Né le 21 février 1898 à Oran (Algérie), fusillé comme otage le 14 mai 1942 à Caen (Calvados) ; cimentier, manœuvre, camelot ; militant communiste.

Menahem Amram
Collection Jean Quellien
Fils d’Abraham et de Léonie, née Sotto, Menahem Amram partit vivre en Palestine. Il épousa le 31 décembre 1925, Miriam Lévy, née le 20 octobre 1906 à Jérusalem, qui devint française par son mariage. En 1927, le couple vint en France, y resta sept mois puis alla vivre à Casablanca (Maroc), où il dirigea une petite entreprise de ciment armé, puis s’installa à Tel-Aviv (Palestine). Trois enfants naquirent, Albert et Odette en 1929 et 1932 à Casablanca, Kérov en 1935 à Tel-Aviv. Il y eut deux autres naissances à Paris (XIIe arr.), Renée en 1938 et Raoul en 1941.
La famille vint en France, habita début 1937 au 3 rue Pierre-Chausson à Paris (Xe arr.), à compter du 15 février 97 rue de Charonne à Paris (XIe arr.). Il adhéra à l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC), au Parti communiste en 1938, cessa, selon ses déclarations postérieures, toute activité après la dissolution du PCF. Mobilisé le 20 septembre 1939, il fut libéré le 4 novembre en raison de ses charges de famille.
Il travailla comme manœuvre chez Laoust dans le XVIIe arrondissement, puis chez Nozal à Saint-Denis où la direction le signala à la police pour un « refus de travail » dans une usine qui travaillait pour la défense nationale. Il fut embauché à la Société générale de travaux dans le VIIIe arrondissement, chez Renault à Boulogne-Billancourt du 20 décembre 1939 au 12 juin 1940. De confession israélite, Menahem Amram, sans travail, devint camelot à la sauvette.
Les policiers perquisitionnèrent son domicile le 27 janvier 1941, sans résultat. En février, il fut dénoncé par lettre anonyme comme distributeur de tracts communistes auprès du commissariat du quartier. Il respecta la loi sur le recensement des Juifs du 2 juin 1941. Un duplicateur de marque Gestetner à main ainsi que des tracts édités par le Parti communiste clandestin furent découverts vers le 12 septembre 1941 dans une cave abandonnée au 97 rue de Charonne. Des inspecteurs de la BS1 furent chargés de retrouver le propriétaire de la machine. Raoul Lebalnois, ouvrier tonnelier, quarante-deux ans, fut interpellé. Il expliqua que, membre du conseil syndical du XIIe arrondissement, il avait acheté cette machine en décembre 1936 pour les syndicats CGT de l’arrondissement. À la suite de divergences politiques, il fut exclu de la CGT en 1937.
Deux inspecteurs de la BS1 interpellèrent le 19 septembre 1941 Menahem Amram qui demeurait dans l’immeuble pour « menées communistes » et appartenance au « Parti communiste ». Il déclara qu’en décembre 1940 un membre du Parti communiste clandestin lui avait demandé de garder provisoirement en dépôt deux sacs volumineux de papier blanc et qu’il n’était jamais revenu les chercher. Il affirma aux policiers qu’il ignorait qu’il s’agissait de tracts imprimés. Il reconnut avoir donné un exemplaire de La Vie ouvrière clandestine à une connaissance. Dans la cave les policiers saisirent sept différents types de tracts, trois d’affichettes et six de papillons. Menahem Amram fut inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, incarcéré à la prison de la Santé, puis à Fresnes. Il comparut le 16 janvier 1942 devant la Section spéciale de la cour d’appel de Paris, fut condamné à six ans de travaux forcés. Transféré à la centrale de Caen, désigné comme otage à la suite de l’attentat du 2 mai 1942 de Saint-Aubin-les-Elbeuf dirigé contre les Allemands, il fut passé par les armes le 14 mai 1942.
Il laissa à sa femme et à ses enfants une dernière lettre qui ne comportait pas d’affirmation politique.
Une lettre anonyme arriva en préfecture de police le 8 août 1942 : « La femme Amram, 97 rue de Charonne, juive communiste, qui ne porte pas l’étoile, connaît certains des auteurs de l’attentat de l’avenue d’Orléans, son mari a été fusillé, attention, elle est dangereuse ! » Les Renseignements généraux la notèrent comme une « personne nerveuse et exaltée » mais « elle ne semble pas avoir de relations avec les auteurs de l’attentat ».
La famille vivait de différentes allocations, Miriam Amram fut à nouveau convoquée début janvier 1943 par la 3e Section des Renseignements généraux. Elle se présenta avec l’étoile jaune cousue sur son vêtement, et les policiers lui demandèrent de « porter constamment cet insigne en public ».
Miriam Amram témoigna le 11 avril 1945 dans le cadre d’une commission rogatoire présidée par un juge. Elle s’était rendue le lendemain de l’arrestation de son mari à la préfecture de police pour prendre de ses nouvelles. L’un des inspecteurs ayant procédé à son arrestation lui dit : « Vous n’allez plus revoir votre mari, je l’ai bien arrangé cette nuit. » Elle eut la possibilité de lui rendre visite à la Santé, il lui confirma avoir été « frappé brutalement sans spécifier de quelle manière ni par qui ». Lors de cette audition elle ne reconnut pas sur photographies les inspecteurs, elle porta plainte contre eux et notamment contre celui qui s’était livré à des sévices sur son mari.
Le 10 décembre 1948, un certificat d’appartenance à la Résistance intérieure française homologua les services de Menahem Amram de juillet 1940 au 14 mai 1942 comme adjudant au titre du Front national. Cette attestation fut remise à sa veuve qui exerçait la profession de couturière à domicile. Ménahem Amram figure avec son nom mal orthographié « Aman Menechou » sur le mur commémoratif avenue du capitaine Guynemer à Caen.
Sources

SOURCES : Arch. PPo., 77W 1472, 77W 3114. – DAVCC, Caen, B VIII, dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – Mémorial GenWeb.

Daniel Grason

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