Né le 14 janvier 1893 à Bergheim (Haute-Alsace annexée), abattu entre Schirmeck et Natzwiller (Bas-Rhin) en août 1944, commissaire central de police à Marseille (Bouches-du Rhône), arrêté le 3 décembre 1943 par la Gestapo en raison de ses activités contre les autonomistes et les agents allemands entre les deux guerres en Alsace.

Antoine Becker, fils d’Alphonse Becker, cultivateur, et de Marie Anne Wessner, fut jusqu’en août 1914 journaliste au « Nouvelliste de Colmar », quotidien francophile de l’abbé Wetterlé. Il fut mobilisé dans l’armée allemande durant la Première Guerre mondiale de 1915 à 1919. Il devint inspecteur de la police spéciale à Strasbourg (Bas-Rhin) en 1920 et fut chargé de la surveillance et de la répression des mouvements autonomistes alsaciens. Promu commissaire de police en 1928 , il devint commissaire spécial, chef du contre-espionnage en Alsace et fut mêlé à diverses arrestations d’agents allemands. Il participa en particulier aux poursuites contre le chef autonomiste Karl Roos, condamné à mort pour espionnage en octobre 1939 et exécuté près de Nancy en février 1940. Replié en zone libre après l’armistice, il fut désigné comme commissaire central de la Police d’État de Toulon (Var), où il apparut comme « maréchaliste ardent ». Ses rapports le font même apparaître comme un serviteur plutôt zélé du régime de Vichy. Au lendemain de l’invasion du camp retranché de Toulon par les Allemands le 27 novembre 1942, se sachant menacé, il se cacha un temps à Cabasse (Var) avec son épouse chez des amis du chef de Police judiciaire de Toulon, le commissaire Michel Hacq, puis il fut nommé sur sa demande à Guéret (Creuse), poste moins en vue, puis rejoignit Clermont-Ferrand. Convaincu par les assurances de Vichy pour sa sécurité, il accepta vers le 15 novembre 1943, le poste de commissaire central de Police à Marseille. Arrêté par la police allemande le 4 décembre 1943, transféré en Alsace annexé, il fut emprisonné à Kehl (Bade, Allemagne) le 7 décembre et il y fut interrogé à de nombreuses reprises par la Kriminalkommissar Gehrum, chef de la Gestapo de Kehl depuis 1934. Bousquet, secrétaire général de la Police, et Cado, son adjoint, s’étaient adressés aux autorités allemandes pour connaître les motifs de l’arrestation et obtenir sa libération et n’obtinrent aucune réponse. Une information d’origine policière avisa Londres dès le 8 décembre 1943 de cette arrestation en précisant que quatre officiers allemands s’étaient introduits le matin brutalement dans son bureau, que l’intendant de police alerté aussitôt était arrivé trop tard, que la Gestapo affirmait avoir agi sur ordre de Paris où Becker était parti le soir même en voiture, menottes aux poignets. puis à Clermont-Ferrand. La même note affirmait qu’il avait rejoint Marseille sur ordre impératif de Bousquet et elle indiquait que cette arrestation avait « indigné tout le corps de la Police ». Le journal clandestin du Front national de Marseille, La Marseillaise n°3 du 20 janvier 1944 relata son arrestation en précisant qu’il avait été illico déporté en Allemagne. Le bruit courut à Toulon au même moment qu’il avait été fusillé à Mulhouse (Haut-Rhin). Le 2 août 1944, il fut transféré au camp de sûreté de Schirmeck (Bas-Rhin) : Buck, commandant du camp, l’enferma immédiatement dans une cellule et le fit torturer à plusieurs reprises dans les douches du camp. Quelques jours plus tard, sur un ordre venu de Berlin, Buck le fit conduire en camionnette en direction du camp du Struthof. Le SS Neuschwanger l’abattit en cours de route d’un coup de feu dans la nuque. Le corps fut incinéré au Struthof. Dans son rapport, Buck prétendit que Becker avait exprimé le désir d’être soigné à l’infirmerie du Struthof et qu’il avait profité du transport pour prendre la fuite en cours de route. Il fut cité à l’ordre de la Nation le 30 mars 1950. Une rue de Marseille, où se trouve l’Hôtel de Police, porte son nom depuis mai 1954, de même qu’il a été attribué à une rue de Toulon (inaugurée le 4 juin 1959), à une rue de la cité voisine de La Valette (Var), à deux rues de Strasbourg, au Neuhof et au Heyritz (rue longeant le nouvel hôtel de police), une rue de Bergheim. Son nom a été donné à la 35e promotion de l’École Nationale Supérieure de la Police (1985-1987).
Il reçut le titre de « Mort pour la France ».
Sources

SOURCES : SHD GR 28 P 6 189, information 8 décembre 1943. — Arch. dép. Var 1 W 21 et 23, 3 Z 4 6. — Presse clandestine (La Marseillaise du 20 janvier 1944) et locale (Les Dernières nouvelles d’Alsace 10 avril 2011). — Charles Béné, L’Alsace dans le griffes nazies, tome VI, Raon-l’Étape, 1984, p.257-269. — Adrien Blès, Dictionnaire historique des rues de Marseille, Marseille, Édition Jeanne Laffitte, 2001. — Jacques Granier, Schirmeck. Histoire d’un camp de concentration, Strasbourg, 1970, p. — Jean-Marie Guillon, La Résistance dans le Var. Essai d’histoire politique, Aix-en-Provence, thèse de doctorat d’État Université de Provence (Aix-Marseille I), 189 (en ligne sur le site var39-45.fr). — Ville de Toulon, Le Nom des rues de Toulon, tome 3 : Brunet, Darboussèdes, Beaulieu, Sainte-Musse, 1996. — Témoignages de Michel Hacq et Bernard Plauchud. — Renseignements Jean-Marie Guillon.

Léon Strauss

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