Né le 10 décembre 1918 à Colombes (Seine, Hauts-de-Seine), fusillé le 22 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier spécialisé ; militant communiste ; résistant FTPF.

Alfred Dequéant habitait chez ses parents 118 rue du Bois-Baudoin, à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine). Il travaillait comme ouvrier spécialisé chez Amiot (ex-SECM), à Colombes, une usine d’aéronautique qui fabriquait avant la guerre des avions bombardiers.
Le propriétaire de la Société d’emboutissage et de constructions mécaniques (SECM), ex-Amiot, Pierre Wertheimer, céda dès la déclaration de la guerre la SECM à son fondateur Félix Amiot, et partit s’installer aux États-Unis. Cette astuce fut dénoncée dans un long article de l’Humanité clandestine du 23 octobre 1942 intitulé « Les dessous du racisme » ; il était écrit : « Ce qui est vrai, c’est que les masses populaires juives sont brimées ; inhumainement traitées, mais les boches collaborent avec les capitalistes, juifs comme avec les autres. [...] D’ailleurs, si les boutiques des petits commerçants et artisans juifs sont liquidées, les gros industriels et capitalistes juifs échappent au décret de l’aryanisation. C’est ainsi que l’usine d’aviation Amiot est toujours dirigée, sous le nom de son associé aryen, par le capitaliste juif Wertheimer. »
L’arrestation, le 13 décembre 1942, de Charles Gourio, manœuvre, militant communiste, demeurant à Bois-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine) eut des conséquences en chaîne. Il était en possession d’une liste de huit personnes qui avaient versé de l’argent pour une femme, mère de quatre enfants dont le mari était emprisonné depuis le 24 septembre.
Ce qui n’était qu’une affaire de solidarité allait prendre de l’extension. Outre la Brigade spéciale d’intervention (BSi) du commissariat de Colombes, celle de Puteaux, de Courbevoie et la Brigade spéciale des Renseignements généraux y participèrent, sous l’autorité du commissaire divisionnaire de Boulogne-Billancourt ; une vingtaine d’inspecteurs et de gardiens de la paix arrêtèrent plus de quatre-vingts militants et militantes communistes entre le 14 et le 31 décembre 1942.
Alfred Dequéant fut arrêté le 18 décembre 1942, chez Amiot, son lieu de travail, par quatre policiers pour « propagande communiste ». Il y eut quarante et une interpellations, Dequéant fut emmené au commissariat de Colombes, sa mère Marie lui apportait chaque jour un repas. Elle témoigna après la Libération que le commissaire l’apostropha en ces termes : « Vous n’avez pas à venir ici, faire le ``Jacques’’, vous feriez mieux de raccommoder vos chaussettes. » Il fut, dit-elle en parlant de son fils, « brutalisé avec violences » lors des interrogatoires qui durèrent six jours. Inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, il fut envoyé au Dépôt, puis incarcéré le 15 janvier 1943 à la Santé.
Les arrestations en mars 1943 de résistants membres des FTP eurent des répercussions dramatiques. L’un révéla qu’Alfred Dequéant était membre des FTP, matricule 6070, que son pseudonyme était Foulon. Un pistolet dissimulé dans une vieille cuisinière fut découvert à son domicile. Les trente-neuf inculpés dans l’affaire de propagande devaient comparaître devant la Section spéciale le 23 octobre 1943.
Le 6 octobre 1943 Alfred Dequéant fut transféré à Fresnes. Livré aux autorités allemandes, jugé par le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), il fut condamné à mort pour « activité de franc-tireur » et passé par les armes le 23 octobre 1943 au Mont-Valérien.
Le conseil municipal de Nanterre décida le 12 octobre 1944, d’honorer la mémoire d’Alfred Dequéant en donnant son nom à la rue du Bois-Baudoin, où il habitait. Son nom fut gravé sur le monument aux morts de Nanterre, dans le parc des anciennes mairies.
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Dernière lettre
 
Fresnes, le samedi 23 octobre. 1943.
[A ses parents]
 
Il est neuf heures, nous venons d’être prévenus que notre recours était rejeté.
Chers parents, sœurs et nièces, alors je vous demanderai de bien vouloir être très courageux ; je sais que votre douleur sera très dure et très profonde, un seul espoir est pour nous et en nous, que ce sacrifice n’est et ne sera pas vain.
Et je voudrais vous dire que je vous demande bien pardon du chagrin que Je vous fais, mais, pour moi, je ne regrette rien et je voudrais vous dire que j’aurais refait la même chose si je le pouvais, car je meurs pour une France libre, forte et heureuse, et pour l’avenir de tous.
Je vous embrasse tous, ainsi que la famille de B... ; donne le bonjour à D..., Léon, Titi, Charles et tous les enfants, et Marie la femme de Léon, et Titine, et tante, cousine, cousin.
Ma chère mère, j’espère que tu seras très courageuse et toi aussi, mon cher père, et que mes sœurs seront très gentilles pour vous ; elles sont très chics, et je n’ai pas peur qu’elles me fassent mentir. Adieu, ma mère, mon père, Juliette, Marie, Germaine, Armande, Monique, Doudou, Geogeo, René que. J’aime, ainsi que mon vieux frère Pierre Toi tu es mon meilleur copain et Polo, et tous. Salut et vive la France libre, forte et heureuse et invaincue !
Votre fils,
Alfred Dequéant
 
Vive le peuple qui combat !
Sources

SOURCES : Arch. PPo. BA 2056, BA 2117, BA 2299, PCF carton 5, carton 13, carton 23, KB 53, KB 92. – DAVCC, Caen, Boîte 5 B VIII, dossier 4. – G. Willard (sous la dir.), L’Humanité clandestine (1939-1944), t. 1, no 185, 23 octobre 1942, Éd. Sociales, 1975. – La Voix populaire, Éd. Colombes, Courbevoie, 4 septembre 1936. – Lettres de fusillés, Éditions France d’abord, 1946. — Claude Léonard, Le dictionnaire historique des rues de Nanterre, Société d’histoire de Nanterre, 2005.

Daniel Grason

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