Né le 15 janvier 1902 à Lesconil-en-Plobannalec (Finistère), fusillé le 23 juin 1944 dans les dunes de La Torche en Plomeur (Finistère) ; marin pêcheur ; militant du Parti communiste français (PCF) ; résistant, membre des FTPF.

Étienne Cariou
Association des familles de fusillés (MRN)
Fils de Jean Cariou, marin pêcheur, et d’Henriette (née Le Pessap ?), Étienne Cariou fut marié à Marie, Bernadette (née Le Roux) le 30 juin 1926 et père d’un enfant.
Marin pêcheur à Lesconil en Plobannalec, il adhéra selon Eugène Kerbaul aux structures du Parti communiste du pays bigouden dès les années 1920.
Il rejoignit les FTPF en octobre 1943. Le 6 juin 1944, Étienne Cariou, avec un groupe de FTP de Lesconil, se rendit à Plomeur pour participer à une distribution d’armes. Sur leur chemin, ils rencontrèrent le maire Louis Méhu, en pleine discussion avec deux soldats allemands au sujet d’un collage d’affiches. Les FTP se saisirent des soldats qui furent conduits dans l’ancien presbytère de Plonivel en Plobannalec.
Lors de la contre-attaque menée par l’armée allemande quelques jours plus tard afin de retrouver les soldats, le 12 juin 1944, toute la population fut « raflée » et rassemblée. Julien Faou, pris dans cette opération menée par la Wehrmacht, fut identifié comme FTP.
Incarcéré dans un premier temps à l’usine Maingourd qui servait de casernement, il fut transféré à la prison Saint-Gabriel de Pont-l’Abbé (Finistère). Étienne Cariou fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand de Quimper (FK 752 Quimper) le 23 juin 1944 pour « activité de franc-tireur ».
Il a été fusillé le 23 juin 1944 à La Torche en même temps que Prosper Quémeneur, Jean Divanac’h, Albert Larzul, Armand Primot et Julien Faou à 22 h 28.
Son nom figure sur la stèle commémorative de Penmarch, plage de La Torche.
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Dernière lettre (très censurée par les autorités allemandes)
 
[Sans date]
Chère femme et surtout Mimi,
Chers tous, Marie et Jean,
Je viens de passer devant le tribunal militaire avec Julien, Corentin, Armand Primot, Albert Larzul et Quéméner Prosper ; j’ai la tristesse de vous dire qu’on est tous les cinq condamnés à mort.
Chère femme, je n’ai pas honte de personne, car tu sais .............. [censuré] ..................... Pour la maison tu tâcheras de l’achever ; tâche d’élever aussi Mimi et de faire attention à elle. Il y a le rôle d’équipage et le livret rouge de la G.. qui sont au Ménez, sur le buffet.
Dis à Gabriel et à D... d’être des hommes vis-à-vis de vous, .j’ai confiance en eux.
Pour mes habits, puisque je dois mourir, donne-les à Jean et arrangez-vous bien, puisque la vie est courte.
Le cahier des . comptes pour le bateau est dans le buffet. Tout est en ordre, les sous sont-dans une boite en haut sur le buffet.
Il y a le baromètre que je n’ai pas marqué, donc, c’est à voir.
Pour la maison, tout est réglé, sauf Corentin M... à qui l’on doit tout son travail moins 30.000 francs, dont quittance est en haut.
Toi, Mimi, avec qui j’ai eu tant de peines et tant de joie, sois courageuse et aie la certitude que ton père est condamné à mort pour avoir tenté de sauver la vie des autres.
Sois bonne envers ta mère, ta tante Marie et Jean. Donne aussi un baiser à Hélène et à Yvonne de ma part. J’espère aussi que grand-père se porte mieux et qu’il sera encore pour vous une aide.
Maintenant, puisque je dois finir avec la vie, donnez le bonjour aux camarades.... [censuré].....de ne jamais faire de mal qui que ce soit..
Chère enfant, puisque je n’avais que toi et ta mère, prends courage, fais le bien pour tout le monde. Je ne peux pas t’expliquer combien je t’aimais.
Prenez courage, chers parents ................. ....[censuré] .....................
Maintenant, tout ce que : vous avez à faire, tâchez de vous arranger pour le mieux, ne cherchez pas des histoires entre vous. Donnez à Jean tous mes habits.
Et pour terminer j’embrasse ma fille Mimi, ma femme Bernadette, ma sœur Marie, mon neveu Jean, ma mère Marie Charlotte, mon père Michel Le Roux, ma sœur Marie Le Roux et Louis, Hélène et Yvonne ma filleule, Marie-Louise et Louis Cariou et Marie Quénet et Marcel Cariou, toute la famille et tous les camarades.
Je dois mourir, ne me pleurez pas......................[censuré].......
Je vous envoie tous mes adieux et pensez à moi. Â toi, Bernadette et Mimi, ne m’oubliez jamais.
Je vous embrasse une dernière fois ; mais pas une
larme ne coule de mes yeux. . . . . ... [censuré].... C’est à vous que je pense toujours
Adieu la vie, et vive la France libre I
Etienne Cariou
(Ne faites pas de grimaces à l’église, parce que je suis un honnête travailleur).
P. S. - J’ai quarante-deux ans et demi et toi, Mimi, j’ai pensé au 19 juin dans la prison, à ton anniversaire ; tu as eu dix-sept ans, t’es devenue grande.
Pense à-moi.
E. C.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII 5, liste 1744 (Notes Jean-Pierre Besse et Thomas Pouty). – J.-P. Besse, T. Pouty, Les fusillés. Répression et exécutions pendant l’Occupation (1940-1944), Éd. de l’Atelier, 2005. – Brewalan Biger, Jean-Pierre Sudre, Les fusillés du Finistère. 1940-1944, Mémoire de master, UBO, 2011. – Eugène Kerbaul, 1 270 militants du Finistère (1918-1945), IRM Bretagne, 1985. – Documentation remise par Jean Kervision, responsable du Travailleur Bigouden, publication de la section du PCF de Lesconil ; no 158, 2e trimestre 1995. – Site Internet Résistants et amis de la Résistance, ANACR du Finistère. – Mémorial GenWeb. – État civil.

Alain Prigent, Serge Tilly

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