Né le 2 décembre 1903 à La Pallice (Charente-Inférieure, Charente-Maritime), fusillé le 13 février 1943 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; traceur ; résistant de l’Organisation spéciale (OS) puis FTPF de Rezé (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique).

Marcel Boissard
Fils d’Augustin Boissard, cordier, et de Léontine Dessoudeix, sans profession, domicilié à Trentemoult (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), Marcel Boissard était marié avec Marie, Mathilde Briand et père d’un enfant. Il militait au Parti communiste et à la CGT en 1936. Résistant, membre de l’OS, groupe de Rezé depuis juin 1941, il hébergeait des résistants en fuite, notamment André Rouault en mars-avril 1942 et Gomez Ollero Alfredo, chef de l’OS à Nantes ; il fut impliqué dans plusieurs vagues d’attentats. Le 15 janvier 1943, le procès s’ouvrit au palais de justice de Nantes où le tribunal militaire allemand FK 518 jugea 43 hommes et deux femmes membres de l’OS créée par le Parti communiste clandestin ; le procès dura deux semaines, 49 chefs d’accusation allant d’attentats contre l’occupant à l’exécution de « collaborateurs » ou au vol de tickets d’alimentation. Le 28 janvier 1943, le tribunal le condamna à mort avec 36 autres « francs-tireurs » dans le cadre du « procès des 42 de Nantes », deux à la déportation, Roger Guédon et Ernest Le Goff, ainsi que les deux femmes, Renée Losq et Marie Michel. Marcel Boissard a été fusillé le 13 février 1943 avec 24 autres résistants au terrain militaire du Bêle. Dès le 29 janvier, neuf condamnés avaient été fusillés en dépit des demandes de grâce signées par le préfet, le maire, l’évêque et le pasteur de Nantes et du délai de grâce allant jusqu’au 2 février. Le 7 mai 1943, les trois derniers furent exécutés.
Reconnu - Mort pour la France - , le nom de Marcel Boissard est gravé sur le monument aux morts du cimetière Saint-Paul de Rezé et à Nantes, près du stade de la Beaujoire, sur la plaque commémorative apposée par l’Association nationale des familles de fusillés et massacrés "l’ANFFM de la résistance française à ses glorieux martyrs fusillés en ces lieux de 1941 à1944".
Dernière lettre
 
Amie chérie,
Je t’ai aimé tendrement, ma compagne chérie et, dans les heures douloureuses qui ont passé, c’est ton souvenir, le souvenir des heures gaies et pures de notre amour qui m’a réconforté. Oui, c’est la grande chose de ma vie que tu y aies passé, que ton sourire et ton tendre courage aient enchanté les heures qui ont coulé près de toi. Je le sens encore plus maintenant où je crois que peut-être, je ne connaîtrai plus jamais la grande joie de ta présence.
Il faut, amour chérie que tu sois vaillante et brave, à présent que la cruauté des envahisseurs de notre pays nous sépare. Tu as le devoir sacré de ne jamais laisser noire petit chérubin, cette chair de notre chair, sans le réconfort et le guide de ta voix maternelle. Si son papa n’est plus là pour guider ses pas hésitants vers la vie, notre enfant trouvera près de toi, je le sais bien, l’appui qui va lui manquer. Surtout, chérie, ’je voudrai que mon souvenir soit entretenu dans cette jeune tête, qu’il sache que son papa était honnête et droit et que s’il est tombé, c ’est pour que tous les petits enfants de France deviennent des hommes libres et fiers de leur pays, pour que la Fraternité humaine habite leur coeur et que disparaissent à jamais, la barbarie, avec l’égoïsme qui la perpétue.
Chérie, chérie, comme en ces heures douloureuses ton coeur est près de mon coeur !! C’est toi dans les heures dernières qui es dans mon souvenir et alimente mon courage. Je connais ta souffrance, mon pauvre petit je sais bien que notre séparation est pour toi, une chose atroce, mais en souvenir de notre pur amour, il faut, oui il faut que tu domines notre malheur, que tu sois la femme des jours nouveaux que notre sacrifice amène. Ce n ’est pas en vain, je le sais bien, que je fais appel à ton courage, car il va t’en falloir. Je suis certain que tu seras aidée par ta famille, ma soeur et mon frère, qui apporteront pour toi et notre chéri le réconfort et l’appui qui te seront nécessaires. Dis leur que ma reconnaissance est grande pour ce que je devine qu’ils ont fait et surtout qu’ils feront. Et, quand notre enfant sera grand, que tu pourras t’appuyer sur son bras vigoureux, qu’il sache que son papa n ’a jamais tremblé devant le sacrifice et la mort, qu ’il vous aimait tendrement tous les deux comme savent aimer les hommes honnêtes, mais que si son coeur est écrasé, il est resté jusqu ’à l’heure suprême ferme et droit ; Adieu, adieu, ma bonne chérie, la mort me prend, mais la vie est encore pour toi remplie de choses qui font espérer des jours meilleurs. Alors laisse la vie te charmer— encore quand cela sera possible. Ne m’oublie pas, mais que mon souvenir ne soit jamais un empêchement à ton bonheur car tu peux encore le retrouver. Si je meurs enchaîné et malheureux c ’est pour que toi et les autres soient libres et heureux dans ce monde que je vais quitter. Adieu mon trésor aimé. Je te couvre de baisers, de ces baisers qui sont tout notre amour. Embrasse pour moi souvent notre petit, qu’il grandisse avec le chaud amour que je lui vouais, près de sa maman et, lorsque des mois, des ans auront passé, garde en toi un petit coin d ’où je te parlerai quelquefois, car comme autrefois quand la vie chantait, je reste au seuil du tombeau ton petit
Olivier
Je te remercie, ma douce amie de tout ce que tu m’as fait parvenir pour adoucir un peu les heures dernières ; chaque chose m’a parlé de toi et des miens.- J’ai tant souffert dans ces derniers mois, que ce fut pour moi presque le paradis de pouvoir manger à ma faim. Sois en bénie et, en te disant encore adieu, je pense que mon coeur bat fort et crie :je t ’aime, Adieu amie chérie adieu !.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, BVIII4 (Notes Thomas Pouty). – Site Résistance 44 . — Notes de Gilbert Boissard, son fils, et dernière lettre fournie par lui. — État civil.

Annie Pennetier

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