Né le 8 août 1907 à Alençon (Orne), mort de ses blessures le 2 juin 1944 à Paris (XIIIe arr.) ; sous-préfet révoqué ; avocat ; officier des services de renseignement militaires, agent du BCRA ; compagnon de la Libération.

Valentin Abeille
Le père de Valentin Abeille, Pierre Abeille, était sous-préfet dans l’Orne lorsqu’éclata la Première Guerre mondiale. Bien qu’affecté spécial dans ses fonctions, il s’engagea et fut versé au 42e Régiment d’infanterie avec le grade de sergent. Il fut tué dans les combats de Vingré (Aisne) le 12 novembre 1914. Valentin et son frère jumeau Jean-Pierre furent élevés par leur mère, Louise née Verpillat. Ils furent scolarisés au lycée Henri-IV à Paris. Valentin fit ensuite des études de droit.
Après avoir accompli son service militaire dans la cavalerie et suivi une formation d’élève-officier à Saumur, il fut reçu second au concours de rédacteur de la préfecture de Paris en 1930. Il occupa ensuite une fonction d’attaché au cabinet du préfet de police, puis fut nommé dans différents cabinets ministériels, jusqu’à devenir chef du secrétariat du président du Conseil, Camille Chautemps (radical-socialiste) de juin 1937 à mars 1938. Il avait épousé la fille de ce dernier, Nicole Chautemps, après avoir divorcé d’Andrée Biette. Franc-maçon, Valentin Abeille appartenait à la loge l’Expansion française du Grand Orient de France.
En 1938, il fut promu sous-préfet à Provins. À ce titre, il n’était pas mobilisable. Mais à la déclaration de guerre, il imita son père et s’engagea. Affecté au 29e régiment de Dragons (stationné à Provins en temps de paix, doté de chars Somua), il prit part aux campagnes de Belgique et de France, qui lui valurent trois citations et la Croix de guerre avec palme et deux étoiles. Démobilisé le 25 juillet 1940, il revint à Provins et fut nommé deux mois plus tard sous-préfet d’Autun (Saône-et-Loire). Il fut relevé de cette fonction le 8 janvier 1941 en vertu de la législation antimaçonnique de Vichy.
Grâce au soutien des services de renseignement militaires (TR 115) qui l’avaient recruté comme agent P1 (agent permanent non-rétribué), il fut nommé conseiller de préfecture à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 31 mars 1941. À la fin de cette même année, il entra en contact avec le mouvement « Combat » et rencontra son fondateur, Henri Frenay, en janvier 1942. Révoqué une seconde fois pour le même motif, Valentin Abeille s’établit comme avocat à Lons-le-Saunier (Jura). Mis en relation avec des membres locaux de Combat, il participa à la rédaction et à la diffusion de publications clandestines entre mai et juillet 1942. Le chef régional du mouvement, Marcel Pecq, lui confia alors la direction départementale de Combat dans le Jura. Sous le pseudonyme de « Colleone », il s’employa à fusionner les groupes armés de Combat, Libération et Francs-tireurs appelés à former l’Armée secrète (AS). En outre, il devint en janvier 1943 le chef régional des services économiques et politiques des MUR (Mouvements unis de Résistance) sous la direction de Jean Moulin. Recherché par le SD et l’Abwehr, Valentin Abeille fut contraint de prendre le maquis fin janvier 1943. Décision fut alors prise de le faire venir à Londres. Dans la nuit du 19 au 20 mai, il embarqua à bord d’un « Hudson » britannique qui s’était posé sur le terrain clandestin « Orion » situé à proximité du village de Cosges (Jura). En Angleterre, il suivit un stage de parachutisme et d’autres formations aux techniques de l’action clandestine. Affecté au BCRA (Bureau central de renseignements et d’actions) le 1er juillet 1943, il se porta volontaire pour repartir en mission en France occupée. Satisfaction lui fut donnée, avec sa désignation comme délégué militaire de la région M (Normandie, Bretagne, Anjou). Ramené par avion dans la nuit du 12 au 13 septembre 1943 près de Tours, il allait s’acquitter de sa nouvelle tâche sous le pseudonyme de « Fantassin » et en tant que « chargé de mission de 2e classe », assimilé au grade de commandant. Il utilisait la fausse identité de « Victor Arnoux ». Il transmit à Londres une analyse de « l’évolution des esprits (de la population française) en trois états d’âme successifs : l’impatience, la déception, la lassitude. Impatience en cette fin d’automne d’assister enfin au débarquement des armées libératrices, déception de constater que les semaines se passent sans que rien ne se passe [...], lassitude à l’approche d’un quatrième hiver plus dur encore, peut-on craindre, que les hivers précédents ».
En quelques mois, secondé par Maurice Guillaudot alias « Yodi », il réussit à fédérer la Résistance dans les quatorze départements de sa région. Sous le pseudonyme de « Méridien », il se chargea également de mettre en place les modalités d’exécution des plans de sabotage des infrastructures routières, téléphoniques et ferroviaires (plans « Bleu », « Violet », « Vert », « Rouge ») conçus pour contribuer à la réussite du débarquement allié en Normandie. Traqué par les services spéciaux allemands, trahi par sa secrétaire, Valentin Abeille finit par tomber dans une souricière à Paris le 31 mai 1944. Grièvement blessé par balles après avoir tenté de s’échapper, il fut transporté au siège de la Gestapo, rue des Saussaies, pour y subir un interrogatoire. Son état empirant, il fut transféré dans le service carcéral de l’hôpital de la Pitié (Paris, XIIIe arr.). Il y succomba le 2 juin 1944, sans avoir rien révélé des plans d’action de la Résistance normande dont il avait contribué à préparer la mise en œuvre et qui allaient être déclenchés quatre jours plus tard. À la Libération, sa dépouille fut retrouvée dans un terrain vague. Des obsèques nationales furent organisées aux Invalides le 12 novembre 1944, jour anniversaire de la mort de son père, avant qu’il soit inhumé à ses côtés dans le cimetière de Montréjeau (Haute-Garonne).
Valentin Abeille fut nommé compagnon de la Libération à titre posthume par décret du 28 mai 1945. La Légion d’honneur lui fut attribuée ainsi que la Croix de la Libération et la Médaille de la Résistance. Son nom figure sur le monument aux morts de Lons-le-Saunier. Il est également présent sur le « Mur du Souvenir » au siège du Grand Orient de France, 16 rue Cadet, dédié « à la mémoire des Frères-Maçons fusillés, déportés, morts au combat, victimes des nazis et de leurs alliés » (480 noms), ainsi que sur la plaque commémorative du ministère de l’Intérieur dédiée aux « personnels de l’Administration centrale et de l’Administration préfectorale morts pour la France. 1939-1945 » (35 noms).
Sources

SOURCES : SGA, DIMI, Bureau Résistance – Amicale des anciens des services spéciaux de la Défense nationale (AASSDN), Livre d’or du mémorial de Ramatuelle, 2005. – Raymond Ruffin, La Résistance dans l’opération Overlord, France-Empire, 2004. – Site de l’ordre de la Libération. – Archives du bureau Résistance. – Marcel Baudot, Libération de la Normandie, Hachette, 1974. – Hugh Verity, Nous atterrissions de nuit, France-Empire, 1982. — Vladimir Touplin, Dictionnaire des compagnons de la Libération, Bordeaux, Elytis, 2010.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : http://www.ordredelaliberation.fr ; www.memorial-genweb.org .

Jean-Pierre Ravery

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