Né le 10 septembre 1899 à Cherbourg (Manche), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 à La Blisière en Juigné-les-Moutiers, près de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; tourneur-ajusteur ; militant communiste.

Fils de Louis, menuisier, et de Léonie, née Bocage, Georges Vigor et son frère Marcel vinrent habiter, fin 1924, au 61 avenue Dumotel à Cachan (Seine, Val-de-Marne). Marcel, né en 1901, exerçait la même profession que son père.
Tous les deux étaient syndiqués à la CGTU, membres du quatrième rayon du Parti communiste. Ils furent interpellés le dimanche 5 août 1928 lors d’une manifestation communiste au stade municipal d’Ivry-sur-Seine. Ce jour-là, la police procéda, selon l’Humanité, à mille huit cent trente-neuf arrestations, en fait des contrôles d’identité. Il y eut sept inculpations.
Georges Vigor épousa Simone Faguette le 16 avril 1932 à la mairie de Cherbourg. Le couple habita alors chez les parents de Georges. Georges Vigor participa aux réunions électorales des élections municipales et législatives de 1935 et 1936 et à la campagne du Parti communiste qui dénonçait les accords de Munich de 1938. Dans une ville dirigée par des hommes de droite, il fut signalé, surveillé par le commissariat de la circonscription de Gentilly (Seine, Val-de-Marne) ; son courrier était surveillé, le commissariat nota qu’il recevait régulièrement des journaux, brochures et tracts d’Union soviétique. Il en était de même des visites qu’il rendait régulièrement à des militants. Fin septembre 1940, la mairie informa le commissariat de Gentilly que Georges Vigor était susceptible de s’occuper d’impression et de distribution de tracts communistes clandestins.
Ouvrier tourneur-ajusteur, il travailla chez Hispano-Suiza, boulevard Brune dans le XIVe arrondissement de Paris, de février 1937 à avril 1939, puis il fut affecté spécial aux usines Hispano-Suiza du 4 septembre 1939 au 19 juillet 1940 à la construction des avions-canons. La direction de l’entreprise le signala à la police en avril : il était soupçonné d’entretenir des relations avec des militants de l’ex-Parti communiste. Georges Vigor fut ensuite confronté à une période de chômage ; il retrouva du travail le 20 décembre, jusqu’au 11 janvier 1941, chez Riffet, Muller et Fieve dans le XIIIe arrondissement.
Il fut interpellé à son domicile le 20 janvier 1941 par des policiers de Gentilly parce que considéré comme un « meneur très actif et dangereux » en application du décret du 18 novembre 1939. Il fut interné à la caserne des Tourelles à Paris (XXe arr.), puis incarcéré à la centrale de Clairvaux (Aube), enfin transféré le 15 avril au camp d’internement de Choiseul, à Châteaubriant.
Sa femme, Simone Vigor, écrivit le 21 mai 1941 au préfet de police de Paris. Elle lui demandait « de revoir son dossier ». Elle évoquait son arrestation en 1928, déclarant qu’à Ivry, avec son frère, ayant vu du monde il était descendu du tram par curiosité et avait été arrêté, mais qu’il ne manifestait pas. Elle contacta probablement la direction du personnel chez Hispano-Suiza. Celle-ci délivra une attestation signée du chef du personnel en date du 19 août : « Monsieur Vigor Georges n’a donné lieu pendant son séjour à nos Établissements à aucune observation ni aucune observation disciplinaire pour politique. Nous reprendrions cet Ouvrier dans son emploi de tourneur le cas échéant, sauf en cas de force majeure. » Une pétition demandant sa libération recueillit vingt-sept signatures dans son voisinage.
L’attestation de chez Hispano-Suiza troubla la police et des policiers rencontrèrent le chef du personnel et deux chefs d’équipe, qui confirmèrent l’écrit. Quant à la pétition, les policiers relevèrent que l’initiative avait été prise dans un débit de boisson où se tenait, avant guerre, les réunions de la cellule communiste.
Simone Vigor rencontra le préfet de police, mais il lui laissa entendre qu’il ne pouvait rien faire. Le 2 novembre 1941, Georges Vigor prit la plume et s’adressa au sous-préfet de la Loire-Inférieure. Il affirmait qu’il n’avait jamais été membre d’un groupement politique ou syndicaliste – une démarche désespérée d’un homme qui rappelait qu’il n’avait « jamais eu de condamnation ». Il s’estimait « victime d’une erreur de police ».
Le 14 décembre 1941, le général von Stülpnagel fit paraître un avis : « Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont à nouveau été commis contre des membres de l’Armée allemande. Ces attentats ont pour auteurs des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks et agissant selon les mots d’ordre infâmes de ceux-ci. Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas, les assassins ont été arrêtés. »
La Feldgendarmerie vint chercher des otages. Georges Vigor fut passé par les armes le 15 décembre 1941 avec huit autres internés du camp de Choisel, au lieu-dit La Blisière, en forêt de Juigné-les-Moutiers.
Son nom fut gravé sur le monument commémoratif de Cachan aux côtés des autres victimes de la guerre 1940-1944 : morts aux combats, déportés, fusillés, tués dans les combats de la Libération. Le conseil municipal inaugura le 4 novembre 1944 la rue Georges-Vigor, anciennement rue de l’Acqueduc, près de l’avenue Dumotel où il habitait. Par décision du ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre du 1er avril 1946, la mention « Mort pour la France » a été portée sur son acte de décès.
Sources

SOURCES : Arch. PPo., BA 2374, 1W 121. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 2 / AJ41 245 (Notes Thomas Pouty). – L’Humanité, 4, 5, 6 août 1928. – Arch. mun. Cachan. – Mémorial GenWeb. – État civil, Arch. Dép., Manche.

Daniel Grason

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