Né le 25 septembre 1914 à Vienne (Autriche), fusillé le 23 septembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; fourreur ; résistant dans les FTP-MOI.

Ernst Blaukopf.
Fils de Léo et de Berthe, née Horn, Ernest Blaukopf suivit des études secondaires. Il fut membre du Parti social-démocrate autrichien et du Schutzbund (milice d’autodéfense du parti). En février 1934, il participa à Vienne aux combats pour la défense de la cité Karl-Marx lorsque le chancelier Dollfuss envoya la troupe.
Ernest Blaukopf se réfugia en France en septembre 1936, régularisa sa situation et exerça sa profession de fourreur à façon. Politiquement, il se rapprocha des communistes, puis les rejoignit. Il vécut dès 1937 avec une amie autrichienne, Gertrud Weisler, le couple habitant dans divers hôtels de Paris.
Il fut interné en septembre 1939 comme ex-autrichien. Il se porta volontaire pour combattre dans l’armée française et fut incorporé dans un bataillon d’infanterie. Son unité ne participa à aucun combat et sa démobilisation eut lieu le 28 juin 1940 à Tarbes (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques). Il travailla comme fourreur à Lyon (Rhône), revint à Paris. Il ne se conforma pas aux lois antijuives de Vichy, notamment la loi du 2 juin 1941 prescrivant le recensement des Juifs. Il eut recours, ainsi que Gertrud Weisler, à des faux papiers fournis vraisemblablement par l’organisation des FTP-MOI.
Le 4 juin 1943, vers 18 h 50, un autocar qui transportait vingt-six marins allemands passait rue Mirabeau dans le XVIe arrondissement. Marcel Rayman, un autre combattant, et Ernest Blaukopf, matricule 10311, étaient en embuscade. L’un lança une grenade qui explosa à l’intérieur du véhicule blessant sept soldats dont un gravement. Des marins ripostèrent blessant trois passants dont une fillette qui mourut. Ernest Blaukopf ne se suicida pas contrairement à ce qui fut écrit.
Le 21 juillet 1943, il était appréhendé lors d’un contrôle sur la voie publique d’inspecteurs de la BS1. Son attitude attira selon eux l’attention. Il présenta une carte d’identité délivrée à Bordeaux au nom d’Ernest Grombert, né le 25 septembre 1914 à Metz (Moselle). Ernest Blaukopf montrait « une certaine inquiétude » notèrent les policiers, et ils eurent « des doutes sur l’authenticité de la pièce ».
Trois inspecteurs de la BS1 l’accompagnèrent à l’hôtel du 8 rue Jacques-Cartier (XVIIIe arr.). Gertrud Weisler entra dans la chambre, avec dans son sac à main une enveloppe contenant cinq tracts rédigés en allemand et signés du Front national. Une vingtaine de tracts de même nature furent trouvés dans une valise de linge. Sa carte d’identité portait le nom de Gertrud Grombert, née Boulanger. Elle militait à la Main-d’œuvre immigrée au Travail allemand (TA), une tâche à haut risque qui consistait à distribuer des tracts antifascistes aux troupes d’occupation.
Avec beaucoup de sang-froid, Ernest Blaukopf dissimula son activité réelle lors de son interrogatoire par le commissaire Fernand David de la BS1. Il expliqua que les pièces d’identité lui avaient été fournies par un Autrichien nommé Albert Kraus qu’il avait connu avant la déclaration de guerre. En échange des pièces d’identité, le couple devait, en guise de paiement, diffuser des tracts du Front national à des membres de l’armée allemande. Il donna le signalement d’Albert, un lieu et une heure de rendez-vous. Les policiers firent chou blanc ; point d’Albert au Café du Gymnase. Toutes les questions des policiers portaient sur le Front national et la diffusion des tracts aux membres de l’armée allemande.
Suspecté d’activités communistes, de faux, d’infraction aux ordonnances allemandes sur les israélites, de propos défaitistes en réunion et de détention d’armes, il fut livré aux Allemands et incarcéré. Ernest Blaukopf comparut le 23 septembre 1943 devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), et fut condamné à mort pour détention d’armes. Il fut passé par les armes le 28 septembre 1943 au Mont-Valérien.
Il fut inhumé le jour même dans le carré des corps restitués au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Ernest Blaukopf figure sur une plaque commémorative « À la mémoire des résistants du groupe Manouchian », comme « mort au combat ». Sa compagne Gertrud Weisler fut guillotinée le 16 décembre 1943 en Allemagne.
Sources

SOURCES : Arch. PPo. BA 1752, 77W 738, KB 74. – DAVCC, Caen, Boîte 5 B VIII dossier 4 (Notes Thomas Pouty). – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger. Les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1989. – Boris Holban, Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle, Calmann-Lévy, 1989. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb.

Iconographie
PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 142 cliché du 21 juillet 1943.

Daniel Grason

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