dans le canon, ainsi que d’un plan de Paris et de la région parisienne et différents feuillets et tickets d’alimentation. La police fouilla son appartement. « La visite domiciliaire [amena] la découverte de nombreux documents concernant l’activité de l’organisation clandestine du Parti communiste », parmi lesquels trois feuillets manuscrits portant en titre les mots « les mensonges et les crimes ». Il s’agissait d’un « exercice littéraire » de Léon Agid.
Conduit dans les locaux de la préfecture de police, interrogé par la Brigade spéciale 2, il mentit sur son identité : « Je me nomme Le Balanger Louis, né le 10 mai 1917 à Londinières (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), de Bernard et Paulette Bureau. Je suis célibataire. Je n’ai pas d’enfant. Je suis de nationalité française et de race aryenne. Classe 37 au 404e RAD.C.A à Toulouse. J’ai été renvoyé à mes foyers par le centre démobilisateur de Montauban le 15 février 1941. Je suis monteur électricien de profession cependant je ne travaille pas depuis le 17 août dernier. Auparavant, j’étais employé à la compagnie d’électricité 41 rue de l’Échiquier depuis six mois environ. Je suis domicilié 45 rue Rochechouart à Paris (IXe arr.) depuis un mois et demi. Précédemment j’habitais rue des Messageries en hôtel. Je suis titulaire du CEP. [...] J’ai été membre des Jeunesses communistes à partir de 1936 ou 1937. À cette époque, j’habitais Limoges ».
Léon Agid fut transféré au Dépôt (cellule 118, dépôt 3), quai de l’Horloge (Ier arr.), comme l’atteste sa lettre du 24 octobre adressée à sa sœur Berthe Sztabzyb. Dans cette courte lettre qu’il écrivit sous l’identité de Louis Le Balanger, il donna tous les éléments à sa sœur pour qu’elle le reconnaisse. En même temps, il lui suggéra très ostensiblement de jouer le jeu de sa fausse identité. Ceci probablement pour protéger les siens : « restez sages », leur demanda-t-il. Cette lettre montre également à quel point sa situation fut difficile : « la vie est assez dure. Je ne sais pas comment elle va se terminer ni quand. Peu importe je m’en moque ». Et c’est probablement tenaillé par la faim qu’il demanda « quelques biscuits ». Il fut remis à la Gestapo de la rue des Saussaies (VIIIe arr.) et interné à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne).
Traduit devant le tribunal militaire allemand du Gross Paris le 4 février 1943, il fut condamné à mort et fusillé au Mont-Valérien le 15 février 1943 avec Louis Camatte, Robert Hamel et Adrien Vanderheyden.
Il fut inhumé à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), dans une concession réquisitionnée (47e division, 1re ligne – no 12).
À la Libération, son frère Salomon Agid et son neveu Alex Flam reconnurent sa dépouille. Le 18 décembre 1956, son corps fut déplacé dans le cimetière de Bagneux (Seine, Hauts-de-Seine).
Il fut homologué soldat de 1re classe des Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. Nat., F60 1576/766, archives de la Délégation du Gouvernement français dans les territoires occupés, dossiers d’interventions transmis à sa section des recours et grâces. – SGA-DIMI, Bureau résistance, dossier individuel de Léon Agid. – Arch. PPo., BS2 carton 14 pour ce qui concerne Briquet Jean, Varagnat Henri, Kieffer Raymond, BS2 carton 18 (GB 110) pour ce qui concerne Le Balanger, Varagnat, Briquet et tous autres. – Arch. Dép. Tarn-et-Garonne, 2 Mi 56/8, pour ce qui concerne le groupe communiste clandestin austro-allemand. – Arch. Dép. Mayenne, 1 J 690. – Correspondance entre le ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre et la famille de Léon Agid : mention « Mort pour la France », avis officiel de décès. – Préfecture de la Seine, certificat d’inhumation. – Association nationale des anciens combattants de la Résistance française, attestation. – Correspondance de Léon Agid avec sa famille. – Alex Flam, Autobiographie, ss date. – Roger Linet, 1933-1943 : la traversée de la tourmente, 1990. – État civil, Paris (IXe arr.).

Jean-Sébastien Chorin

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