Né le 23 février 1907 à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine), fusillé comme otage le 11 août 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier à la Compagnie du gaz de Paris ; militant syndicaliste.

Fils d’un journalier et d’une couturière, Henri Le Gall habitait dans un immeuble locatif au 11 rue Basly à Gennevilliers. Il était marié depuis 1934 à Albertine Dubroca, née le 21 juillet 1909 à Lavardec (Lot-et-Garonne), sténodactylographe. Ils eurent un enfant, Pierre, en 1936. Henri Le Gall était délégué syndical à l’usine à gaz de Clichy (Seine, Hauts-de-Seine) et catalogué par la police comme un meneur communiste actif et un syndicaliste révolutionnaire qui se livrait à la propagande communiste clandestine.
Il fut arrêté à son domicile par des policiers d’Asnières, le 24 juin 1941, sur une demande de la Feldgendarmerie. Il affirma ne pas être membre du Parti communiste français (PCF) et fut interné administrativement à Compiègne (Oise), Royallieu et au Frontstalag 122. Selon le témoignage d’André Tollet, Henri Le Gall joua un rôle qui peut paraître anecdotique, mais qui avait son importance, dans le cadre de la préparation de l’évasion qui permit à plusieurs dirigeants communistes, dont Georges Cogniot et André Tollet, de retrouver la liberté. Posté à la porte de la cuisine, il faisait le guetteur pendant que d’autres s’activaient à creuser une galerie sous la terre. Dès qu’un danger apparaissait Le Gall chantait « Le temps des cerises », dès que l’alerte était passée, il entonnait un air plus enjoué « Tout va très bien madame la marquise ». Son caractère jovial était bien connu et qu’il chanta de temps à autre ne surprenait personne. Le tunnel partait d’un atelier. Une fois achevé, il mesura quarante-cinq mètres – vingt tonnes de terre ayant été dégagées et camouflées dans un puits désaffecté.
Tout était prêt pour l’évasion, y compris les cachettes pour ceux qui tentaient « la belle ». Elle eut lieu dans la nuit du 21 au 22 juin 1942. Dix-neuf internés dont Henri Le Gall s’évadèrent, onze ne furent jamais repris. Dès que les autorités allemandes se rendirent compte que des internés manquaient à l’appel, elles décidèrent d’arrêter les membres des familles des évadés et de les interner au fort de Romainville. C’est ainsi qu’Albertine Le Gall fut incarcérée puis relaxée.
Henri Le Gall s’était échappé en compagnie de Louis Thorez, le frère du secrétaire général du PCF. Un refuge était prévu à Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis) chez des militants communistes. Alphonse Baconnier connaissait Louis Thorez (sa sœur était mariée avec lui). Il les emmena chez Henriette Pizzoli, rue de la Fraternité. L’oncle d’Henriette Pizzoli, Marcel Ethis, habitait à quelques numéros de chez elle, il accepta à sa demande d’assurer le repas du midi. Pendant près de trois semaines tout se passa bien.
Le vendredi 10 juillet vers 13 h 30, quatre inspecteurs de la BS1 se présentèrent au 33 rue de la Fraternité. L’un sonna. Les occupants avaient compris qui se présentait. Louis Thorez et Henri Le Gall sautèrent du premier étage dans le jardin situé derrière la maison. Les policiers savaient qu’ils étaient là et forcèrent la porte. Après une brève poursuite, les deux hommes furent maîtrisés. Henri Le Gall était porteur d’un livret militaire au nom de Courcoux et Louis Thorez présenta une fausse pièce d’identité au nom de Larher, mais ces pièces d’identités ne purent faire illusion.
Une lettre anonyme était parvenue à la police le 6 juillet. Henriette Pizzoli reconnut l’écriture du dénonciateur sur l’enveloppe qui lui fut présentée, celle d’un ancien ami jaloux. Les policiers avaient eu le temps de repérer les lieux et ceux qui se présentaient aux deux domiciles. Alphonse Baconier, qui habitait à une rue de là, boulevard Gallieni, fut appréhendé. Gabrielle Ethis, épouse de Marcel, également. Seul un neveu du couple présent lors des arrestations fut laissé libre.
Le 5 août 1942 des résistants membres des Francs-tireurs et partisans-Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) lançaient deux engins grenades sur des soldats de la Lutfwaffe qui faisaient leur gymnastique au stade Jean-Bouin : quatre étaient tués, cinq blessés grièvement et quinze autres touchés. En représailles à cet attentat et à d’autres actions des résistants, les Allemands décidèrent de fusiller des otages. Les quatre hommes furent passés par les armes le 11 août 1942 au Mont-Valérien : Henri Le Gall, trente-cinq ans, ouvrier ; Louis Thorez, trente-sept ans, peintre en bâtiment ; Marcel Ethis, quarante-huit ans, fondeur en cuivre, et Alphonse Baconier, quarante-trois ans, mécanicien. Ce jour-là, il y eut quatre-vingt-huit otages exécutés. Ces derniers furent incinérés au Père-Lachaise et les urnes dispersées le 29 août dans quatre cimetières parisiens : Pantin, Saint-Ouen, Bagneux et Thiais. Les familles furent avisées par les soins des mairies, sans indication sur le lieu de l’inhumation. Un certificat provisoire de décès fut délivré et les effets personnels furent restitués.
Après la prison, les deux femmes furent déportées le 24 janvier 1943 vers Auschwitz (Pologne). Gabrielle Ethis portait le matricule 31626, Henriette Pizzoli le 31625. Gabrielle, quarante-six ans, décéda en mars, Henriette, vingt-trois ans, le 16 mai 1943, toutes deux à Auschwitz II Birkenau.
La femme d’Henri Le Gall, Albertine, déposa plainte devant la commission d’épuration de la police le 11 janvier 1945 contre les policiers qui avaient arrêté son mari.
Le 14 janvier 1945, une cérémonie fut organisée par la municipalité de Gennevilliers pour l’inhumation dans le cimetière de la ville des huit fusillés de Gennevilliers : Jean Grandel, Henri Aguado, Louis Calmel, Henri Le Gall, Joseph Le Clainche, Georges Thoretton, Jules Larose, et Pavel Simo. Le matin, Charles Tillon, ministre de l’Air, vint s’incliner devant les dépouilles des défunts. L’après-midi, six mille personnes suivirent le cortège de la salle des fêtes des Grésillons jusqu’au cimetière, en présence notamment d’Arthur Airaud, inspecteur général des Services, représentant le préfet de police. Des hommages furent rendus par Waldeck L’Huillier, maire de la ville, Henri Gourdeaux, secrétaire de la Fédération postale CGT, et Eugène Hénaff pour le Parti communiste.
Dès le mois de septembre 1944, Henri Le Gall fut honoré. Le conseil municipal de Gennevilliers décida que la rue de L’Espérance porterait son nom. Dans les années 1970, la rue disparut : les terrains environnants s’étaient transformés en friche en attente d’une opération urbaine. En juin 1980, le nom d’Henri Le Gall fut attribué à une allée, située à proximité du cimetière, là où les fusillés furent inhumés.
Sources

SOURCES : Arch. PPo, BA 1747, BA 1752, BA 1801, BA 2117, BA 2373, BA 2397, GA G 9, PCF carton 13, KB 34, KB 74, KB 87. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – Arch. mun. Gennevilliers. – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – André Tollet, Le souterrain, Messidor, 1986. – Livre-Mémorial, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – État civil, Gennevilliers.

PHOTOGRAPHIE : Arch. Municipales de Gennevilliers.

Daniel Grason

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