Né le 24 avril 1919 à Souché, commune des Deux-Sèvres aujourd’hui rattachée à Niort, mort en action, abattu par la police de Vichy le 25 juillet 1943 à Gournay (Deux-Sèvres) ; ouvrier mécanicien ; résistant FTPF.

Stèle à la mémoire de Raymond Durosier et Louis Jourdain, au bord de la D 105, commune de Gournay (Deux-Sèvres)
Crédit : Dominique Tantin
Plaque de la stèle
Crédit : Dominique Tantin
Fils d’un père cultivateur et d’une mère sans profession, Raymond Durosier était domicilié à Niort, marié le 10 janvier 1942 à Suzanne Marot dont il eut une fille, Nicole, née le 1er novembre 1941.
Engagé dans la résistance communiste avec son frère Emmanuel, R. Durosier fut homologué Franc-tireur et Partisan français (FTPF) à compter du 1er janvier 1943, reconnu "Mort pour la France", et il a bénéficié de l’homologation au grade d’assimilation de Lieutenant par arrêté du Secrétariat à la Guerre en date du 28 juillet 1953.
Mais selon une attestation d’Henri Rol-Tanguy – responsable militaire de l’interrégion 29 Poitou-Anjou, puis de la région Atlantique de l’automne 1942 à avril 1943 – attestation en date du 10 août 1955, Raymond Durosier est entré dans la Résistance dès 1941 et a servi sous ses ordres dans les départements de la Vienne et des Deux-Sèvres, en qualité de Chef de département FTPF. R. Durosier, alias "Fernand", a participé à des distributions de tracts, notamment à Niort dans la nuit du 19 au 20 septembre 1942 pour l’anniversaire de la bataille de Valmy, aux cambriolages des mairies de Vouillé et de Biard (Vienne) pour s’emparer de tickets de ravitaillement, à la destruction du poste d’observation de Saint-Martin-du-Fouilloux (Deux-Sèvres), aux incendies des parcs à fourrage de Beauvoir-sur-Niort le 22 mars 1943 et de Brioux-sur-Boutonne (Deux-Sèvres) le 31 mars, et à la tentative de destruction de la distillerie de Melle. Sous l’autorité d’Henri Tanguy, il a constitué un embryon de maquis dans la région de Sauzé-Vaussais (Deux-Sèvres).
Il échappa à plusieurs reprises de justesse à la police. Ainsi, le 20 septembre 1942, il fut arrêté à son domicile niortais, 269 rue de la Burgonce, mais il parvint à s’échapper pendant son transfert au commissariat de Police. "Les frères Durosier … avaient un courage formidable, surtout ils ne connaissaient pas la peur. Un jour on vient pour arrêter Raymond. Aussitôt, il sort par une autre porte. Comme il avait des sabots, il les laisse dans la rue et se met à courir pieds nus à toute vitesse, les gendarmes à ses trousses. Après un tournant, il entre dans un immeuble qu’il connaissait, sort par une autre porte et sème ses poursuivants" (témoignage de Denise Barreau, 20 janvier 1992, in Michel Chaumet et Jean-Marie Pouplain, op.cit., p. 203). Le 8 mai 1943, selon l’attestation de Rol-Tanguy, R. Durosier, " alors dans l’illégalité et hébergé chez madame veuve Fouchier, de Bougouin, commune de Fressines (Deux-Sèvres), il fut découvert par les Allemands et la brigade de la Section des Affaires Politiques (SAP) de Poitiers. Bien que blessé par balle de mitraillette, il réussit à s’échapper, et reprit son activité de FTPF." Mais le 20 juillet 1943, Stephan Kucharik, qui servait sous les ordres de R. Durosier, fut arrêté et torturé. Il livra beaucoup de renseignements qui entraînèrent de nombreuses arrestations, notamment la date et le lieu d’une proche réunion à laquelle il devait assister, le 25 juillet, pour rencontrer Jean Bernier (alias Anselme) – qui fut arrêté le jour même - dans un endroit appelé "Vallée de la Mort", sur la route de Melle à Sauzé-Vaussais, et peut-être des membres du groupe "Jean-Paul" de Gilbert Banlier et Armand Rivaud, groupe auquel était lié Stephan Kucharik .
Le 25 juillet 1943, le commissaire Rousselet de la Section des Affaires Politiques (SAP) de Poitiers, cinq de ses hommes et un policier allemand vêtus en paysans et en cantonniers, lui tendirent une embuscade sur la route de Melle à Sauzé-Vaussais, à Gournay, dans la traversée des bois de la Chevrolière, à une carrefour de la D 105. Vers 10 h, R. Durosier, qui circulait à bicyclette avec un autre résistant, Louis Jourdain, du Vanneau, tomba dans l’embuscade. À l’aide d’un râteau, un inspecteur de Rousselet provoqua la chute de Jourdain de sa bicyclette. Jourdain ouvrit le feu mais il fut aussitôt abattu. Durosier tenta de s’enfuir, mais il fut criblé de 24 balles de mitraillette tirées par les policiers.
Dans la fin tragique de R. Durosier, quelle fut l’importance de sa dénonciation par son épouse, fait pour lequel elle fut condamnée par la Cour de Justice de la Vienne en 1945 ? Un rapport de police du 6 mars 1945 signale son "inconduite notoire avec les Allemands après le départ (sic) de son mari."
Son frère Emmanuel réussit à échapper à la répression et survécut à la guerre, mais il fut l’objet de deux tentatives d’assassinat, les 9 juin et 2 août 1945. Les auteurs des agressions ne furent jamais identifiés et un non-lieu fut rendu le 10 septembre 1946.
Une stèle fut élevée à l’emplacement où les deux résistants furent abattus. Chaque année, le 25 juillet, s’y déroule une cérémonie à leur mémoire. La plaque comporte une erreur (ils ne furent pas "fusillés", mais abattus) et une omission (ils furent abattus par des policiers français).
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen. — Arch. Dép. Deux-Sèvres, 3U3, 158W221 et 224. – Arch. Mun. Niort. — Michel Chaumet et Jean-Marie Pouplain, La Résistance en Deux-Sèvres, 1940-1944, Geste éditions, La Crèche, 2010. — vrid.mémorial

Dominique Tantin

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