Né le 10 août 1915 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), mort le 28 septembre 1943 à Tournon (Ardèche) ; militant communiste de Nancy.

Domicilié au 23 bis, rue de la digue à Nancy, Georges Lustenbergue était ouvrier dans une fabrique de chaussures puis devint auxiliaire de PTT. Il épousa le 18 février 1939 Erna Schneider à Nancy. Celle-ci était née le 16 août 1918 à Ratibor en Haute Silésie, en Pologne. C’était la fille d’un électricien demeurant à Génaville. Elle devint responsable des groupes de l’Union des Jeunes Filles de France créés dans le bassin de Briey à partir de 1936. Elle participa en juin 1937 au premier congrès régional de L’UJFF qui se tient à Herserange.
Nous ignorons ce qu’il advint au couple pendant la drôle de guerre. En 1941, Georges Lustenbergue était à Nancy. En effet, à la suite d’une distribution de tracts effectuée dans la ville le 1er mai 1941, le préfet Jean Schmidt prit le 13 mai un arrêté d’internement administratif à l’encontre de Georges. Arrêté le 5 juin, il fut interné pour quinze jours à la maison d’arrêt de Toul. Signalé à Vichy, désormais soumis à une surveillance renforcée, il était un des 242 premiers « militants communistes ou individus dangereux qu’il conviendrait d’interner » recensés en juillet 1941 par les brigades de gendarmerie et commissariats de police de Meurthe-et-Moselle, à la demande du préfet régional Jean Schmidt.
Il ne fait aucun doute que Georges et Erna faisaient partie de l’organisation clandestine de résistance que l’occupant traquait avec acharnement depuis le premier sabotage effectué dans le département, à l’intérieur de l’usine d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942. Le rapport établi le 18 juin 1942 par le commissaire Lucien Bascou, le chef de la section anticommuniste de la XVe brigade régionale de police judiciaire à Nancy, le confirme en ces termes : « Le 22 avril, un inspecteur du service opérant en collaboration avec la police allemande, arrêtait le nommé Vurpillot Albert (un très jeune FTP nancéien. Les déclarations du sus-nommé devaient permettre l’arrestation de plusieurs communistes dangereux et notamment des nommés Lustenbergue Georges dit Lustenberger et sa femme Schneider, ex-secrétaire des jeunes filles communistes de Briey ». D’évidence, Georges Lustenbergue n’appartint à aucun des groupes FTP commandés par Giovanni Pacci puisque son nom n’est mentionné dans aucun rapport des polices allemande et française relatif aux sabotages. Très probablement, lui et sa femme firent partie de la branche politique de la résistance : le Front National de Lutte pour l’Indépendance de la France. Le commissaire central de Nancy fait ce constat : « Les recherches effectuées en vue de découvrir les distributeurs de (ces) tracts sont restées jusqu’ici négatives. Il y a lieu de remarquer que depuis l’arrestation, par les Autorités allemandes, de plusieurs communistes et des femmes Lustenberger, Heu et Birgy, aucune distribution de tracts n’a eu lieu sur le territoire de Nancy ». Arrêtés par la police allemande, ils sont incarcérés au quartier allemand de la prison Charles III.
Dans la nuit du 12 au 13 mai, Georges Lustenbergue s’en évada. La police française organisa immédiatement les recherches. Un avis de recherche, sous forme d’affiche, fut diffusé. Le commissaire Bascou l’intègra à « l’album photographique de tous les terroristes et communistes actuellement en fuite, identifiés par la section anticommuniste du service » qu’il venait de constituer. Parmi les 13 communistes recherchés, « Lustenbergue dit Lustenberger Georges né le 10 août 1915 à Nancy, auxiliaire aux PTT demeurant à Nancy 23 bis, rue de la Digue ». Après le signalement des caractéristiques physiques de Georges, est indiqué le motif de la recherche : « En détention préventive à la maison d’arrêt de Nancy pour menées communistes. Évadé de la maison d’arrêt de Nancy dans la nuit du 12 au 13 mai ». Le Service Régional de Police Judiciaire de Nancy publia par circulaire datée du 2 décembre 1942, une liste de 32 communistes de la région de Nancy qu’il recherche. Georges Lustenbergue en fit partie.
Nous perdons sa trace à partir de son évasion de la prison Charles III. Malgré les recherches, il réussit à échapper à l’arrestation, à passer la ligne de démarcation et rejoindre la zone sud. Au printemps 1943, il se trouve dans le maquis de La Cula dans la Loire, l’un des premiers maquis FTP du département qui comptait une vingtaine de membres. Un de ses camarades de maquis, Louis-Frédéric Ducros dit Frédo, consacre plusieurs pages de son livre à Georges Lustenbergue qui avait pris le pseudo de Jean-Pierre. Ce maquis originel essaima en Ardèche, dans la vallée du Rhône. Un camp fut installé au lieu dit La Grangette, à proximité de Lamastre. Le 30 août, de retour à La Grangette après une mission effectuée en compagnie de deux camarades, il fut intercepté par deux gendarmes. La fouille de l’un d’eux permit aux gendarmes de comprendre à qui ils avaient à faire et de tenter d’arrêter les maquisards. « Le chef de l’équipe, un peu en retrait, Georges Lustenbergue, dit Jean-Pierre, lorrain en fuite pour avoir aidé des PG évadés, monte la mitraillette Sten qu’il avait dans sa musette et somme les gendarmes de libérer ses camarades. Pour appuyer sa demande, et comme l’un des gendarmes cherche à sortir son pistolet, il tire une rafale au sol. […] Un ricochet blesse le gendarme Daniel V. à un doigt et érafle son ceinturon. Avec son collègue, ils abandonnent le terrain, se réfugient au pont des Badons, chez le fermier RISSON, où le blessé se fait panser puis ils donnent l’alerte. […] Le jour même, eux brigades effectuent des recherche et le lendemain une soixantaine ratissent la région. Le maquis de La Grangette abandonne son camp et se replie à La Cula puis au maquis de Lardois ».
Georges Lustenbergue trouva la mort à Tournon en Ardèche, le 28 septembre 1943. Louis-Frédéric Ducros évoqua les circonstances du drame. Parce que la sécurité du camp de La Cula « devient aléatoire, (…) en cette fin d’année, l’évacuation s’impose ». La dispersion fait naître quatre nouveaux maquis. « Le premier maquis d’AI (Action Immédiate) est au Bournat (Etables). Il passe ensuite au Mas (Colombier le Vieux) après qu’un accident y ait fait trois blessés, dont l’un Georges Lustenbergue dit Jean-Pierre Leclerc, (…) meurt à l’hôpital de Tournon, malgré les soins du docteur Louis Cadet ».
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle, 54 : 927 W 231 : Dossier de Georges LUSTENBERGUE relatif à son internement administratif ; : AD 54 : 1730 W 25-26 : Dossier concernant Erna, Anna SCHNEIDER épouse LUSTENBERGUE ; La Voix de l’Est du 23 juin 1937 ; AD 54 : 927 W 231 : Dossier de Georges LUSTENBERGUE relatif à son internement administratif, notamment le rapport du commissaire central de Nancy daté du 9 juin 1941 au secrétaire général pour la police ; AD 54 : WM 332 : Bordereau d’envoi, daté du 19 juillet 1941, de 242 notices de renseignements individuelles sous le sceau du « secret » au préfet par le capitaine Gabelle, commandant provisoire de la Compagnie de gendarmerie de Meurthe-et-Moselle. La circulaire préfectorale de recensement des communistes susceptibles d’être internés est datée du 2 juillet 1941 ; (6) ; AD 54 : 1739 W 2 : Dossier n° 30 : Rapport du commissaire Lucien Bascou au chef de la XVe brigade régionale de police judiciaire daté du 18 juin 1942 ; AD 54 : W 1059-15 : Rapport d’activité n° 4 du commissaire central de Nancy daté du 26 mai 1942 : « Activité communiste/Répression » ; AD 54 : 1730 W 25-26 : Fiche individuelle de renseignements concernant Erna SCHNEIDER, avec la mention : « Arrêtée à Nancy avec son mari » et 1739 W 2 : Dossier n° 30 : Rapport du commissaire Lucien BASCOU au chef de la XVème brigade régionale de police judiciaire daté du 18 juin 1942. « LUSTENBERGER devait, par la suite, s’évader de la prison allemande de Nancy » ; AD 54 : WM 328 : Affiche intitulée : « Communiste recherché » avec sa photographie ; AD 54 : 1739 W 5 : Dossier n° 104 établi par le S.R.P.J. de Nancy : Rapport du commissaire Lucien BASCOU au chef de la XVème brigade datée du 9 juin 1942 ; AD 54 : 1739 W 5 : Circulaire n° 63 datée du 2 décembre 1942 signée par le commissaire, chef du S.R.P.J. à Nancy, présentant le « liste des communistes de la circonscription de la Brigade de Police de Sûreté-Région de Nancy ». — Avis de recherche de la police (pas de photo). — Louis-Frédéric Ducros, Montagnes ardéchoises dans la guerre. Contribution à l’histoire régionale, tome II : La lutte clandestine Du 12 novembre 1942 au 5 juin 1944, Autoédition, Valence, 1982, pages 205 à 207 : « La vie au maquis ». — État civil.

Jean-Claude Magrinelli

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