Né le 25 mars 1921 à Lyon (IIe arr., Rhône), fusillé par condamnation le 1er février 1944 à la Doua (Villeurbanne, Rhône) ; mouleur ; résistant dans le maquis de l’Armée secrète (AS) de Beaubery (Saône-et-Loire).

Fils de Clovis, Georges et d’Alexandrine, Antoinette Matteo, Clovis Bernard (comme son père) exerçait la profession de mouleur dans l’entreprise Delle à Villeurbanne (Rhône) et demeurait 45 rue de la Balme à Lyon (IIIe arr.) avec ses parents.
Clovis Bernard partit travailler en Autriche en février 1943 dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO). Il y fut employé dans une usine à Weiz. Il revint chez lui en permission en août 1943. Il quitta quinze jours après le domicile familial et, le 12 octobre, il intégra le maquis de Beaubery (Saône-et-Loire).
Ce maquis de l’Armée secrète était situé à Combrenod sur la commune de Montmelard (Saône-et-Loire) depuis septembre 1943.
Le 11 novembre 1943, les soldats allemands attaquèrent le camp. Les maquisards résistèrent puis, par prudence, ils se replièrent le lendemain à Gillette, hameau de Gibles (Saône-et-Loire).
Le 14 novembre, les Allemands attaquèrent à nouveau à Gibles. Les résistants tentèrent de leur échapper mais le massif montagneux fut vite cerné. Les Allemands arrêtèrent Clovis Bernard et six autres camarades (Trivino, Gardenet, Michenot, Morel, Quinchez et Deschamps) alors qu’ils tentaient de sortir du bois. D’après Albert Durand, agent de liaison du maquis, Clovis Bernard aurait fait partie d’un détachement laissé à l’arrière-garde pour nettoyer le cantonnement avant l’arrivée des Allemands.
Vraisemblablement conduit à Mâcon (selon la dernière lettre de Michel Mazaud), il fut ensuite transféré à la prison Montluc (Lyon) avec ses compagnons.
Les 14 et 15 janvier, le tribunal militaire allemand siégeant à Lyon jugea et condamna à mort Clovis Bernard et quinze camarades du maquis comme francs-tireurs et pour avoir favorisé l’ennemi.
Clovis Bernard écrivit une dernière lettre à sa famille le 1er février 1944.

Les Allemands le fusillèrent avec ses compagnons le 1er février 1944 sur le stand de tir du terrain militaire de la Doua (Villeurbanne).
Son corps fut retrouvé dans le charnier de la Doua à la Libération et identifié par son père le 11 août 1945.
Il obtint le titre d’Interné Résistant en 1953.
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Dernière lettre
 
Lyon, le 1er février 1944
Mes chers parents, frères et soeurs,
Je vous écris ces quelques mots pour vous donner mes dernières nouvelles qui sont bonnes, jusqu’à la dernière minute, et le moral est bon. J’ai été arrêté le 14 novembre, et puis nous avons été jugés le 15 janvier par le Tribunal. Mon cher Papa, ma chère Maman, vous pourrez croire que j’ai toujours pensé à vous jusqu’à la dernière minute et vous embrasserez bien tous mes frères et soeurs pour moi ; je les aime toujours. Vous mettrez ma photo sur le buffet. Je ne suis pas bien installé pour écrire parce que je suis sur une cheminée, mais ça ne fait rien, cela vous fera un grand plaisir de voir de gentils mots.
Nous allons être fusillés à 4 heures de l’après-midi, mais c’est pas cela qui m’a coupé l’appétit : je viens juste de manger, une soupe et un morceau de pain. Le colis que j’ai reçu pour Noël, je l’ai bien reçu, Maman, tu as bien été gentille. Quand je l’ai reçu, tu ne peux pas croire ce que j’étais content, cette joie. Mais enfin tu retrouveras tout ça chez nous. Ma petite Maman et mon petit Papa, il ne faut pas trop vous en faire, je sais que ce sera très dur, mais enfin vous aurez été fiers d’avoir un fils qui vous aimera toujours jusqu’à la dernière minute, c’est l’affaire de quelques instants. Cette lettre, vous la mettrez de côté comme souvenir pour ma petite Monique, vous lui ferez un gros mimi, puis pour le Marcel aussi, la Marie aussi, aussi Odette et Irène, Pepitte aussi, ainsi que toute la famille.
Je vais vous quitter pour toujours, mais mon coeur restera toujours avec vous, je vous quitte en vous embrassant tous, mon cher papa et ma petite maman, et mille baisers à tous.
Lilli
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, 21 P 424 474. – Arch. Dép. Rhône, 3335W22, 3335W6, 3808W15, 3460W2. – Guy Krivopissko, La vie à en mourir lettres de fusillés (1941-1944), 2003, p. 268-269. – Bruno Permezel, Montluc. Antichambre de l’inconnu (1942-1944), 1999. – Amicale du Bataillon du Charollais, Le maquis de Beaubery et le bataillon Charollais, 1983.

Jean-Sébastien Chorin

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