Né le 20 décembre 1916 à Bernières d’Ailly (Calvados), fusillé le 24 octobre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts de Seine), quartier-maître radio ; résistant Confrérie Notre-Dame (CND) ; compagnon de la Libération.

Bernard ANQUETIL
Fils de Jules Anquetil et de Eugénie Lebreton, fromagers, Engagé volontaire dans la Marine le 19 novembre 1936, Bernard Anquetil devint matelot-radio l’année suivante. Promu quartier-maître, il fut affecté au début de l’année 1940 à bord du sous-marin Ouessant qui appareilla de Brest pour une campagne de six mois dans la mer des Caraïbes. À son retour, le 19 juin 1940, les Allemands investissaient le port : l’équipage fut fait prisonnier et affecté à des travaux agricoles dans l’Aisne.
Démobilisé, Bernard Anquetil s’installa en juillet 1940 à Angers (Maine-et-Loire) où il trouva un emploi de réparateur de postes de radio. En avril 1941, l’ancien second du Ouessant, le lieutenant de vaisseau Jean Philippon, alors en poste à l’Arsenal de Brest, le recommanda à Gilbert Renault alias Rémy, un agent du Service de renseignements gaulliste qui avait entrepris de constituer un réseau qui devint la Confrérie Notre-Dame. C’est ainsi que Bernard Anquetil devint le premier opérateur radio du colonel Rémy sous le pseudonyme de « Lhermite ».
Il commença par émettre depuis l’hôpital de Thouars (Deux-Sèvres) en zone libre, avec l’aide de deux médecins, André Chauvenet et André Colas. Puis il passa en Zone nord et s’installa alors chez la famille Combe à Saumur, rue des Basses Perrières, avec un poste émetteur-récepteur et continua de transmettre à Londres les renseignements collectés par les agents de Rémy dans les ports de la côte atlantique, de Brest à Hendaye. Ils concernaient notamment les mouvements des bâtiments de la marine de guerre allemande, tels que le cuirassé Bismark, coulé au large de la Bretagne le 27 mai 1941. Un autre navire de la Kriegsmarine, le Scharnhorst, allait être victime des activités du réseau. Le lieutenant de vaisseau Philippon ayant appris que le croiseur de bataille ennemi était sur le point de quitter la rade de Brest, Rémy demanda le 19 juillet 1941 à Anquetil de transmettre l’information à Londres, ce qui permit à la Royal Air Force (RAF) de préparer une attaque qui endommagea lourdement le Scharnhorst le 25 juillet.
Mais le contre-espionnage allemand et son service de radiogoniométrie étaient sur la trace de Bernard Anquetil. Le 31 juillet 1941, ils faisaient irruption dans la maison de Saumur alors que le résistant était en plein travail. Anquetil réussit à détruire le message qu’il était en train d’envoyer et à jeter par la fenêtre sa radio afin de la rendre inutilisable. Comme il se débattait pour tenter de fuir, un policier allemand lui tira dessus.
Bernard Anquetil fut d’abord incarcéré et soigné à la prison du Pré-Pigeon à Angers (Maine-et-Loire), puis transféré à Fresnes et pris en main par les spécialistes des services spéciaux allemands. Mais Anquetil refusa obstinément de leur révéler l’origine des renseignements qu’il avait transmis. Le 15 octobre 1941, il était traduit devant une cour martiale qui le condamna à mort. Après avoir lu la sentence, le président du tribunal de guerre tenta une dernière fois de le faire craquer en lui promettant la vie sauve s’il révélait l’origine des messages envoyés. Mais Bernard Anquetil choisit la voie de l’honneur. Le 24 octobre 1941, il a été fusillé au Mont-Valérien avec quatre autres résistants. Dans la dernière lettre qu’il avait envoyée à son père, il lui écrivait : « je te demande de ne pas avoir honte de moi ».
La dépouille de Bernard Anquetil fut enterrée au cimetière de Montrouge (Deux-Sèvres). Après la guerre, elle fut réinhumée dans le caveau familial à Colleville-sur-Mer (Calvados). Bernard Anquetil fut l’un des premiers Compagnons de la Libération, nommé par décret du 21 novembre 1942. La Croix de guerre avec palme lui fut décernée à titre posthume le 11 mai 1945 ainsi que la Médaille de la Résistance. Son nom figure sur les monuments aux morts de plusieurs communes : Saumur (Maine-et-Loire), Colleville-sur-Mer, Saint-Laurent-sur-Mer (Calvados) et Trévières (Calvados). Ces deux dernières ont également attribué son nom à une rue. À Saumur, une plaque perpétue son souvenir, ainsi qu’à l’ancien hôpital de Thouars. Enfin un aviso de la Marine nationale mis en service en 1978 et désarmé en 2000 avait été baptisé « Quartier-Maître Anquetil ».
Sources

SOURCES : Rémy (Colonel), Mémoires d’un agent secret de la France Libre, Éd. Aux Trois Couleurs et Raoul Solar, 1945. – Philippon Jean (Amiral), Services secrets contre cuirassés. Brest 1940-1942, Éd. France-Empire, 1957. – Site de l’ordre de la Libération. – www.plaques-commeratives.org. — État civil.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : www.ordredelaliberation.fr

Jean-Pierre Ravery

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