Né le 7 mars 1925 à Nantua (Ain), fusillé le 2 août 1943 au stand de tir du ministère de l’Air à Paris (XVe arr.) ; étudiant au lycée Buffon ; communiste ; résistant FTPF.

Pierre Benoit
Les 5 fusillés du lycée Buffon
Tête de la dernière lettre de Pierre Benoit
Fils de Paul, officier de police et de Marie, née Cezard, directrice d’école maternelle, Pierre Benoit vivait chez ses parents 6 square Desnouettes à Paris (XVe arr.). Il entra au lycée Buffon en octobre 1940 dans la même classe que Lucien Legros dont il devint l’ami. Des tracts avec pour en-tête Valmy, rédigés par le professeur Raymond Burgard circulaient dans l’établissement. Valmy titra « Tous à l’Étoile le 11 novembre », il y eut cent vingt-trois arrestations dont onze lycéens du lycée Buffon.
Raymond Burgard fut interpellé en avril 1942, une centaine de lycéens dont Baudry, Benoit et Grelot protestèrent lors d’une récréation criant : « Libérez Burgard ! » Le commissaire du quartier informa son père que son domicile allait être perquisitionné. Pierre Benoit membre des Étudiants communistes, entra dans la clandestinité avec Lucien Legros, en mai ils étaient dans l’Organisation spéciale du Parti communiste.
Ils firent équipe. Le 10 mai 1942 vers 15 h 30, Lucien Legros tira deux fois sur le soldat allemand Éric Ragge à l’angle des rues de l’Armorique et Belloni, Pierre Benoit assurait sa protection. Le 23 mai vers 23 heures, il déposa une charge explosive quai de la Conférence (entre les ponts de la Concorde et Alexandre-III). Le 28 mai vers 22 h 30, il lançait une grenade sur un yacht allemand accosté quai de Tokyo (aujourd’hui quai de New-York). Le dimanche 31 mai Pierre Benoit avec Jean Arthus et Pierre Grelot assuraient la protection armée de la manifestation des ménagères contre les difficultés du ravitaillement rue de Buci.
Les 4 et 5 juin 1942 quatre des cinq de Buffon furent interpellés par des inspecteurs de la BS2, seul Pierre Benoit échappa à l’arrestation. Il rejoignit d’autres jeunes FTP à Moret-sur-Loing en forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Le 26 juin 1942, à Maisons-Alfort, juché sur une bicyclette il tira cinq ou six fois sans succès avec un pistolet 7,65 mm sur Albert Vassart ex-dirigeant communiste, ex-maire de la ville. Le 29 juin il accompagnait un autre FTP qui tira pont de Tolbiac sur Joseph Bertho contremaître à la SNCF chargé de de la protection des voies.
Du 23 au 25 juin 1942 la Section spéciale de la cour d’appel de Paris, section de Paris du tribunal d’État jugea dix-sept résistants qui étaient rue de Buci. Pierre Benoit en fuite fut condamné à mort par contumace.
Le 11 août 1942, lors d’une opération conjointe, des gendarmes français et allemands attaquèrent le camp de Moret-sur-Loing. Trois gendarmes furent tués dont deux Français. Malgré une blessure au genou, Pierre Benoit parvint à s’enfuir et à regagner Paris. Le 28 août à 8 heures il fut arrêté par des inspecteurs de la BS2 devant le square Louis-XVI (VIIIe arr.), alors qu’il avait un rendez-vous. Il portait sur lui un carnet de notes et le texte d’une chanson de Paul Vaillant-Couturier. Il fut détenu trois jours dans les locaux des Brigades spéciales, puis livré aux Allemands et incarcéré à Fresnes.
Le tribunal de la Luftwaffe qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), le condamna à mort le 15 octobre 1942. Pierre Benoit fut passé par les armes le 8 février 1943, ainsi que Jacques Baudry, Jean Arthus, Pierre Grelot et Lucien Legros.
Paul Benoit son père, secrétaire à l’Inspection générale de la préfecture de police témoigna le 10 mars 1945 dans le cadre de la commission d’épuration de la police, et déclara : « Dans une lettre adressée à une camarade de la Résistance mon fils fait allusion aux coups et aux basses propositions des policiers ayant procédé à son interrogatoire [...] il est donc évident que mon fils a été frappé. »
Pierre Benoit fut sous-lieutenant à titre posthume cité à l’ordre de la Nation, décoré de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre avec palmes et de la Médaille de la Résistance. En 1952 ses restes furent incinérés et mis dans une urne avec ceux de ses camarades et déposés dans la crypte de la Sorbonne.
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Dernière lettre
 
Le 8 février 1943
Mes chers parents, chers amis,
C’est la fin ! On vient nous chercher pour la fusillade. Tant pis. Mourir en pleine victoire, c’est un peu vexant, mais qu’importe Le rêve des hommes fait événement. .
Mano, souviens-toi de ton frangin. Jusqu’au bout, il a été propre et courageux, et devant la mort même je.ne.tremble pas.
.Adieu, petite maman chérie, pardonne-moi tous les tracas que je t’ai, faits. J’ai lutté pour une vie meilleure. Peut-être un jour tu me comprendras.
Adieu, mon vieux papa. Je te remercie d’avoir été, chic avec moi ; garde un bon souvenir de ton fils.
Totote, Toto, adieu, je vous aimais comme mes autres parents.
Mano, sois un bon fils. Tu es le seul fils qui leur reste. Ne fais pas d’imprudence.
Adieu, tous ceux que j’ai aimés, tous ceux qui m’aimaient, ceux de Nantua et les autres
La vie sera belle Nous partons en chantant. Courage Ce n’est pas si terrible après six mois de prison
Mes derniers baisers à vous tous
Votre Pierrot

15 ’ .
Sources

SOURCES : Arch. PPo., BA 1747, BA 2056, BA 2128, KB 40, KB 62, 77W 1340, PCF carton 13 rapports hebdomadaires sur l’activité communiste pendant l’Occupation. – DAVCC, Caen, Boîtes 5 et 6 (Notes Thomas Pouty). – Lettres de fusillés, Éditions France d’Abord, 1946. — Mémorial GenWeb. — Les cinq lycéens de Buffon fusillés par les Allemands, sd, rectorat de l’Académie de Paris. .

Daniel Grason

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