Né le 15 octobre 1908 à Dunkerque (Nord), fusillé le 30 mars 1943 au fort de Bondues (Nord) ; prêtre ; résistant, membre des réseaux Alliance et Zéro-France.

Coll. Musée de la Résistance de Bondues
Timbre émis en 1960.
Fils de David, Marie Bonpain architecte et de Marie, Laure Dewulf, René Bonpain naquit dans une famille de neuf enfants. Son père revint grand invalide de la Première guerre, sa mère encouragea son engagement dans les oeuvres catholiques.Après des études au séminaire d’Ivry, ordonné prêtre le 29 juin 1932 à Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine), René Bonpain fut nommé vicaire à la paroisse Notre-Dame de Rosendaël (Nord) le 15 juillet suivant. Il y vivait au 3 rue Pasteur. Il s’engagea dans les activités pour la jeunesse, chorale, sports, patronage d’où plusieurs jeunes rejoignirent ensuite la Résistance. Sujet à des problèmes de peau qui l’empêchaient de se raser, il laissa pousser sa longue barbe, qui devint célèbre dans la région et fit de son visage un symbole local.
Mobilisé, il servit pendant la campagne de France comme vaguemestre des équipages.Après la débâcle, démobilisé à Périgeux en août 1940, René Bonpain regagna Rosendaël, où il prit d’emblée part à des actions de solidarité et de soutien à la population, notamment en allant chercher des vivres dans la région avec son patronage. Ouvertement anti-allemand, il fit défiler les jeunes de son patronage en chantant des chansons du répertoire folklorique local, ainsi que des chants patriotiques. Avec son frère Paul, il mit en place une poste clandestine, grâce à une mallette à double-fond – qu’il appelait « la Paulette ». Il apporta également son aide aux jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), en les aidant notamment à gagner l’Angleterre. Dans ce cadre, il est probable qu’il ait reçu l’aide de la filière Caviar du réseau Zéro-France dont il fut très probablement membre.
Membre du groupe de Malo-les-Bains avec l’abbé Lemaire, il prit part à la diffusion de photographies du général de Gaulle. En juillet 1941, ce groupe fut démantelé, ce qui conduisit à l’exécution de plusieurs de ses membres, dont Pierre Malraux, neveu d’André. René Bonpain fut recruté, plusieurs mois plus tard, en juin 1942, par Louis Herbeaux, au sein du réseau Alliance. Louis Herbeaux avait rencontré René Bonpain à l’hôpital de Dunkerque, où le prêtre venait régulièrement apporter compagnie, soutien et réconfort aux malades. Pour le compte de ce réseau, René Bonpain fournit notamment des plans côtiers.
Il fut arrêté à la maison des vicaires de Rosendaël le 19 novembre 1942 par la Geheimfeldpolizei (GFP) pour « espionnage et activité anti-allemande », et interné à la prison de Loos-lès-Lille (Nord). Il y partagea la cellule 101 avec Denis Cordonnier, futur maire de Lille.
Condamné à mort le 19 mars 1943 par le tribunal militaire allemand de Lille (FK 678) avec les résistants de son réseau Louis Herbaux et son adjoint Jules Lanery,, René Bonpain a été fusillé le 30 mars 1943 au fort de Bondues avec eux. La veille, 29 mars, il avait reçu une visite du cardinal Liénart qui espérait, semble-t-il, obtenir sa grâce. Une demande fut faite, et un avis favorable accordé, mais le commissaire allemand refusa ce recours. Quelques heures avant sa mort, René Bonpain célébra une dernière messe dans sa geôle et donna la communion à ses codétenus. Il confia à l’aumônier allemand un chapelet qu’il lui demanda de confier, via le cardinal Liénart, à sa famille.
Le service funèbre fut célébré à Dunkerque, les autorités allemandes ayant refusé son déroulement à Rosendaël, puis son corps inhumé dans le cimetière de Dunkerque.
Parmi ses frères, l’un se distingua comme aviateur dans les Forces aériennes françaises libres et un autre à La Rochelle où la famille s’était repliée.
Le 11 novembre 1944, une rue de Wervicq prit le nom de l’Abbé-Bonpain. D’autres rues furent ensuite baptisées en son honneur, à Halluin, Seclin, Marcq-en-Baroeul, Fretin, Looz-lez-Lille, Leffrinckouche, Tourcoing, Villeneuve-d’Ascq, Neuville-en-Ferrain, Annoeullin.
Le 3 novembre 1945, à Rosdaël la place de la Liberté devant l’église fut baptisée Abbé Bonpain. Le 8 juin 1946, la place de Bondues devint place de l’Abbé-Bonpain. Un buste de l’abbé, sculpté par Maurice Ringot, y prit place le 18 avril 1949. Un autre buste à son effigie fut érigé au collège des Dunes. A Grande-Synthe, une école et un collège portent son nom. Son portrait figure également sur un timbre édité dans le cadre d’une série sur les « Héros de la Résistance ».
Une plaque a été apposée dans l’église de Seboncourt (Aisne), commune avec laquelle il ne semble pas avoir eu de lien direct : « Hommage à l’abbé Bompain (sic), mort pour la France ».
Reconnu « Mort pour la France », il reçut, à titre posthume, les distinctions suivantes : Croix de guerre, Médaille de la Résistance, Légion d’honneur. Son nom figure sur une plaque de Rosendaël et sur le monument commémoratif du fort Lobeau, à Bondues.
« Loos, le 30 mars 1943
Bien chers papa et maman,
 
Quand vous recevrez cette lettre, je serai auprès du bon Dieu ; dans cet au-delà pour lequel j’ai ici bas tâché de tout sacrifier.
 
Je vous demande que vos larmes soient des larmes d’espérance et de confiance en Dieu ; je n’ai rien à regretter. J’ai l’absolue certitude que c’est la Providence qui a tout permis, et, soyez-en certains, je suis profondément calme et tranquille.
Je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai dit sur André et mon filleul. Marie trouvera mon testament dans mon coffre.
Que l’on dise bien à Adrien et aux filles de Jérusalem que cette épreuve ne doit en rien diminuer ni leur foi, ni leur confiance, ni leur amour en N. S. J. C. : bien au contraire, qu’Adrien veuille bien aller voir Mgr Dewailly.
Naturellement, je vous demande pardon de toute la peine que je vous cause, mais soyez-en sûrs, les souffrances et les épreuves immenses que Dieu vous a envoyées seront le gage certain d’immenses bénédictions de la part du Ciel sur vos enfants et petits-enfants.
Je désire qu’on demande pardon pour moi à Mr le Doyen Danès du mal que j’ai pu dire de lui quand j’étais son vicaire, et à tous ceux à qui j’ai pu faire de la peine, soit parmi mes confrères, soit parmi les si braves gens de Rosendaël.
J’offre ma vie pour l’Église, pour le diocèse, pour la France et tout spécialement pour la paroisse N.-D. de Rosendaël : que Dieu accorde aux enfants d’aimer beaucoup la Ste Vierge et la Ste Eucharistie.
Je veillerai spécialement sur les séminaristes que j’ai tant soit peu aiguillés sur la voie royale du sacerdoce : qu’ils n’oublient pas qu’elle reste toujours la voie royale de la Croix.
Je demanderai à Dieu de bénir tous mes collaborateurs et collaboratrices qui, avec un dévouement et un esprit surnaturel si grands, ont contribué au succès de mes oeuvres : je ne veux nommer personne car je pourrais oublier quelqu’un, mais auprès de Dieu je n’oublierai personne.
Je prierai tout spécialement pour ceux qui souffrent, sans oublier Me Andouche et la dévouée servante de Monsieur le Curé.
Je demande instamment qu’aucune pensée de vengeance contre qui que ce soit s’élève, même pas dans vos coeurs. L’homme se démène, mais c’est Dieu qui le mène.
Je vous le répète, je suis profondément tranquille et je n’ose penser à cet instant fatal qui arrivera dans si peu de temps sans, je vous l’avoue bien sincèrement, une certaine joie, car j’espère bien vite pouvoir me reposer entre les bras de N. S. et de la Ste Vierge. Je lui demande, en effet, de bien vouloir compter mes quatre mois de grande souffrance comme un petit purgatoire, et je compte sur les innombrables prières qui ont été dites pour moi et qui seront dites après ma mort pour ne pas trop souffrir avant d’arriver au ciel.
Que l’on remercie encore pour moi Son Éminence de sa si grande bonté, Mgr Dewailly d’être venu me confesser, Mr le chanoine Lepoutre de son réconfortant soutien.
Merci aux Petites Soeurs de l’Assomption d’avoir permis à soeur Jeanne de venir me voir : qu’elles prient toutes pour que se réalise pour moi l’exorde de mon sermon, le jour de la vêture : « Quelle est celle-ci (cette âme) qui vient du désert, remplie de délices, et appuyée sur son Bien-aimé. »
Dites aux Mlles Maes, Declercq et Jouve, à Mme Deklardes, que j’ai essayé de mettre en pratique ce que je leur ai si souvent enseigné.
Un souvenir tout spécial aux si bonnes Soeurs de St-Vincent-dePaul, modèles des plus hautes vertus à Rosendaël, aux Petites Soeurs des Pauvres, aux Soeurs de l’Enfant Jésus, à [passage censuré].
Un désir : que l’on achète avec mon argent quatre très beaux [mot censuré] pour les donner : un au premier garçon que j’ai baptisé à Rosendaël et y faisant sa communion, un à Jeannette Mylle (1ère fille que j’ai baptisée) et les deux autres aux plus méritants.
Un merci tout spécial à Mr le Curé de toute sa bonté pour moi, à Mr l’Abbé Dauchy, à Mrs Vanhems et Van Eecke, un souvenir spécial à tous mes confrères.
Sur mon registre des messes (que j’avais laissé dans ma sacoche noire, lors de mon arrestation), il y a à barrer 35 messes que j’ai dites en prison, ici.
Un grand baiser à ma filleule que je tâcherai de protéger tout particulièrement du haut du ciel.
Je vous embrasse bien, chers papa et maman, en demandant à Dieu de vous donner beaucoup de courage, beaucoup : merci encore mille fois de votre bonté, de vos exemples.
J’embrasse tous mes frères et soeurs, tous mes neveux et nièces : et cette fois-ci je vous dis
àDieu... j
René Bonpain.
Abbé Bonpain en route vers le ciel.
Je répète encore une fois que je ne veux nommer personne : que chacun le comprenne. Que l’on remette un souvenir spécial à ceux qui m’ont aidé : il n’y a qu’à tout faire pour un mieux.
Un merci spécial à mon ami Robert qui a fait l’impossible, à mon avocat, etc.
 
Mon vénéré Père, (Mgr Dewailly)
 
Le dénouement approche, permettez que je vous confie la dure mission de remettre cette lettre à mes parents. Je meurs très, très traitquille, confiant en votre parole d’hier. Merci mille fois de tout le biefnque vous m’avez fait, merci à Mr le Chanoine Lepoutre, merci à tous
Et à Dieu.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty) ; notes Frédéric Stévenot. – Mémorial GenWeb. – Musée de la résistance de Bondues, Ils étaient 68, 2010.— Guy Krivopisko La vie à en mourir Tallandier 2003.

Delphine Leneveu, Julien Lucchini, Annie Pennetier

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