Né le 18 novembre 1913 à Bordeaux (Gironde), fusillé par les Allemands le 27 juin 1944 à Castelmaurou (Haute-Garonne) ; marchand de biens et gérant d’immeubles à Toulouse (Haute-Garonne) en 1943-1944) ; résistant de Toulouse (MUR, groupe franc du service national des maquis de la R 4.

Robert Toubiana, alias "Frantz" dans la Résistance toulousaine
Archives Jean-Daniel Gaudais
Robert Toubiana alias Robert van Morny en 1939, caporal dans la Légion étrangère au milieu de ses hommes
Archives privées Norette Toubiana veuve Cragne, fille de Robert Toubiana
Robert Toubiana était le fils de François, David Toubiana de confession israélite, et d’Henriette Fonsèque (née à Bordeaux le 24 décembre 1893).
Il se maria une première fois le 15 juillet 1933 à Ermenonville (Oise) avec Marguerite, Simonne Barreyre née à Rimons (Gironde) le 11 février 1907. Divorcé, il se remaria le 2 janvier 1941 à Beautiran (Gironde) avec avec Marie, Simone Mussote. Il eut de son premier mariage une fille Norette, Marguerite Toubiana née le 3 février 1934, domiciliée, en mars 1945, rue du docteur Labbé, Paris XXe arrondissement. Il eut également un fils de son second mariage : Georges, Jean-Pierre Toubiana né le 7 octobre 1941. Avant 1939, Toubiana habitait dans la région parisienne. Il exerça la profession d’agent immobilier à Bordeaux puis à Paris.
Pendant la guerre de 1939-1940, il s’engagea à la Légion étrangère sous le nom de Robert van Morny, sujet néerlandais.
De nombreux documents font été de l’activité clandestine de Robert Toubiana, Juif et résistant dans la région parisienne, avant son installation à Toulouse. Résistant "individuel" à Bordeaux dès novembre 1940, considéré comme "dangereux", il fut arrêté par les Allemands et interné dans cette ville. Il s’évada un première fois le 10 novembre 1941 et poursuivit des activités résistantes à Paris où il résidait 189 rue de Courcelles sous la fausse identité de Robert Cazies. À nouveau arrêté (cette-fois avec sa mère, Henriette Fonsèque), il fut interné à Drancy (sans doute pour ses origines juives) le 31 mars 1943, puis à Cherbourg dont il s’évada le 14 juillet 1943. Recherché par la SIPO-SD, il put, avec sa fille Norette, franchir, grâce à des complicités, la ligne de démarcation à Châteauroux caché dans une ambulance.
Installé à Toulouse (Haute-Garonne), Toubiana domicilié 16, rue des Vases (ou, 8 rue des Vases, selon les documents de son dossier de la DAVCC), exerçait la profession de marchand de biens. Il y poursuivit ses activités résistantes au sein des MUR de la Haute-Garonne, à partir d’août 1943 (le 24 août, est-il précisé dans une pièce de la DAVCC). Il fut ensuite membre du groupe franc rattaché à l’intendance régionale des maquis de la R4 sous l’autorité d’ Albert Sarda de Caumont. Il devint chef de ce groupe franc, commandant avec le grade de capitaine une vingtaine d’hommes qui participèrent à divers coups de mains. Albert Sarda de Caumont et Jean-Pierre Vernant (alias "colonel Berthier") ont attesté cette activité clandestine (respectivement le 26 février 1947 et le 4 novembre 1954). Ce fut un proche compagnon de clandestinité de Claude Charvet et de Marcel Mercié. Il semble que par l’intermédiaire de ce dernier il était aussi lié au réseau "Morhange", affiliation dont ne fait pas état son dossier de la DVACC (Caen).
Robert Toubiana fut arrêté une première fois le 29 février 1944. Ce fut sans doute à cette occasion qu’il fut interné à la prison de Mérignac (Gironde) passé sous contrôle allemand. Plusieurs documents de la DAVCC attestent de cette détention à Mérignac. L’un d’entre eux précise qu’il s’était évadé d’"un camp de concentration" avant d’être arrêté à nouveau le 26 mai. En effet, il fut à nouveau arrêté ce jour-là à Toulouse, rue des Vases (en même temps qu’un autre résistant, Ramond). Il a souvent été dit que cette arrestation avait eu lieu à la suite du retournement de Georges Pujol, un inspecteur de police résistant de Montauban. La version expliquant que ce dernier fut à l’origine de l’arrestation de Claude Charvet avec qui il venait de participer à une action avant d’être interpelé par la Feldgendarmerie a été également vulgarisée. Mais la déposition de Pujol, le 1er septembre 1944, après son arrestation, semble étayer le fait que ce résistant devenu agent des Allemands, ne puisse être à l’origine de l’arrestation conjointe de Toubiana et de Charvet. En effet, Charvet et Pujol ont été arrêtés ensemble. On a également expliqué que Pujol, pourtant jusque là apparemment sincère dans on engagement dans la Résistance, fut aussi à l’origine de l’arrestation, dès janvier 1944, de Mercié.
Toubiana fut incarcéré à la prison Saint-Michel à Toulouse. Il fit partie des 15 fusillés de Castelmaurou le 27 juin 1944 avec son ami Claude Charvet, Noël Pruneta, Charles De Hepcée, Marcel Mercié, 32 ans ; Jean Pagès, 43 ans ; Roger Cazenave, 29 ans ; Jean-Louis Belvezet, 28 ans ; Jean-Marie Ducasse, 42 ans ; Raoul Sarda, 43 ans ; Joseph Guillaut : Marcel Joyeux. Tous furent extraits de la prison Saint-Michel par des membres du KDS (Kommando der Sipo und SD) de Toulouse qui les convoyèrent jusqu’au bois de la Reulle où ils les livrèrent à des SS du 2e bataillon de réserve de la division Das Reich qui les fusillèrent.
Son corps fut découvert le 27 septembre 1944 dans le charnier du bois de la Reulle. Reconnu par la famille, il fut inhumé au cimetière de Terre Cabade à Toulouse. Le 8 octobre 1945, il fut homologué capitaine des FFI, récupérant ainsi de façon provisoire son grade du groupe franc de l’AS. Mais le 30 novembre 1947, il fut homologué définitivement avec le grade de lieutenant FFI. Le 15 décembre 1945, il fut déclaré mort pour la France, mention qui fut transcrite sur son acte de décès en mairie de Castelmaurou. Le 26 mars 1955, enfin, il fut reconnu interné résistant.
Le nom de Robert Toubiana figure sur la stèle du bois de la Reulle érigée sur le lieu de l’exécution des quinze prisonniers par des soldats de la division SS Das Reich. Le nom de Robert Toubiana et celui de sa mère (Henriette Toubiana) figurent sur la plaque commémorative des Juifs de la ville morts entre 1939 et 1945 apposée dans la synagogue de Bordeaux.
Sa première femme, Marguerite Barreyre, a été déportée à Ravensbrück par le convoi parti de Paris le 6 juin 1944. Elle survécut et fut rapatriée en mai 1945. Sa mère arrêtée en même temps que lui, internée à Drancy (son patronyme marital suggérait des origines juives), résistante à Paris sous le nom de Jeanne Gillet, avait quitté Bordeaux pour Paris le 25 juillet 1942. Elle était domiciliée dans la capitale à Paris, 6 square du Vivarais. Déportée à Auschwitz depuis Drancy le 19 juillet 1943, elle y mourut le 5 août 1943.
Voir : Lieu d’exécution : Castelmaurou (Haute-Garonne), fusillés sommaires du Bois de La Reulle (ou Reule)
Sources

SOURCES : DAVCC, dossier de Robert Toubiana. — Arch. dép. Haute-Garonne, série W, procès de la Cour martiale de la Haute-Garonne, dossier du procès Pujol, Carrera, Dedieu. — Arch. du dépôt central de la Justice militaire du Blanc (Indre), procès des membres du KDS de Toulouse devant le tribunal militaire permanent de Bordeaux. — Musée départemental de la résistance et de la Déportation de la Haute-Garonne, dossier Castelmaurou, déposition de Georges Pujol, 1er septembre 1944. — Cd-Rom AERI, Haute-Garonne [par Michel Goubet]. — Le Petit journal, édition Toulousain, 8 août 2014. — Blog de l’école primaire du Chêne à Garidech (Haute-Garonne) [http://cm2eegaridech.canalblog.com>histoire]
consulté le 1er février 2015 (avec des courriels de Sophie Jamet, petite fille de Robert Toubiana et de Serge Kurtz). — Courriels de Jean-Daniel Gaudais, 30 janvier 2016, 29 avril 2016. — Lettre de Jean-Daniel Gaudais, 13 avril 2017. — Informations écrites et documents fournis par Mme Norette Cragne, née Toubiana, fille de Robert Toubiana, 7 avril 2017, transmis par Jean-Daniel Gaudais. — Site MemorialGenWeb consulté le 1er mai 2016 (Bordeaux). —Livre mémorial de la déportation en ligne, consulté le 2 mai 2016.

André Balent

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