Né le 20 septembre 1904 à Payzac (Dordogne), fusillé comme otage le 22 octobre 1941 à Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; mouleur en bronze ; secrétaire de la Fédération des Métaux CGTU (1931-1934) puis CGT (1936-1939) de la région parisienne ; militant communiste.

Jean-Pierre Timbaud
Plaque sur le site de Châteaubriant
Fils d’un représentant en papiers pour viande de boucherie et d’une ouvrière à domicile, tous deux limousins installés à Paris avant sa naissance, Jean-Pierre Timbaud fut élevé jusqu’à l’âge de huit ans par sa grand-mère paternelle en Dordogne, puis grandit à Paris, dans le XIe arrondissement, jusqu’à la Première Guerre mondiale. Son père ayant été mobilisé dans l’infanterie, sa mère emmena les quatre enfants à Payzac, dans la ferme familiale, où, en l’absence des hommes envoyés au front, il fit de menus travaux et garda vaches et moutons au lieu de fréquenter l’école. Deux ans plus tard, il rejoignit à Decazeville (Aveyron) son père qui venait d’être affecté en usine pour la fabrication de matériel de guerre. C’est là qu’il commença son apprentissage de fondeur.
Revenu à Paris avec sa famille, Jean-Pierre Timbaud poursuivit son apprentissage, non loin de chez lui, dans une fonderie, cité Griset dans le XIe arrondissement. Il y resta trois ans puis fut embauché chez Debard, rue Oberkampf, qu’il quitta pour travailler dans des petites fonderies du Marais. Il avait adhéré en 1922 à la Jeunesse communiste. En novembre 1923, il fut appelé au 25e Régiment d’infanterie à Nancy (Meurthe-et-Moselle) pour effectuer son service militaire, durant lequel il participa à la campagne contre la guerre du Maroc.
De retour à la vie civile, Jean-Pierre Timbaud reprit son métier dans le Marais et devint vite un militant syndical. Embauché chez Antoine Rudier, un fondeur d’art du XVe arrondissement qui avait pour clients Maillol, Renoir, Rodin ou Bourdelle, Jean-Pierre Timbaud paracheva sa formation. Là, connu déjà des autres fondeurs pour son activité syndicale, il fut élu délégué de sa section syndicale dont Peyraud était le secrétaire. Il était également secrétaire adjoint de sa cellule, qui était rattachée au sixième rayon du Parti communiste. Il se maria en 1927 avec une mécanicienne en chaussures.
En 1928, il entra au bureau du sous-rayon du XVe arrondissement, qui le chargea de renforcer l’action des militants syndiqués de Citroën. Membre depuis le congrès du 22 mars 1930 de la commission exécutive de l’Union syndicale CGTU des travailleurs de la Métallurgie de la région parisienne (20e Union), Jean-Pierre Timbaud devint en 1931 l’un des secrétaires du syndicat unitaire des métallurgistes parisiens et fut délégué au VIe congrès national, qui se tint à Paris du 8 au 14 novembre 1931. Il avait suivi, cette année-là, les cours d’une école centrale du Parti communiste à Pierrefitte (Seine, Seine-Saint-Denis) avec Lucien Monjauvis et Jeannette Vermeersch, ce qui lui valut d’être présenté aux élections législatives de 1932 dans la troisième circonscription du XVe arrondissement de Paris, où il obtint 21,2 % des voix au premier tour et 34,2 % au second par rapport aux inscrits. Il brigua également un siège, au mois de juin suivant, à des élections municipales partielles dans le quartier de Grenelle, mais en vain.
En mars 1933, Jean-Pierre Timbaud fit preuve de ses talents d’organisateur et d’orateur en dirigeant une grève aux usines Citroën qui allait durer trente-cinq jours. Profitant du mécontentement d’un atelier devant les diminutions de salaire de 18 % à 20 % annoncées par la direction, il impulsa la grève, qui s’étendit bientôt d’atelier en atelier, de chaîne de montage en chaîne de montage, incitant les ouvriers à désigner leurs délégués et à former un comité de grève pour faire face au lock-out. L’enjeu était de taille, puisqu’il s’agissait d’entraîner les 18 000 salariés des différentes usines (XVe, Levallois, Clichy et Saint-Ouen) dans la lutte. Jean-Pierre Timbaud fit en sorte que le comité de grève, composé de cent quatre-vingts membres (confédérés, unitaires, communistes, socialistes ou inorganisés), dirige l’action jusqu’à ce que la direction consente à ne diminuer les salaires que de 9 à 10 % et à lever les sanctions pour fait de grève. Ce fut un succès incontestable pour la dynamique syndicale (de 100 syndiqués, on était passé à 1 400), mais aussi un échec relatif, que Jean-Pierre Timbaud attribua en partie au manque de soutien du Parti communiste.
Faut-il attribuer à d’éventuels désaccords entre le sous-rayon du Parti communiste du XVe arrondissement et le syndicat CGTU des Métaux ou à la manière dont cette grève fut menée, ou encore à la seule difficulté pour le syndicat des Métaux de payer un permanent, le fait que Jean-Pierre Timbaud se retrouve en 1934 cantonnier à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine), ville dont Jean Grandel était maire ? Sous le couvert de cet emploi municipal, il anima le comité de chômeurs de Gennevilliers, fut même le directeur de sa colonie de vacances à Granville (Manche), mais devint surtout responsable intersyndical de la zone comprenant Asnières, Gennevilliers, Levallois, Clichy et Colombes.
Il fallut attendre le congrès de la Fédération réunifiée des Métaux, en mars 1936, pour que Jean-Pierre Timbaud soit réélu membre de la commission exécutive fédérale. Aux côtés d’Alfred Costes, il mit tout en œuvre pour que son syndicat joue dûment son rôle au moment des occupations d’usines de mai-juin 1936 et des bouleversements du Front populaire. En 1937, il fit partie d’une délégation de métallurgistes parisiens qui se rendit en Espagne républicaine pour porter des fonds recueillis dans les usines. Il était devenu en mai, cette année-là, l’un des secrétaires de la Maison des métallurgistes, inaugurée par Benoît Frachon, rue d’Angoulême dans le XIe arrondissement.
En 1938, lors du congrès fédéral à l’issue duquel il fut réélu, Jean-Pierre Timbaud s’opposa à Léon Chevalme et Marcel Roy, qui repoussaient ses propositions d’une plus forte représentation des syndicats de la région parisienne. Il devint également, à partir de 1938, membre du bureau du conseil d’administration de la Mutuelle du métallurgiste, qui venait d’être créée.
Mobilisé dès le début de la Seconde Guerre mondiale au camp de Mourmelon (Marne), où il fut le chauffeur d’un colonel, puis replié dans la Haute-Vienne, il rentra illégalement à Paris, où il joignit Eugène Hénaff. Il fut alors chargé de la constitution des comités syndicaux clandestins et de la diffusion de La Vie ouvrière. Arrêté le 18 octobre 1940, il fut d’abord interné à Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), puis, en décembre, à la centrale de Fontevraud (Maine-et-Loire) et, en janvier 1941, à celle de Clairvaux (Aube). Transféré le 14 mai suivant à Châteaubriant, Jean-Pierre Timbaud a été fusillé le 22 octobre 1941 avec vingt-six autres détenus. Ses derniers mots, « Vive le Parti communiste allemand ! », qu’il aurait criés avant de tomber, firent de lui l’une des grandes figures de la Résistance communiste.
Jovial, exigeant et doué d’un réel talent d’orateur, Jean-Pierre Timbaud incarna longtemps l’image du métallurgiste parisien qui consacra sa vie à servir un idéal révolutionnaire. Paris honora sa mémoire en donnant son nom à la rue d’Angoulême. De nombreuses villes en France, mais aussi Berlin-Est, du moins jusqu’à la chute du mur, tinrent à lui rendre hommage en dénommant l’une de leurs rues : Jean-Pierre-Timbaud.

Sa dernière lettre ne figurait par dans Lettres de fusillés, Éditions France d’Abord, 1946 (185 p.). Une version parut en 1958 dans Lettres de fusillés, préface de Jacques Duclos, 1958 (77 p.,p. 19) et repsie dans l’’édition de 1970 (126 p., p. 33-34)
Le 22 octobre 1941.
Mes deux grands amours,
C’est la dernière lettre que je vous écris.
Je vais être fusillé dans quelques instants. Mais, chéris, ma main ne tremble pas. Je suis un honnête travailleur ; c’est vous deux qui êtes à plaindre.
II vous faudra surmonter ce grand malheur. Soyez courageuses comme je le suis.
Toute ma vie j’ai combattu pour une humanité meilleure. J’ai la grande confiance que vous verrez réalisé mon rêve ; ma mort aura servi à quelque chose.
Ma dernière pensée s’en va vers vous ; tout d’abord à vous deux, mes chères amours de ma vie, et puis au grand idéal de ma vie.
Mes deux chères amours de ma vie, du courage ! Vous me le jurez. Vive la France ! Vive le prolétariat international !
Encore une fois, tant que j’ai la force de le faire des millions de baisers.
Celui qui vous adore.
P. TIMBAUD.
Ci-joint 500 francs que j’avais sur moi ; ils vous serviront.
Un million de baisers.
PIERROT
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, dossier 2 (Notes Thomas Pouty). – Arch. Nat., F7/13131, 13771. – Arch. PPo., 321. – L’Humanité, 1930-1939 et 5 octobre 1990. – Le Métallo, 1934-1939. – L. Monjauvis, Jean-Pierre Timbaud, Éd. Sociales, 1971. – Lettres des fusillés de Châteaubriant, Amicale des anciens internés patriotes de Châteaubriant-Voves-Rouillé. – R. Linet, 1933-1943, La traversée de la tourmente, Messidor, 1990. – 50e Anniversaire de Châteaubriant, « Le guide du militant de la métallurgie », FMT-CGT, février 1992. – Témoignage de sa fille.

Nathalie Viet-Depaule

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