Né le 20 novembre 1924 à Hedelfingen (Allemagne), fusillé le 17 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; étudiant ; militant communiste ; résistant, membre de l’Organisation spéciale (OS).

Karl Schönhaar
Karl Schönhaar était le fils d’Eugen et d’Odette, née Pisler. Son père, permanent du Secours rouge international, fut chargé lors de la prise du pouvoir par les nazis de l’impression de la propagande du Parti communiste d’Allemagne. Arrêté dès l’automne 1933, il fut abattu le 1er février 1934 par la Gestapo ; la presse nazifiée annonça sa mort lors « d’une tentative de fuite ».
Odette Schönhaar et son fils franchirent la frontière et se réfugièrent auprès de leurs parents à Lausanne (Suisse). Ayant épousé un Allemand, elle avait de ce fait, selon la législation suisse, perdu sa nationalité. Étrangère dans son propre pays, menacée d’être extradée en Allemagne, elle partit une nouvelle fois, avec Karl âgé d’une dizaine d’années, et se réfugia à Paris, où elle se remaria.
Appelé familièrement Carlo, Karl Schönhaar fut élève au lycée Rollin (aujourd’hui Jacques-Decour, IXe arr.), fréquenta les Auberges de la Jeunesse et le Club des lycéens et étudiants ajistes. Le 4 janvier 1941, il fut interpellé avec Henri Repkowski par la police française pour distribution de tracts communistes.
Les policiers perquisitionnèrent le logement du 6 rue Étienne-Marey, dans le XXe arrondissement de Paris, où il vivait avec sa mère, et saisirent quelques brochures éditées par le Parti communiste. Inculpé, ainsi qu’Henri Repkowski, d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, il fut laissé en liberté en raison de son jeune âge.
La direction du lycée Rollin le renvoya. Son dernier bulletin de notes en porte la trace : « a quitté le lycée sur instructions rectorales. Propagande politique ». Il se présenta à l’Institut d’optique du boulevard Pasteur (XVe arr.), et y fut admis. Il continua à fréquenter les Auberges de la Jeunesse, avec Jean Debrais et leurs amies Jeanne et Tatiana.
Membre des Jeunesses communistes, comme Jean Debrais, il déposa avec lui le 1er février 1942 vers 8 heures du matin une charge explosive sous deux camions allemands qui stationnaient place de la Concorde. Il y eut peu de dégâts : un capot se souleva, un pneu creva et une aile fut perforée.
Un mois plus tard, le 1er mars vers 9 h 35, il participa à une opération avec six autres jeunes combattants rue de Tanger (XIXe arr.). L’action était supervisée par Pierre Georges, futur colonel Fabien. Une bombe fut déposée dans une école servant de cantonnement à des soldats allemands, elle n’explosa pas ; Karl Schönhaar tira sur la sentinelle qui tomba, morte.
Le 8 mars 1942, quatre hommes sous la responsabilité de Jean Debrais devaient commettre un attentat à l’explosif dans l’enceinte de l’exposition « Le Bolchevisme contre l’Europe ». Karl Schönhaar et Georges Tondelier entrèrent comme des visiteurs, une valise bourrée d’explosifs à la main ; les engins étaient réglés pour que l’explosion se déclenche à 23 heures. Des inspecteurs les repérèrent alors qu’ils ressortaient les mains vides, ils n’eurent pas le temps d’utiliser leur pistolet 6,35 mm.
Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales, Karl Schönhaar fut probablement frappé. Incarcéré à la prison de la Santé (XIVe arr.), il comparut devant le tribunal du Gross Paris qui siégea du 7 au 14 avril 1942 à la Maison de la Chimie, rue Saint-Dominique (VIIe arr.). Condamné à mort pour « activité de franc-tireur » le 13 avril 1942 avec ses compagnons, il a été passé par les armes le 17 avril 1942 avec 22 de ses camarades au Mont-Valérien.
La presse collaborationniste, dont Le Matin, annonça le verdict : « 25 condamnations à mort au procès de terroristes ». L’inhumation de Karl Schönhaar eut lieu au carré des corps restitués au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Sa mère fut arrêtée, condamnée à une peine de travaux forcés, et déportée le 17 avril 1942, le jour où lui-même était fusillé, à destination de Ravensbrück (Allemagne). La Croix-Rouge la libéra le 23 avril 1945.
Le ministère des Anciens Combattants attribua à Karl Schönhaar la mention « Mort pour la France » le 17 octobre 1946.
Dans une salle de la Maison de la Chimie, une plaque commémorative a été apposée, avec les noms des fusillés : « En ce lieu ont été jugés du 7 au 14 avril 1942 par un tribunal militaire nazi, siégeant à la Maison de la Chimie réquisitionnée, 27 combattants membres des premiers groupes de résistance armée (OS – FTPF), livrés à l’occupant par la police de Vichy ». Son nom figure sur la plaque commémorative apposée au lycée Jacques-Decour.
Karl Schönhaar devint une figure emblématique de la lutte antifasciste des Allemands. La République démocratique allemande édita un timbre à son effigie.
Sources

SOURCES : Arch. PPo., 1W 0551, BA 1752. – DAVCC, Caen, Boîte 5, Liste S 1744-219/42 (Notes Julien Lucchini, Thomas Pouty). – Le Matin, 15 avril 1942. – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – J.-M. Berlière, F. Liaigre, Le sang des communistes, op. cit. – André Rossel-Kirschen, Le Procès de la Maison de la Chimie (7 au 14 avril 1942), L’Harmattan, 2002. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil.

Iconographie
PHOTOGRAPHIE ; Arch. PPo. GB 188 cliché du 9 mars 1942.

Daniel Grason

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