Née le 10 juillet 1901 à Doullens (Somme), décapitée le 1er novembre 1943 à Hambourg (Allemagne) ; dessinatrice industrielle et ingénieure commerciale ; militante syndicaliste et communiste.

Suzanne Masson
Inauguration du Centre Suzanne Masson par le syndicat des métaux
Après la mort de son père en 1910 (franc-maçon, secrétaire en chef de la sous préfecture de Doullens), sa mère vint avec ses deux filles (voir sa sœur : Simone Masson*) à Courbevoie où le grand-père était percepteur. Pendant la Première Guerre mondiale, sa mère travailla comme auxiliaire au ministère des pensions. Suzanne Masson, titulaire du brevet élémentaire et du certificat d’enseignement supérieur, poursuivit des études pour devenir dessinatrice industrielle. Elle se destinait à l’école centrale mais dut renoncer faute de moyens financiers. Après avoir travaillé dans différentes usines de la région parisienne, elle fut embauchée à l’usine Rateau à La Courneuve et commença à militer à la CGTU dès 1926 avant d’adhérer au Parti communiste en février 1934.
Très active lors des grèves de 1936 ("j’avais pris la responsabilité de la surveillance et de la police de l’usine Rateau"), elle fut responsable des cadres de chez Rateau et secrétaire adjointe de la section syndicale des employés et techniciens. En juin 1936, elle siégea à la direction du comité de grève puis au bureau du syndicat CGT des Métaux de la région parisienne. Elle fut très militante dans son entreprise : responsable de l’association sportive Rateau (rattachée FSGT), secrétaire adjointe de la section syndicale des techniciens déléguée à la liaison avec les ouvriers, déléguée à l’union locale, membre du comité d’usine (travail politique, syndical, éducatif). Après avoir été élue en 1937 membre du Comité régional communiste de Paris-Nord, elle fut licenciée de chez Rateau à la suite d’une grève en avril 1938.
Devenue permanente de la CGT, elle se consacra alors à l’école de rééducation créée par la Fédération des Métaux.
Après l’interdiction du Parti communiste en septembre 1939, Suzanne Masson poursuivit son militantisme communiste, distribua dès juin 1940 des tracts clandestins dans Paris occupé. En mai 1941, elle adhéra au Front national mais elle fut arrêtée le 5 février 1942 par la police française qui trouva à son domicile un revolver et des tracts. Emprisonnée à La Roquette puis à la Santé, elle fut livrée aux Allemands puis déportée à la forteresse d’Anrath. Son refus de travailler pour l’armée allemande lui valut à plusieurs reprises la peine du cachot. Transférée à Lübeck pour être jugée par une cour martiale en juin 1943, elle fut frappée d’une double condamnation à mort et refusa le recours en grâce que lui proposait son avocat hitlérien. Elle fut transportée à la prison de Hambourg en octobre 1943 et décapitée quelques semaines plus tard, le 1er novembre 1943.
Une plaque a été apposée 95 boulevard Mac-Donald (XIXe arr.) là où elle fut arrêtée. Elle fut citée à l’ordre de la Nation le 16 février 1946, avant d’être nommée dans l’ordre national de la Légion d’honneur à titre posthume dans les termes suivants : « Ardente patriote et grande syndicaliste animée du plus admirable esprit de Résistance, a su communiquer à ses compagnons de lutte et de captivité son inébranlable foi en la victoire finale. Arrêtée par la milice française sur l’ordre de la Gestapo, déportée politique, condamnée à mort pour détention d’armes et appels à la Résistance. Exécutée à Hambourg. Est morte en héroïne. » (Journal officiel, 19 février 1946).
Sources

SOURCES : RGASPI, 495 270 2659, autobiographie, Paris le 8 décembre 1937, B "voir C" (consulté et reporté par Claude Pennetier). — Arch. André Marty, E XI. — Marcel Willard, La défense accuse..., op. cit., pp. 231-233. — Josette Cothias-Dumeix, La participation des femmes à la vie sociale et politique (1935-1945), Mémoire de Maîtrise, Paris VIII, 1987. — Les plaques commémoratives des rues de Paris, La Documentation française, 1981. — S. et A. Gillot, Un couple dans la Résistance, op. cit. — ANACR, 1940-1945. La Résistance dans le 19e arrondissement de Paris, Le Temps des Cerises, 2005, 321 p. (avec une bonne iconographie). — Notes de Jean Maitron.

Michel Dreyfus

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