Né le 14 mars 1911 à Ixelles (Belgique), fusillé le 27 juin 1944 à Castelmaurou (Haute-Garonne)  ; aviateur, résistant belge.

Charles de Hepcée
Source : http:// bel-mémorial.org
Charles de Hepcée (alias "Charley") était le fils d’Albert, Marie, Joseph et de Jeanne, Marie Boonen.
Il entra à l’École royale militaire d’où il sortit à la fin de 1932 avec le grade de sous-lieutenant. Il suivit plus tard les cours de l’École royale d’aéronautique où il obtint en 1939 le grade de capitaine d’aviation.
Il se maria le 3 septembre 1936 avec le baronne Micheline de Sélys de Longchamps née le 10 septembre 1912 qui participa activement, avec son mari, à la résistance belge en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle était issue de la noblesse belge et son arrière grand-père fut, au XIXe siècle, un homme politique important : parlementaire (député puis sénateur) il fut président du Sénat. Le couple eut quatre enfants.
Charley de Hepcée se retira dans la propriété de sa belle-famille à Halloy, après la capitulation de la Belgique en mai 1940. Officiellement fabriquant de charbon de bois, il ouvrit un home pour accueillir les enfants en difficulté dont des enfants juifs. Il préparait des terrains de parachutage et mettait en place des filières d’évasion pour les pilotes tombés au combat. Avec un autre aviateur, Anselme Vernieuwe, avec qui il s’était entendu dès 1941, il créa le réseau "ligne Rose Claire" — Rose était le pseudonyme de Hepcée et Claire celui de Vernieuwe— pour aider des pilotes à partir pour l’Angleterre à travers la France puis l’Espagne. Ce réseau fonctionnait depuis la France, c’est pourquoi tous deux s’installèrent à Lyon dès juin 1942. Leur réseau fut absorbé par le poste de commandement belge en septembre 1942. Commença une intense activité de passages. De Hepcée franchit vingt fois la ligne de démarcation et douze fois la frontière pyrénéenne entre la France et l’Espagne. "Brulé", il franchit une nouvelle fois les Pyrénées en avril 1943 et se rendit à Londres via Lisbonne. Le 13 mai 1943, il intégra la section belge de la Royal Air Force. Pressenti en janvier 1944 pour la "mission Roch" (exfiltrer des agents "brûlés" de France au Royaume-Uni pour le compte de la RAF), il partit de Londres pour Lisbonne le 1er mars 1944. Le 10 mars, il était à Barcelone et le 13 mars, pris en charge par la filière SOL (de "Soldevila", patronyme d’une fratrie de passeurs du Pallars Sobirà, Pyrénées catalanes, recrutés par les Belges) créée en 1943. Il franchit la frontière dans la nuit du 12 au 13 avril 1944. Alors qu’il se croyait en sûreté et que son guide était retourné en Espagne, il fut arrêté le 13 à 4 heures du matin de façon inattendue par une patrouille de la douane allemande près de Betmajou (Couserans, Ariège), au pont de Taule. Des sources belges dont fait état la fille de Charles de Hepcée indiquent qu’il a été arrêté à la suite de la trahison de son passeur et de deux autres personnes. Des sources américaines (Washington) basées sur le debriefing d’aviateurs américains et canadiens donnent un récit proche mais avec des dates différentes (traversées des Pyrénées du 7 au 9 avril 1944) et sans allusion à une trahison d’un passeur.
D’abord transféré à Saint-Girons (Ariège), il fut finalement incarcéré à la prison Saint-Michel de Toulouse où il fut "interrogé".
Le 27 juin 1944, seize prisonniers de la police allemande furent extraits de leurs geôles et furent amenés à la forêt de la Reulle, à Castelmaurou, commune située au nord-est de Toulouse et faisant partie de son agglomération. Quinze d’entre eux furent fusillés par des soldats de la division SS Das Reich. Avant d’être exécutés, les prisonniers furent contraints de creuser leur tombe. Jaume Soldevila fut le seul, parmi les seize, qui réussit à fausser compagnie à ses gardiens. Jusqu’en 2012 cinq corps des quinze victimes de la fusillade n’avaient pas été identifiés et avaient été inhumés au cimetière de Castelmaurou. Celui de Charley de Hepcée, aviateur et résistant belge (filière de passages transpyrénéens clandestins en Espagne), a pu l’être en mars 2012 grâce à la comparaison de son ADN avec celui de l’une de ses filles, Rose. Depuis, ceux de deux autres victimes ont pu être identifiés, ceux de Marcel Joyeux et de Pierre Cartelet). Celui de Charley de Hepcée (1911-1944) a été identifié en mars 2012. Voir Noël Pruneta, Claude Charvet, Joseph Guillaut et Robert Toubiana. Ses obsèques militaires eurent lieu en l’église de Braibant (commune de Ciney, province de Namur, Belgique) le 24 juillet 2012 en présence du représentant du roi Albert II, d’élus de la Haute-Garonne et du comité à l’initiative de la recherche de l’identité des fusillés non identifiés du bois de la Reulle. Sa dépouille fut inhumée dans le caveau particulier de la propriété privée de la famille à Halloy (commune de Ciney). Un acte de décès fut dressé à Castelmaurou le 24 mars 2012 après que son identité eut été prouvée. La mention "mort pour la la Frace" fut inscrite en marge de l’acte.
Sa femme et ses enfants avaient franchi la ligne de démarcation en mars 1943. Alors que Charles Hepcée était à Londres, sa femme et ses enfants furent arrêtés le 14 mai à Grenoble. Il apprit des semaines plus tard le sort de sa famille et la mort de son frère abattu au-dessus de la Hollande.
Séparée de ses enfants qui récupérés en France par sa belle-famille purent revenir en Belgique, Micheline Sélys de Longchamps fut arrêtée à Avellard-les-Bains le 14 mai 1943 avec ses quatre enfants et leur nurse, Andrée Detinne. Ils furent détenus d’abord à Grenoble puis à Suse (Piémont) et, enfin à Turin. Les Allemands les transférèrent à nouveau à Grenoble puis à Fresnes où ils l’"interrogèrent". Puis, de Compiègne, elle fut déportée (janvier 1944) d’abord à Ravensbrück puis à Hanovre et Bergen-Belsen d’où elle fut libérée en avril 1945, après avoir fait la marche de la mort.. Elle mourut en 1983. Deux de ses enfants furent interrogés : Éric, âgé de six ans et Monique, de trois.Les Italiens n’ont pas permis aux Allemands de s’emparer des enfants et de leur nurse. Ils les cachèrent sous protection policière jusqu’en septembre 1943. Charles de Hépcée n’apprit l’arrestation de sa famille qu’à la fin de 1943.
Charley de Hepcée a été distingué par de nombreuses décorations françaises, anglaises, belges et luxembourgeoise.
Une stèle érigée dans le bois de la Reulle commémore, sur le lieu de leur exécution, le souvenir des quinze fusillés du 27 juin 1944. Le nom de Charley de Hepcée, alors non identifié n’y figurait pas. Il y a été rajouté depuis.
Une rue d’Halloy porte le nom de "aviateurs de Hepcée", au pluriel, en mémoire de Charley mais aussi de son frère Michel et de son fils Eric, tous aviateurs et décédés
Voir : Lieu d’exécution : Castelmaurou (Haute-Garonne), fusillés sommaires du Bois de La Reulle (ou Reule)
Sources

SOURCES  : Noemí Riudor Garcia, "La família Soldevila d’Escart : Línia SOL de la xarxa belga de Jean" in Josep Calvet Bellera, Annie Rieu-Mias, Noemí Riudor Garcia, La batalla del Pirineu. Xarxes d’informació i d’evasió aliades al Pallars Sobirà, a l’Alt Urgell a a Andorra durant la Segona Guerra Mundial, prologue de Jordi Guixé, Tremp, Editorial Garsineu, 2011, 208 p. [pp. 91-166, en particulier p. 109, pp. 131 sq.] (ouvrage traduit en français, La bataille des Pyrénées. Réseaux d’information et d’évasion alliés transpyrénéens 1942-1944, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2013, 200 p.) — La Dépêche (Toulouse), 1er avril 2012. — Christian Laporte, "Elles retrouvent le corps de leur père, héros de la Résistance", La Libre Belgique, 10 juillet 2012.— L’Avenir, édition de Namur, 25 juillet 2012. — Bulletin en ligne Castelmaurou, édité par la mairie, article en ligne publié le 4 août 2012. — Divers sites Internet. — Note de Jean-Daniel Gaudais, du groupe de recherches sur les fusillés du bois de la Reulle Gragnague Castelmaurou. — Renseignements communiqués par Rose Fisher-Touret, fille de Charles de Hepcée (2016). — Courriel de Rose Fisher-Touret, 30 avril 2017. — Courriel de Jean-Luc Carton, 11 juillet 2017. — Courriel de Jean-Noël Gaudais, 12 mai 2018 (transmission d’une copie de l’acte de décès de Charles de Hepcée).

André Balent, Claude Pennetier

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