Né le 14 septembre 1912 au lieu-dit Foveno à Missiriac (Morbihan), fusillé le 23 décembre 1940 au fort de Vincennes (Seine, Val-de-Marne) ; ingénieur ; premier Français fusillé par l’occupant à Paris au fort de Vincennes.

Jacques Bonsergent
La Charte, septembre-octobre 2000.
Jacques Bonsergent était le fils de Charles Bonsergent, négociant ou minotiers (selon les sources), et de Gabrielle Bato. Il reçut une forte éducation morale et religieuse. Jacques Bonsergent était le benjamin d’une famille de dix enfants. En 1921, Charles Bonsergent décéda. C’est Gabriel, l’aîné de la fratrie, qui prit en charge la famille. Dans les années 1930, après des études à Lorient (Morbihan), il fut reçu aux Arts et Métiers à Angers (Maine-et-Loire), promotion 1930 et participa à l’issue de sa formation au mouvement des Gad’ zarts .
Mobilisé en 1939, durant la drôle de guerre, il fut rappelé comme affecté spécial à La Courneuve (Seine, Seine-Saint-Denis) dans une usine fabriquant des chaudières. Après la défaite de 1940, une firme de métaux précieux à la Plaine-Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis) l’embaucha. Il habitait au 4 boulevard Magenta (Hôtel de l’Exposition)à Paris Xè arr.
Le dimanche 10 novembre 1940, Jacques et ses amis revenaient d’un mariage. Aux abords de la gare Saint-Lazare, vers 21 heures, ils marchaient dans la nuit noire, la défense passive interdisant toute lumière à l’extérieur, quand un groupe de soldats allemands arriva en sens inverse. Bousculade, mêlée confuse, un soldat allemand reçut un coup de poing. Tout le monde s’éparpilla mais Jacques Bonsergent, repéré par sa haute taille, fut arrêté, frappé à la tête, puis entraîné à l’intérieur de l’hôtel Terminus. On lui demanda de donner les noms de ses camarades, ce qu’il refusa jusqu’à son dernier souffle. Il fut transféré à la prison du Cherche-Midi.
Son arrestation tomba la veille de la première manifestation de masse dans la capitale contre les Allemands. Jugé vingt-cinq jours plus tard, dans ce contexte, Jacques Bonsergent devint le condamné idéal qui permettait, à la première occasion, de faire un exemple pour frapper l’opinion publique. Cette occasion se présenta le 13 décembre à Vichy. Le maréchal Pétain, qui avait renvoyé son chef de gouvernement Pierre Laval, refusa de se rendre à Paris pour recevoir les cendres du duc de Reichstadt, fils de Napoléon Ier et de l’impératrice Marie-Louise archiduchesse d’Autriche, qu’Hitler voulait rendre solennellement à la France. Pour le führer, c’était un affront, une infamie inqualifiable. Dans sa cellule 175 du Cherche-Midi, Jacques Bonsergent subit le contrecoup de cette péripétie : le général Otto Von Stülpnagel, commandant en chef des troupes de la Wehrmacht en France, ne signa pas sa grâce.
Il écrivit une dernière lettre à son ami et camarade de promotion Roger Abadie :
Le 22.12.40, 19 h.
Mon cher 1000W
Chers copains,
 
J’ai été jugé le 5 décembre, et condamné à mort ; ma grâce a été refusée, je suis exécuté demain matin on vient de me l’annoncer.
Préviens la Société des Anciens élèves et surtout ne vous faites pas de bile, je ne m’en fais pas moi-même.
Si ça vous est possible vivez bien pour Noël et le 1er janvier et surtout n’oubliez pas mon verre et chantez « Larrens » [chant de tradition Gad’ art] énergiquement en passant à moi.
Fais mes adieux à tous les amis et connaissances.
Pour la 1re fois depuis que je vous ai quittés je vais bien manger et boire et j’ai de l’appétit. Je préviens ma famille par ailleurs, écris leur un petit mot [57 rue de Liège] sur lequel tu feras signer tous les bons copains, ça leur fera plaisir, si tu peux même, vas à Lorient les voir et les embrasser je t’en remercie à l’avance ils t’en seront reconnaissants. (Je n’aurais jamais cru t’écrire mes dernières volontés aussi tôt).
Sur ce je t’embrasse fraternellement et je te dis adieu avant de me coucher pour la dernière nuit (rayé) fois.
Bien fraternellement et en vrai Gad’ zarts -(élèves de l’École normale supérieure d’arts et métiers] adieu !
 
_ Dans la dernière lettre qu’il écrivit à ses parents, Jacques Bonsergent disait : « Je meurs victime d’une confusion. Je suis accusé d’avoir frappé le 10 novembre des soldats allemands alors que je n’ai que voulu m’interposer entre eux et le vrai coupable. Je suis fort de mon innocence et je m’en vais la conscience propre. »

Jacques Bonsergent a été fusillé le lendemain au fort de Vincennes.
Le 23 décembre au matin, les Parisiens découvrirent cette affiche : « L’ingénieur Jacques Bonsergent a été condamné à mort par le tribunal militaire allemand pour acte de violence envers un membre de l’armée allemande. Il a été fusillé ce matin. » Selon un rapport des Renseignements généraux, « la lecture de ces affiches n’a provoqué que de rares réflexions de la part des lecteurs ». Un autre rapport signalait que « deux personnes ont été appréhendées près de la Gare Saint-Lazare, alors qu’elles lacéraient deux des affiches apposées par les Allemands annonçant la mise à mort de M. Bonsergent. Deux autres affiches furent lacérées, l’une 184 boulevard Saint-Germain, l’autre 25 rue du Gal-Brunet. Quelques bouquets de fleurs furent déposés près d’une autre affiche (46 rue de Rennes) ». Entre le 31 décembre 1940 et le 6 janvier 1941, sept personnes furent arrêtées pour avoir lacéré ou maculé ces affiches.
Dans le Xe arrondissement de Paris, près de son domicile 3 boulevard Magenta, une station de métro et une place portent le nom de Jacques Bonsergent. Une rue porte également son nom à Missiriac.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Arch. PPo, série Situation de Paris, (juin à décembre 1940, carton 1 ; janvier à mars 1941, carton 2.). – Roger Leroux, Le Morbihan en guerre, Mayenne, Imprimerie de la Manutention, 1990. – Julie Bourgeois, Jacques Bonsergent premier fusillé et sacrifié, Le télégramme du Morbihan du 16 décembre 2000. – André Autrusson, La Charte, septembre-octobre 2000. – Guy Krivopissko, A vous et à la vie. Lettres de fusillés du Mont-Valérien (1940-1944), Tallandier, 2010. — État civil.

Fabrice Bourrée

Version imprimable de cet article Version imprimable