Né le 19 juillet 1896 à Humbercourt (Somme), fusillé le 7 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; instituteur.

René Caron (GenWeb)
René Caron était marié et père de trois enfants. Il exerçait la profession d’instituteur et était secrétaire de mairie. La famille demeurait à Noyelles-en-Chaussée (Somme). Il fut mobilisé comme lieutenant pendant la guerre.
Devant l’avance très rapide des troupes allemandes, les autorités belges décidèrent de remettre aux autorités françaises soixante-dix-neuf prisonniers dont Léon Degrelle, chef du parti rexiste. Ceux-ci étaient, selon les Belges, des nazis dont certains étaient soupçonnés d’espionnage. Trois autocars partirent de Bruges, gagnèrent Dunkerque via Ostende, à la frontière franco-belge. Là, Léon Degrelle fut reconnu, tiré de l’autocar et passé à tabac par des militaires français. Il s’en tira avec quelques « bleus ». Le convoi repartit sans lui, et sous les huées et les jets de pierre.
Le convoi arriva à Abbeville dans la nuit du 19 au 20 mai 1940. Ne sachant où incarcérer les prisonniers, on les enferma dans la cave du kiosque à musique. Les Allemands étaient aux portes de la ville. Le capitaine Marcel Dingeon de l’état-major de la place, un architecte mobilisé, donna l’ordre verbal au sergent-chef Émile Molet et à sa section de la 5e compagnie du 28e Régiment régional, d’exécuter les soixante-dix-huit détenus. Les exécutions étaient commencées quand le lieutenant René Caron arriva sur place ; il n’y mit pas fin. Le lieutenant Jean Leclabart du 28e Régiment passait par là. Il connaissait le règlement militaire et demanda à voir l’ordre d’exécution. Comme cet ordre était inexistant, il fit arrêter le massacre. Vingt et un prisonniers dont une femme étaient déjà exécutés.
Quelques semaines plus tard, René Caron fut fait prisonnier par les Allemands, il s’évada, rentra à son domicile, reprit son métier d’instituteur. Le 14 juillet 1941 les élèves de René Caron auraient déposé des fleurs au monument aux morts. Il fut dénoncé, arrêté le 3 septembre 1941 par des Allemands de la Sipo-SD (police de sécurité et de renseignement de la SS) de Bruxelles. Incarcéré à la prison d’Abbeville, puis à Amiens le 27 décembre 1941, il fut transféré le 11 janvier 1942 à la prison de Fresnes.
Il comparut le 17 janvier 1942 devant de tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), et condamné à mort pour « mauvais traitements à des prisonniers allemands et meurtres ». Il fut passé par les armes en compagnie d’Émile Molet le 7 avril 1942 au Mont-Valérien. La presse collaborationniste, notamment Le Matin et L’Ouest-Éclair approuvèrent les deux exécutions : « Les deux coupables du meurtre de vingt et une personnes à Abbeville ont été fusillés » et « Un officier français et un sous-officier condamnés à mort pour avoir fait fusiller 21 prisonniers civils ».
René Caron fut inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), puis après la Libération au carré des corps restitués au cimetière nouveau de Saint-Acheul à Amiens (Somme). Son nom figure sur le monument aux morts de Noyelles-en-Chaussée.


L’abbé allemand Franz Stock l’évoque dans son Journal de guerre :
« Madi 7.4.42
6 exécutions
...
Prévenu à midi que 6 [détenus] doivent être fusillés, 2 de Fresnes, 4 de la Santé. Part à 12h30 pour Fresnes, prépare Molet François de Beaurevoir (Aisne) et Caron de Noyelles-en-Chaussée par Abbeville, à la mort. Les deux se sont confessés et ont communié, Molet était un catholique pratiquant, 4 enfants, l’autre 3. Les deux sont accusés d’avoir abattu des prisonniers de guerre à Abbeville lors de l’avancée en mai 1940. Ils disent qu’ils ont obéi aux ordres. L’aumônier Loevenich devant accompagner les 4 autres, je pars avec ces deux-là pour la Santé, d’où l’aumônier militaire les accompagne au fort. Enterrés à Ivry. »
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, Boîte 5. – Blog de Jacky Tronel. – Le Matin, 11 avril 1942. – L’Ouest-Éclair, 13 avril 1942. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb.

Daniel Grason

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