Né le 22 novembre 1901 à Château-Thierry (Aisne), fusillé comme otage le 3 février 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier boulanger.

Pierre et Arlette Fallet, 1930
Source : Catherine Fallet
Les trois enfants de Pierre et Arlette Fallet. De gauche à droite, Yolande, Bernard et Pierre.
Source : Catherine Fallet.
Marié et domicilié à Villeparisis (Seine-et-Marne), Pierre Fallet fut arrêté par les autorités allemandes le 2 octobre 1941 sur son lieu de travail au fort de l’Est pour « détention illégale d’armes ». Ces armes étaient destinées à la Résistance.
Condamné à mort par le tribunal militaire allemand de Melun (FK 680) le 13 octobre 1941 (ou le 9 octobre, selon une autre source), il a été fusillé comme otage le 3 février 1942 en représailles aux attentats de Paris des 7, 8, 16 et 28 janvier 1942 contre l’armée allemande.
À la Libération, deux voisines accusèrent sa femme d’avoir dénoncé Pierre Fallet aux Allemands. Elle fut emprisonnée à Fresnes, mais à l’issue d’un procès, son innocence fut reconnue.

Dernière lettre de Pierre Fallet.

Maison d’arrêt de Fresnes le 3 Février 1942

Ma chère Arlette et mes chers Petits

C’est fini je vais être fusillé mais je suis courageux. Ma dernière pensée sera pour vous que je laisse dans le besoin. Je te demande ma petite Arlette chérie de veiller sur nos petits et plus tard de leur parler de leur papa qui les aimait bien. Sois courageuse. Je vous aime tant. Les mots se pressent dans ma tête et [je] ne peux pas tout écrire. Tu diras adieu à [un mot illisible] et tu lui diras que je suis mort chrétiennement. Mon Bernard, mon Pierrot, ma Yolande, suivez votre chemin dans la vie honnêtement comme je l’ai toujours fait. Je n’ai rien à me reprocher de grave. Mon pauvre beau-père et ma chère belle-mère, pensez quelquefois à celui qui va mourir. Je voudrais que vous fassiez revenir mon corps à la Ferté. Vous le ferez j’en suis sûr. Merci d’avance. Adieu du fond de mon cœur. Priez pour moi. Dans un moment ce sera fini. Je vais rejoindre mon pauvre Eugène, et si maman est toujours en vie, tu embrasseras bien fort pour moi ainsi que Robert et Violette et [un mot illisible]. Adieu, je dis adieu mes chéris. Arlette, je t’aimerai jusqu’à mon dernier souffle. Courage et Adieu.
Pierre Fallet.
Pardon ma petite Arlette chérie de ce que j’ai pu te faire. Je t’aime, je t’aime. Ma grande Yolande, pense à ton petit papa. Mon Bernard, mon Pierrot, soyez des hommes, s’il y a un au-delà je vous verrai.
Adieu !!!
Vive la France.

Lettre de l’abbé Stock en réponse à un courrier d’Arlette Fallet. Franz Stock (1904-1948) était aumônier allemand dans les prisons parisiennes. Il assistait les condamnés. En juillet 1945, à Orléans, il dirigeait un séminaire pour les théologiens allemands prisonniers de guerre.

 
Orléans, le 10 VII 45

 
Madame,

J’ai bien reçu votre lettre du 11 juin et je m’excuse de ne pas avoir répondu plus tôt.
En effet, Monsieur Pierre Fallet fut fusillé le 3 février 1942 au Mont-Valérien à côté de son compagnon de cellule Monsieur Georges Trudin, tous les deux catholiques et bien braves. Ils furent pris comme otages, c’est pourquoi ils ne sont pas enterrés à Ivry, mais à Puteaux. Malheureusement, les noms et les numéros de cimetière ne furent pas donnés. On nous défendait de dire qui c’était. Mais il ne sera pas trop difficile d’identifier votre mari, je crois, si l’exhumation a lieu.
J’étais près de votre mari quand un officier allemand lui communiqua la sentence, et je suis resté près de lui et ses compagnons. Ils ont assisté à ma messe et votre mari et M. Trudin reçurent la sainte communion. Je les ai accompagnés jusqu’à la mort, et ils étaient très courageux, ne montrant pas un moment de défaillance.
Au cimetière de Puteaux, arrivé, j’ai béni la tombe et récité les prières.
Ces petites nouvelles vous aideront peut-être pour faire transporter son corps à la Ferté-sous-Jouarre, comme il a exprimé ce désir au dernier moment. En même temps doivent être ces lignes pour vous une petite consolation sachant que votre mari est bien mort assisté par un prêtre.
Veuillez agréer, Madame, mes sentiments très respectueux.
Abbé Stock, aumônier, Dépôt 51, Orléans (Loiret).

L’abbé Stock évoque son nom dans son Journal de Guerre :
« 11 heures à Fresnes. 4 otages doivent être fusillés. Plus 2 de Fresnes. Dont 2 juifs.
1. Guitlevitch, 47, rue du Faubourg-Montmartre
2. Khabynski, Albert, 87, rue Ordener, Paris, XVIIIe (sa soeur y vit)
3. Fallet, Pierre, 16 rue d’Ussy, La Ferté-sous-Jouarre (S. et M.), trois enfants
4. Trudin, Georges, 1, quai du Port à l’Anglais (Ivry-Port).
Les deux derniers catholiques. Belle nort, courageux jusqu’au dernier. Parti en camion avec les 4, n’ont eu aucun instant d’accablement. N°2 Juif, mais avait chanté les chants de Noël pour la messe de Noël comme soldat, avait une belle voix. Enterrés tous les 6 à Puteaux. »
Sources

SOURCE : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). — Témoignage, lettres et photographies communiqués par Catherine Fallet, petite-fille de Pierre Fallet (20 octobre 2016). — Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p. 59.

Jean-Pierre Besse, Dominique Tantin

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