Né 27 février 1926 à Paris (XIIIe arr.), fusillé le 5 avril 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; matelot mécanicien ; résistant au sein des FTPF du détachement Alsace-Lorraine.

Fils de Marcel et de Marguerite née Chartier, tous les deux infirmiers, André Lamarre demeurait avec ses parents dans un pavillon dans l’enceinte de l’hospice, au 78 rue du Kremlin à Bicêtre (Seine, Val-de-Marne) ; il appartenait à une famille de douze enfants. Il fut élève de l’École des pupilles de la Marine à Villeneuve (Finistère), replié à Saint-Mandrier-sur-Mer près de Toulon (Var), où il acquit une formation de matelot mécanicien. Le sabordage de la flotte à Toulon provoqua sa mutation à Toulouse où il aurait eu ses premiers contacts avec la résistance FTP. Démobilisé,de retour au domicile familial et au chômage,il s’engagea en janvier 1943 dans le 1er groupe du détachement FTP Alsace-Lorraine.
En octobre 1943, avec Joseph Fouriaux, Marcel Morteau, André Brier, Léonard Brugniaud, Lucien Baillon et Robert Doisy, il participa au désarmement de deux gardiens de la paix en faction à l’usine des eaux de Gentilly et à un vol de textile à la gare d’Austerlitz. En novembre, il était partie prenante d’une expédition chez un fermier ou un boucher, selon les sources, près de Beaumont-le-Roger (Eure), armes à la main : les FTP se firent remettre deux cent cinquante mille francs.
Dénoncés semble-t-il par le tenancier du café-restaurant La Provence (du moins en fut-il accusé, mais on remarque que des arrestations précèdent le coup de filet du 16), 116 avenue d’Italie (XIIIe arr.), sept FTP étaient arrêtés par des policiers français en ce lieu le 16 décembre 1943 par des inspecteurs de la BS2 : Joseph Fouriaux, Marcel Morteau, André Brier, Robert Doisy, Léonard Brugniaud, Lucien Baillon et André Lamarre.
Ce dernier portait sur lui un pistolet automatique 6,35 mm chargé et approvisionné de dix cartouches et un chargeur garni en réserve. La perquisition à son domicile permit de découvrir une mitraillette Sten, cinq revolvers à barillet, un pistolet automatique calibre 6,35 mm, un lot de cartouches, douze paquets de poudre, cinq bombes, sept détonateurs, cinq crayons allumeurs, un rouleau de cordeau Bickford, une boîte de pansement. De la documentation avec les instructions pour la destruction de réseaux électriques, des plans, des rapports d’activité, des listes de souscription, des tracts...
Emmené dans les locaux des Brigades spéciales à la préfecture de police, il fut interrogé, puis livré aux Allemands, incarcéré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Il comparut le 28 mars 1944 avec les autres FTP du même détachement devant le tribunal du Gross Paris, rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Condamné à mort pour actes de franc-tireur, il était passé par les armes le 5 avril 1944 au Mont-Valérien.
Le 20 octobre 1944, sa mère déposa plainte devant la commission d’épuration de la police contre les policiers qui arrêtèrent son fils. Le 22 mars 1945, lors d’une séance de la commission, elle fit face à l’un des inspecteurs, lui jeta à la figure : « Vous êtes responsable de la mort de mon gosse [...]. Vous êtes des bandits, des criminels, vous ne savez pas ce qu’on a souffert, vous avez travaillé pour le compte de la Gestapo, vous êtes un bandit ».
Le nom d’André Lamarre figure sur la plaque commémorative apposée en mairie du Kremlin-Bicêtre et sur le monument édifié à l’angle des rues Edmond-Michelet et Carnot dédié : « À nos martyrs assassinés par les nazis ». À titre posthume il fut reconnu comme soldat des Forces françaises de l’Intérieur (FFI).
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Chers Parents, Frères et Soeurs,
 
Je vous envoie ce petit mot qui sera le dernier. Mais je meurs avec courage en pensant à vous tous.
 
Je ne regrette rien, nous savions ce qui nous attendait, que voulez-vous.
 
J’espère que, chez vous, tout va bien et que ça continuera, vous n’aurez qu’à penser que d’autres ont passé par les mêmes phases de la vie. Que je sois mort à la guerre, c’est encore plus beau, puisque c’est en combattant pour mon idéal que moi j’y passe. Assez parlé de moi.
 
Tous, recevez mes affaires dans un délai de huit jours.
 
Je pense que mes frères Roland et Jean travaillent toujours chez Lemoine, et que les autres petits vont bien.
 
Pour Jacqueline, je lui souhaite d’être heureuse dans son ménage. Qu’Odette et Roger chantent et jouent à l’accordéon un chant que j’ai aimé : « C’est accordéon, c’est toi qui chantes », c’est le chant que je chantais en cellule.
 
Maintenant voici mes dernières volontés :
 
Pour ma tombe, lorsque vous y viendrez, ne m’apportez que des fleurs rouges. Et que vous soyez toujours d’accord avec mes frères et sœurs : que voulez-vous, la famille c’est tout.
 
Je vous dis adieu pour toute la famille et les amis.
 
Chers parents, Frères et Sœurs, je vous embrasse bien fort. Je remercie toutes les personnes qui avec toi m’ont assisté. Votre fils et frère qui meurt sans peur ni regrets.
 
André Lamarre.
 
J’ai embrassé cette lettre où il y a une croix.
 
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Sources

SOURCES : Arch. PPo. BA 2117, KB 5, KB 79, KB 90, PCF carton 15, rapports hebdomadaires sur l’activité communiste, GB 182. – DAVCC, Caen, boîte 5 (Notes Thomas Pouty). – La vie à en mourir. Lettres de fusillés (1941-1944), Éd. Tallandier, 2003, p. 305-306. – Revue Gavroche, avril-juin 2010, Gérard Soufflet. —Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil, Paris (XIIIe arr.).

Iconographie
PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 182 cliché du 17 décembre 1943.

Daniel Grason

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