Né le 14 mars 1905 à Beaurevoir (Aisne), fusillé le 7 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; exploitant agricole.

François Molet
Fils de François, cultivateur, et de Marie, née Desenne, sans profession, Émile Molet était exploitant agricole à Beaurevoir (arrondissement de Saint-Quentin, Aisne). Appelé sous les drapeaux et affecté à la 4e batterie du 313e Régiment d’artillerie, il rejoignit Mayence le 15 mai 1925. Promu brigadier et rattaché au 305e Régiment d’artillerie à pied, Émile Molet fut nommé maréchal des logis le 11 mai 1926. Ses supérieurs louaient sa droiture et sa gentillesse. Libéré de ses obligations le 29 octobre 1926, il reprit son métier de cultivateur dans la ferme familiale. Le 14 septembre 1932, il épousa à Levergies (arrondissement de Saint-Quentin) Paule Boulanger. Le couple eut quatre enfants.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, François Molet fut affecté sur la ligne Maginot, avec le grade de sergent-chef de réserve, puis en septembre 1939, rattaché à la 101e batterie du 2e dépôt d’artillerie à Abbeville, puis au 28e régiment de la garde, 1er bataillon, 5e compagnie, dernière unité. Soixante-dix-neuf prisonniers dont le nazi Léon Degrelle, chef du parti rexiste étaient détenus par les autorités belges. Ceux-ci étaient selon les Belges, des nazis dont certains étaient soupçonnés d’espionnage. Les autorités belges décidèrent de les remettre aux autorités françaises. Trois autocars qui partirent de Bruges gagnèrent Dunkerque via Ostende, à la frontière franco-belge. Là, Léon Degrelle fut reconnu, tiré de l’autocar et passé à tabac par des militaires français. Il s’en tira avec quelques « bleus ». Le convoi repartit sans lui, et sous les huées et les jets de pierre.
Le convoi arriva à Abbeville dans la nuit du 19 au 20 mai 1940. Ne sachant où incarcérer les prisonniers, ils furent enfermés dans la cave du kiosque à musique. Les Allemands étaient aux portes de la ville. Le capitaine Marcel Dingeon de l’état-major de la place, un architecte mobilisé, donna l’ordre verbal au sergent-chef Émile Molet et à sa section de la 5e compagnie du 28e Régiment régional, d’exécuter les soixante-dix-huit détenus. Les exécutions commencèrent ; quand le lieutenant René Caron arriva sur place, il n’y mit pas fin. Le lieutenant Jean Leclabart du 28e Régiment passant par là, et connaissant le règlement militaire, demanda à voir l’ordre d’exécution. Comme cet ordre était inexistant, il fit arrêter le massacre. Vingt et un prisonniers dont une femme étaient déjà exécutés.
Parmi les victimes : un Canadien, entraîneur de hockey sur glace, arrêté parce qu’au mauvais endroit et au mauvais moment, parce que ces papiers n’étaient pas en ordre ; un frère bénédictin d’origine allemande ; une vieille dame ; un conseiller communal de Saint-Gilles ; un marchand d’endives, conducteur de son véhicule réquisitionné pour transporter les « suspects » et qui le partagea ; quatre Italiens antifascistes réfugiés en Belgique et qui croyaient échapper aux Allemands.
Émile Molet fut arrêté à une date inconnue par des Allemands de la Sipo-SD (police de sécurité et de renseignement de la SS) de Bruxelles. Incarcéré à la prison d’Amiens, il fut transféré à la prison de Fresnes. Il comparut le 1er mars 1942 devant de tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), et condamné à mort pour « mauvais traitements à des prisonniers allemands et meurtres ». Il fut passé par les armes en compagnie de René Caron Enfin j’ai fait tout mon possible, mon devoir le mieux possible, je t’ai aimée comme peu ont été aimé. […] Combien j’aurai préféré être tué l’an passé à la bataille que de mourir ainsi. Je ne pensais jamais que le bon Dieu m’aurait enlevé si vite à vos affections, surtout après l’avoir servi de mon mieux. Après la guerre, tu me feras réhabiliter surtout. Je n’ai pas commandé l’exécution. Je n’ai pas tué personne. C’est le gendarme qui a tout fait et moi j’ai tout fait pour l’en empêcher. Surtout fais-nous réhabiliter et défend notre honneur, l’honneur de nos enfants.
Tu avais confiance, nous avions confiance en ces gens-là bien à tort, tu vois il n’y a rien à faire. Pour eux, pas de pitié, pas d’appel, rien. J’avais eu peur avec raison en entendant le jugement qui nous faisait passer pour des sadiques ayant encore fracassé des crânes et tué à coup de baïonnettes ceux qui étaient exécutés, ce qui est faux, archi faux. Je suis innocent. C’est atroce pour toi. Je t’aimais tant et n’ai jamais pu me résoudre à te quitter. J’aurais du le faire, me sauver, me sauver… et il est trop tard […]
Tu proclameras qu’à Abbeville, j’ai tout fait pour éviter une atrocité française et j’ai réussi puisque cinquante-huit n’ont pas été exécutés…
Nous nous pensions sauvés et je ne pensais jamais que l’on ne reconnaîtrez pas notre innocence. Je pensais que les Saints que j’avais invoqués […] m’auraient conservé à mes chéris. Enfin il faut des sacrifices pour la France. »


L’abbé allemand Franz Stock l’évoque dans son Journal de guerre :
« Madi 7.4.42
6 exécutions
...
Prévenu à midi que 6 [détenus] doivent être fusillés, 2 de Fresnes, 4 de la Santé. Part à 12h30 pour Fresnes, prépare Molet François de Beaurevoir (Aisne) et Caron de Noyelles-en-Chaussée par Abbeville, à la mort. Les deux se sont confessés et ont communié, Molet était un catholique pratiquant, 4 enfants, l’autre 3. Les deux sont accusés d’avoir abattu des prisonniers de guerre à Abbeville lors de l’avancée en mai 1940. Ils disent qu’ils ont obéi aux ordres. L’aumônier Loevenich devant accompagner les 4 autres, je pars avec ces deux-là pour la Santé, d’où l’aumônier militaire les accompagne au fort. Enterrés à Ivry. »
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, Boîte 5. – Le Matin, 11 avril 1942. – L’Ouest-Éclair, 13 avril 1942. – Blog de Jacky Tronel https://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-hommes/francois-molet-et-laffaire-des-21-fusilles-du-kiosque-a-musique-dabbeville-14368. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p. 76-77. — État civil, Beaurevoir.

Daniel Grason

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