Né à Marseillan (Hérault) le 13 avril 1895, mort le 27 juin 1944 à Castelmaurou (Haute-Garonne) fusillé par des soldats de la division SS Das Reich ; militaire de carrière ; résistant ; chef de l’ORA pour la R3.

Stèle des quinze fusillés du 27 juin 1944 dans le bois de la Reulle à Castelmaurou (Haute-Garonne)
Le colonel Joseph Guillaut
Thuir (Pyrénées-Orientales), hommage de la ville à Joseph Guillaut
Plaque commémorant son exécution à Castelmaurou, boulevard général Guillaut.
Cliché André Balent
Castelmaurou, bois de la Reulle, plaque à la mémoire de Joseph Guillaut (écrit "Guillaud") fondateur du maquis des "Corsaires"
photographie André Balent
Son père Pierre, Louis, Paul Guillaut, agent voyer né à Villeneuve-lès-Béziers (Hérault) âgé de trente et un ans en 1895 était, dès cette date, domicilié à Thuir (Pyrénées-Orientales). Joseph Guillaut naquit dans la maison de Laurent Filliol, camionneur, son grand-père maternel, à Marseillan. Sa mère Marie, Antoinette, Mathilde Filliol était âgée de vingt-neuf ans en 1895.
Joseph Guillaut passa son enfance et son adolescence à Thuir, localité avec laquelle il conserva des attaches.
Il fit une carrière militaire. Entré comme élève officier à l’école de Saint-Cyr, il appartenait à la promotion de 1914 « La Grande Revanche ». Lieutenant, affecté au 80e RI, régiment cantonné à Narbonne (Aude) avant les hostilités, il alla au front (en France) le 5 décembre 1914. Sa conduite au feu justifia son accession au grade de chevalier de la Légion d’honneur le 6 décembre 1916. Nommé capitaine adjudant major en novembre 1918, ses deux blessures de guerre et ses dix-neuf citations lui valurent sa promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur.
Alors qu’il était en garnison à Strasbourg (Bas-Rhin), il fut attaché comme officier d’ordonnance auprès du général commandant l’armée du Levant (Syrie et Liban). De retour en France, il fut d’abord en garnison à Nancy (Meurthe-et-Moselle) avant d’être affecté à Paris de 1931 à 1933 puis de prendre le commandement du 20e bataillon de chasseurs alpins à Antibes (Alpes-Maritimes). En 1936, il revint à l’état-major et y demeura jusqu’en 1940. En 1938, il devint lieutenant-colonel et commandeur de la Légion d’honneur.
Après l’armistice du 22 juin 1940, promu colonel, il demeura dans l’armée. Il prit le commandement du 8e RI, régiment en garnison à Montpellier et à Sète (Hérault). Son supérieur était le général de Lattre de Tassigny.
En 1943, il entra en résistance. Il devint le chef de l’OMA (Organisation métropolitaine de l’Armée) puis de l’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée) pour la XVIe région militaire (la R3). Dans les Pyrénées-Orientales, il était appuyé par deux de ses officiers du 8e RI, le lieutenant Noël Pruneta, le lieutenant Maurice Sévajols et par le commandant François Puig (« Dumas ») qui devint chef départemental de l’ORA [Voir aussi Cartelet Pierre]. Le colonel Guillaut déploya une grande activité à la tête de l’organisation régionale de l’ORA. Il créa en particulier un grand maquis au mont Aigoual dans les Cévennes (Gard et Lozère) qui, après sa mort tragique prit le nom de maquis des Corsaires. Ce maquis prit part à la Libération du Bas-Languedoc, en particulier de la ville de Montpellier. Se déplaçant souvent entre Montpellier, Rodez (Aveyron) et Perpignan et faisant, pour les besoins de son action, des séjours dans la R4 à Toulouse (Haute-Garonne) et Albi (Tarn) — dans cette ville pour contribuer à l’organisation du maquis du mont Aigoual —, Guillaut attira l’attention de la police allemande.
En mission à Toulouse, accompagné du lieutenant Noël Pruneta, Joseph Guillaut fut arrêté avec lui, place Esquirol, le 11 mai 1944. Tous deux furent incarcérés à la prison Saint-Michel. Ils en furent extraits avec treize autres prisonniers le 27 juin 1944. Des soldats de la division SS « Das Reich » les fusillèrent dans le bois de la Reulle (communes de Castelmaurou et de Gragnague) après les avoir obligés à creuser leur tombe [2]. Pierre Cartelet, autre cadre de l’ORA des Pyrénées-Orientales, figurait aussi parmi les quinze fusillés du bois de la Reulle. Homologué FFI (GR 16 P 278248), Joseph Guillaut fut promu à titre posthume au grade de général de brigade.
Les corps furent retrouvés par des FFI le 27 septembre 1944. Ils furent transférés au cimetière de Castelmaurou. Un monument a été édifié dans le bois de la Reulle afin de perpétuer le souvenir de cette tuerie. Le nom du « colonel » Guillaut y figure avec celui des dix autres fusillés identifiés en 1944. Il existe une place Général-Guillaut à Marseillan et à Toulouse, une avenue Général-Guillaut à Perpignan et à Thuir. Une plaque commémorative fut aussi installée dans cette ville. Elle porte l’inscription suivante : « La ville de Thuir à la mémoire glorieuse du général Joseph Guillaut martyr de la Résistance né le 15 avril 1895, fusillé par les Allemands à Castelmaurou (Haute- Garonne) le 27 juin 1944 ». Le 27 juin 1947, jour anniversaire de son exécution le nom de « caserne Guillaut » fut attribué au quartier Lepic de Montpellier. À cette occasion, le général de Lattre de Tassigny prononça un long discours dans lequel il rendit hommage à un officier qu’il eut sous ses ordres.
Paul Guillaut, fils de Joseph Guillaut, né le 24 novembre 1924 à Strasbourg (Bas-Rhin), fit lui aussi carrière dans l’armée et accéda au grade de général.
Voir : Lieu d’exécution : Castelmaurou (Haute-Garonne), fusillés sommaires du Bois de La Reulle (ou Reule)
Sources

SOURCES : Arch. dép. Hérault, 3 E 154/40, état civil de Marseillan, naissances ; SHD, dossiers adm. des résistants. — Le Républicain, Perpignan, 30 novembre 1944 (« Deux héros et martyrs de la Résistance : Colonel Guillaut, Lieutenant Pruneta »). — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour-Rediviva, 2006, 617 p. [en particulier, pp. 390-392, pp. 397 sq.]. — Ramon Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, De la Résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998, pp. 430, 444, 780, 953, 954. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I , Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, 400 p. [pp. 204,216, 274, 293, 300]. — Jean-Claude Richard-Ralite, « Du quartier Lepic à la caserne Guillaut, le départ de l’École d’application de l’infanterie », Études sur l’Hérault, 42, Montpellier, 2012, pp. 300-302. — Site http://www.memorial-genweb.org consulté le 12 mars 2014.

André Balent

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