Né le 19 novembre 1920 à Laeken (Belgique), fusillé par condamnation le 13 décembre 1943 à Belle-Beille, Angers (Maine-et-Loire) ; ouvrier ; militant communiste à Arcueil ; résistant OS-FTPF-Front national dans le Maine-et-Loire, les Deux-Sèvres et en Gironde.

Maxime Bacquet
(Archives privées)
Maxime Bacquet était le septième d’une famille picarde de douze enfants, à l’histoire mouvementée.
Maxime Bacquet fut apprenti-relieur, puis travailla comme tourneur-aléseur chez Barricaud et Marre à Arcueil. Membre de la Jeunesse communiste et du PCF, il devint secrétaire de sa cellule d’entreprise, puis eut des responsabilités à la section d’Arcueil.
Avec l’Occupation, la famille se replia sur Sainte-Radegonde des Pommiers.
Une sœur de Maxime, plus âgée, Henriette, et son mari, Albert Dhivert, arrivèrent à Sainte-Radegonde des Pommiers en décembre 1940, alors qu’ils faisaient l’objet d’une enquête de police dans la région parisienne en raison de leur activité clandestine. Deux jours après avoir demandé une carte d’alimentation à Sainte-Radegonde des Pommiers, Albert Dhivert faisait l’objet d’une décision d’internement (14 février 1941).
Maxime Bacquet entra à l’usine Rusz, une usine de fabrication de trains d’atterrissage venue d’Asnières et repliée à Thouars (Deux-Sèvres) comme entreprise « stratégique ». À partir de février 1941, en liaison avec l’OS de Châtellerault et l’inter Maurice Bourgois, il prit contact avec d’autres militants communistes parisiens, venus avec l’usine : Paul Lagrue, Yves Berthou, Jean Brunet. Avec celui-ci, ils recrutèrent des jeunes, notamment dans les bals clandestins, et formèrent un groupe de l’Organisation spéciale, dit l’OS 680 : Chénier, Richet, Marolleau, Gaucher, Forestier, Coutant, Pouant, Drapeau, Sibileau... Bacquet en fut le responsable ; il fut aidé par des « inters » (« Jacques », « Robert », Simone Thomas alias « Josette ») et des communistes locaux (René Rouget et Antonin Revéreault) ; Bacquet organisa des planques chez son amie, Simone Turquois, chez Marie et Yves Berthou, chez Simone Thibault, chez Claire Liné, une agricultrice où sa famille s’approvisionnait depuis leur venue à Sainte-Radegonde des Pommiers ; dans la ferme de celle-ci, il installa la ronéo en avril 1942.
Le groupe commença par distribuer des tracts et récupérer des armes ; ainsi des armes furent « planquées » chez lui, chez Jean Brunet et Yves Berthou. Dans le même temps, à l’intérieur de l’usine, « l’OS 680 » organisa la production de pièces défectueuses pour les trains d’atterrissage, ce qui entraîna le renforcement des contrôles effectués par les Allemands. Le groupe sabota également des bielles de locomotives en introduisant du sable dans la graisse. À partir du début de l’année 1942, les distributions de tracts s’intensifièrent ; comme le groupe disposait d’une machine à écrire et de la ronéo, ils en éditèrent eux-mêmes. À la demande de Bacquet, un groupe composé de Chénier, Drapeau, Brunet et Forestier fut chargé de récupérer de la poudre en dessertissant les obus d’une trentaine de cartouches abandonnées sur la route de Saint-Généroux à 9 kilomètres de Thouars et des douilles vides. Si l’essentiel de la poudre fut acheminé à Niort par un agent de liaison, Julienne Wadoux, Maxime Bacquet en garda une petite quantité pour fabriquer un explosif et réaliser un sabotage en gare de Thouars contre un transformateur. Selon la police, Bacquet aurait posé lui-même la bombe dans la nuit du 19 au 20 avril. La tentative échoua, la mèche s’étant éteinte. Selon le témoignage de Jean Pouant qui donne des détails sur la bombe, elle aurait été fabriquée et posée par Édouard Chénier et lui-même.
L’examen des pièces de métal contenues dans la bombe orienta les recherches de la gendarmerie vers l’usine Rusz. Les gendarmes portèrent une convocation à Bacquet qui décida de prendre la fuite (22 avril). Selon le rapport du commissaire de la 4e brigade régionale de la police judiciaire d’Angers qui s’empara de l’enquête le 29 avril, Bacquet se cacha pendant deux jours chez Claire Liné, puis partit à Poitiers où Simone Turquois le rejoignit. Ils revinrent à Thouars et Bacquet se cacha chez Marie et Yves Berthou pendant une douzaine de jours ; une fausse carte d’identité fut établie au nom de Roland Carbon, le nom de jeune fille de sa mère. Selon les rapports de la police judiciaire d’Angers, « Jacques », dont la véritable identité était probablement Laurent Bastiani alors basé à Poitiers, le rejoignit chez les Berthou pour organiser son départ. La police perdit sa trace le 15 mai dans cette ville. La famille « fit le ménage » et transporta les armes démontées, les documents et du matériel chez Mathilde Chaignon et Simone Thibault.
Après l’arrestation des membres du groupe le 5 juin 1942 à l’usine, la police judiciaire trouva chez Simone Turquois, une lettre de Maxime Bacquet, datée du 28 mai, qui permettait de le situer dans les marais vendéens, sans autre précision. Elle intercepta également une lettre de Jeanne, une jeune sœur de Maxime Bacquet, également en date du 28 mai et postée de Bordeaux où elle effectuait un stage de formation professionnelle suite à un accident de travail. Elle y écrivait que « ses cousins préparaient du nouveau ». Cette lettre orienta les enquêteurs sur Bordeaux. La mère de Maxime Bacquet fut interpellée puis relâchée. Au procès de l’OS 680 en juillet devant la Section spéciale de la cour d’appel de Poitiers, Maxime Bacquet fut condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité.
Maxime Bacquet devint totalement clandestin. À partir, semble-t-il, de septembre 1942, il fut responsable régional sur le secteur de Bordeaux. Son pseudonyme était Guy. Il était en liaison avec des militants communistes de la région bordelaise : André Sayo, de Lormont, des cheminots comme Fredon, des militants de la région de Libourne ; il travaillait avec Henri Delbos, responsable au recrutement des FTPF ; ce dernier était en contact avec Jean Aubourg, alias Tapinoir, responsable militaire. Selon André Sayo, qui témoigna à son retour de déportation, Maxime Bacquet quitta Bordeaux en décembre 1942 ou en janvier 1943. Il y fut remplacé par Maurice Bourgois, alias Jean, qui venait de Châtellerault.
Après le démantèlement du groupe OS FTP du Maine-et-Loire en novembre et décembre 1942, il fut chargé de reconstruire l’organisation et devint responsable départemental du Front national en janvier 1943. Sa sœur, Henriette Dhivert, qui était son agent de liaison, se rendit plusieurs fois à Saumur (Maine-et-Loire) et rencontra probablement Marcel Hamon, présenté par le commissaire G... de la police judiciaire d’Angers comme le « commissaire politique régional du PCF ». Sur le point d’être arrêté et à l’invitation de Rol-Tanguy, Marcel Hamon quitta la région en même temps que ce dernier pour la région parisienne en mars 1943. Maxime Bacquet put trouver une planque à Longué (Maine-et-Loire), chez Louis Evrat qui était mal voyant, et nouer contact avec des groupes de FTP, dans le Saumurois, dans le secteur de Vernantes et à l’École normale d’Angers, promotion Cyrano (1941-1944). Il avait deux pseudonymes, « André » et « Jacques ». Maxime Bacquet organisa avec ce groupe des cambriolages de mairies, comme celui de Bouillé-Ménard le 23 avril 1943, pour se procurer des machines à écrire, des cartes d’alimentation, des cartes d’identité et des tampons. Dans la nuit du 16 au 17 juin 1943, André Moine, Pierre Porcher, Alfred Clément*, instituteurs stagiaires, deux agriculteurs de La Membrolle, Julien et Gabriel Alix et Roger Peluau (ou Maxime Bacquet lui-même selon les sources) dévalisèrent la mairie de Vern-d’Anjou dans le Segréen ; lors du retour vers Brain-de-Longuenée, le groupe tomba sur deux Feldgendarmes armés. Roger Peluau (ou Bacquet) et André Moine tirèrent : les deux Feldgendarmes furent blessés. Dans la fuite, Pierre Porcher abandonna son vélo en oubliant une petite valise ; celle-ci contenait entre autres une liste des membres du Front national de l’École normale. Les normaliens furent arrêtés quelques jours plus tard, sauf Roger Peluau qui parvint à prendre la fuite. Maxime Bacquet fut arrêté le 13 juillet 1943, dans sa planque. Le père et le fils Alix furent arrêtés un peu plus tard.
Entre-temps, les sœurs de Maxime Bacquet, Henriette Dhivert et Jeanne Bacquet, avaient été arrêtées à Sainte-Radegonde des Pommiers le 7 juillet 1943. Jeanne fut mise hors de cause et libérée 17 jours plus tard. Henriette refusa de donner la planque de son frère ; elle fut rouée de coups au Pré-Pigeon à Angers. Lors des interrogatoires, contre la promesse, semble-t-il, de la libération de ses sœurs, les enquêteurs obtinrent des informations sur son activité, en particulier à Bordeaux et à Libourne. André Sayo et Fredon furent arrêtés, six jours après Bacquet. Puis ce fut le tour des résistants de Libourne. Maxime Bacquet fut transféré le 28 août au fort du Hâ à Bordeaux, quartier allemand (matricule 8094, cellule 139) et fut confronté notamment à Fredon et André Sayo. Il fut promené dans les rues de Bordeaux dans le but de servir d’appât. Il y eut de nouvelles arrestations dont celles de Delbos, qui parla à son tour... et de son successeur à Bordeaux, Maurice Bourgois. Dans une lettre à sa mère du 30 août 1943, Maxime Bacquet disait croire à la libération d’Henriette. Mais elle fut déportée à Ravensbrück d’où elle revint en mai 1945.
Maxime Bacquet fut ensuite ramené à Angers pour être jugé. Maxime Bacquet, Julien et Gabriel Alix, André Moine, Pierre Porcher, Alfred Clément*, Adrien Tigeot furent condamnés à mort le 1er décembre 1943. La fusillade eut lieu à Belle-Beille à Angers le 13 décembre. Dans sa dernière lettre, datée du 13 décembre à 6 h 30, Maxime Bacquet écrivit avoir fait « trop confiance aux hommes » ; la suite de ce passage fut censurée. Il fut inhumé au cimetière de l’Est à Angers.
En février 1945, son corps fut rapatrié au cimetière de Ligron, à Sainte-Radegonde des Pommiers. À Arcueil, la rue de la Paix où la famille résidait avant guerre devint la rue Maxime-Bacquet (décision du conseil municipal du 19 juillet 1945).
Maxime Bacquet fut fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. Dép. Vienne, 110 W 9 (documents transmis par Jean-Yves Pineau et Jacky Berge, Parthenay). – Arch. Dép. Deux-Sèvres, 1 385 W 1, 158 W 155, documents transmis par Michel Chaumet. – Arch. Dép. Maine-et-Loire, 197 J 4. – Arch. Dép. Maine-et-Loire, 303 W 293. – Mémoire d’André Forestier sur l’OS 680 (Centre régional « Résistance & Liberté » de Thouars). – Témoignage de Martial Coutant, 1985 (CRRL Thouars). – Chronologie de la Résistance dans la Vienne par Roger Picard et Gaston Racault (La Vienne pendant la Seconde Guerre mondiale, t. 2, CRDP Poitiers). – Marie-Claude Albert, Châtellerault sous l’Occupation, Geste éditions, 2005. – Dossier Maxime Bacquet (CRRL Thouars). – Témoignage d’André Sayo déposé au tribunal de première instance de Bordeaux le 25 juin 1944, document transmis par Philippe Souleau. – Maurice Rouzier, Jeunes résistants en Nord Deux-Sèvres. Au cœur de l’OS 680, 1941-1942, La Crèche, Geste éditions, 2012.

Maurice Rouzier

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