Né le 13 septembre 1920 à Belfort (Territoire-de-Belfort), mort à la suite de ses blessures le 29 décembre 1942 à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine) ; régleur ; militant communiste ; résistant FTP.

Roger Pozzi était le fils aîné de Félix et Anna Pozzi, son enfance se déroula à Sannois (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Son père Félix Pozzi fut fusillé le 10 avril 1942 au Mont-Valérien à Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine). Roger Pozzi habitait 20, rue Paul-Bert à Colombes (Seine, Hauts-de-Seine).
Le 8 décembre 1942, des policiers de la Brigade spéciale d’intervention (BSi) du commissariat de Colombes Val-d’Oise) se présentaient au cabinet du docteur Henri Burg 26, rue Baudin à Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Les policiers l’accusaient d’avoir soigné des terroristes. Le docteur était marié à Hélène, née Coiffard, la cousine germaine de celle-ci Marie-Josèphe Le Meur ainsi que Roger Pozzi, membres des FTP sollicitaient Henri Burg pour soigner des blessés par balles. Elle fut arrêtée le même jour que le docteur dans un local au 70, rue Paul-Bert à Colombes (Seine, Hauts-de-Seine).
Bien que de nationalité roumaine, naturalisé en 1937, Henri Burg était considéré comme Juif polonais, du fait de son lieu de naissance en Pologne, Stanislawów, le 28 décembre 1909. Sa nationalité roumaine lui avait permis de suivre des études de médecine en France, en application d’un accord entre les deux pays. Hersch passa avec succès sa thèse le 6 février 1935 à Tours (Indre-et-Loire). En 1937, il obtint sa naturalisation française et francisa son prénom, Hersch devint Henri, il s’inscrivit sur les listes électorales. Quand le gouvernement de Vichy, promulgua le statut des juifs le 3 octobre 1940, puis le 2 juin 1941, les juifs ne pouvaient exercer « une profession libérale » (Art. 4) ; le conseil de l’ordre des médecins de Seine-et-Oise, lui avait accordé une dérogation lui permettant d’exercer.
Les policiers installèrent une souricière chez le docteur pour y arrêter d’éventuels résistants. Roger Pozzi s’y présenta le 9 décembre. Hélène Burg, la femme du docteur était là, les policiers étaient à l’affut, elle ne pouvait dire un mot. Roger Pozzi demanda « Où est Marjo ? », « Où est Marjo ? » Marjo, Marie-Josèphe Le Meur, amie de Pozzi, arrêtée depuis la veille. Hélène Burg le repoussait vers la porte de sortie. Il insista : « Mais vous allez parler, vous allez parler, Marjo, où est Marjo ? » Un inspecteur et un brigadier étaient dissimulés derrière le bureau du docteur, l’un se leva tout à coup : « Haut les mains ! » Pozzi mis instinctivement la main à la poche de sa gabardine (il n’était porteur d’aucune arme), le policier tira, touché au ventre, Pozzi s’effondra. « Ça t’apprendra à jouer au petit soldat » cria le tireur. Roger Pozzi saignait, les policiers l’emmenèrent au commissariat de Colombes. Malgré son état, le commissaire divisionnaire et un brigadier de Boulogne-Billancourt l’interrogèrent. Il fut ensuite demandé au docteur Burg de l’examiner. Le diagnostic fut vite dressé : « Il est mourant, transportez-le immédiatement à l’hôpital ». À l’hôpital de Nanterre, Roger Pozzi fut gardé continuellement. Lors de la perquisition réalisée à son domicile, deux pistolets furent découverts, lui-même était porteur d’une fausse carte d’identité au nom de Roger Lefevre et de documents relatifs à son activité illégale.
Au commissariat de Colombes, les conditions de l’arrestation de Roger Pozzi provoquèrent des tensions et des échanges vifs entre policiers. « L’ardente vitalité de ce jeune homme qui ne voulait pas mourir » était commentée avec admiration, témoigna après la Libération un policier devant la commission d’épuration de la police. Le brigadier impliqué dans l’arrestation s’était quant à lui exclamé : « Quand donc cette petite crapule se décidera-t-elle à crever… » ce qui suscita la réprobation. Roger Pozzi mourut à l’Hôpital de Nanterre.
Son amie Marie-Josèphe Le Meur fut sérieusement brutalisée par le commissaire divisionnaire et un inspecteur. Celui qui avait tiré lui déclara : « J’aurais votre ami mort ou vif ». Elle fut incarcérée à Fresnes, livrée aux autorités allemandes. Un Tribunal militaire allemand la condamna à mort le 20 janvier 1943, la sentence ne fut pas exécutée, elle fut maintenue en détention, mais ne fut pas déportée. Trois policiers dirigés par le commissaire divisionnaire, menèrent les interrogatoires. L’auteur du coup de feu mortel toucha mille deux cents francs de prime pour « arrestation de terroristes armés ». Il habitait Colombes sur la porte d’entrée de son appartement, il était écrit en allemand « Agent de police ».
Le commissaire de Colombes fut en retrait. Le docteur Burg témoigna après la Libération : « Je lui ai demandé de me sortir de cette affaire, il m’a répondu qu’il ferait tout son possible en ajoutant : « Je suis Lorrain, je hais les allemands ». Il autorisa Hélène à communiquer avec son mari. Le commissaire confia à cette dernière que le docteur Lackmann de Paris allait être arrêté, il fut informé et prit la fuite. Le docteur Henri Burg détenu huit jours au commissariat, nia toute implication avec une organisation terroriste. Il fut incarcéré à la prison de la Santé. Lors de son procès, défendu par Maître Victor Faure, il bénéficia faute de preuves d’une mise en liberté provisoire.
Marie Thibault bonne du docteur Burg, arrêtée pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, confection d’un stencil reproduisant les mots d’ordre de la IIIe Internationale, tentative de constitution d’une organisation féminine « contre la guerre et le fascisme », fut libérée le 24 mars 1943.
Le nom de Roger Pozzi fut gravé avec celui de son père Félix sur le monument aux morts de Sannois, sur la plaque du Souvenir Français à la mémoire des FFI de Sannois. Dans le carré militaire de la même ville avec la mention mort pour la France, et « Tué à l’ennemi ».
Sources

SOURCES : Arch. PPo. PCF carton 13, KB 32, KB 41, KB 53, KB 92, 77W 30. – Arch. Mun. Argenteuil. – Remerciements à Mme Claire Brard d’Argenteuil qui nous a communiqué les notes, des entretiens qu’elle avait eue avec Mme Veuve Hélène Burg les 27 et 31 janvier 1995. –Site Internet GenWeb. – État civil Nanterre.— recherches infructueuses à Belfort.

Daniel Grason

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