Né le 12 octobre 1922 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), fusillé sommairement par les Allemands le 27 juillet 1944 à Lyon (Rhône) ; bijoutier-orfèvre ; résistant au sein des FTP-MOI du bataillon Carmagnole à Lyon.

Léon Pfeffer était le fils de David Pfeffer, peintre, et de Chenildel (dite Genie ou Jenny) Hackel, institutrice. Les Pfeffer étaient Juifs polonais. Ils avaient quitté la Pologne après la Première Guerre mondiale pour venir s’installer en France. Après avoir vécu à Nancy, ils s’installèrent à Paris, dans le quartier de Belleville. Léon Pfeffer fut élève à l’école de la rue Julien Lacroix (XXe arr.). La famille Pfeffer s’installa ensuite 21 impasse Dupuy (XVIIIe arr.). Léon Pfeffer milita dans les Jeunesses communistes (JC) et devint bijoutier-orfèvre. En 1942, ses parents l’envoyèrent à Toulouse (Haute-Garonne) avec ses deux frères Élie et Maurice afin d’échapper à la répression antisémite. Le 24 juillet 1942, la mère de Léon Pfeffer, Chenildel Hackel, fut déportée à Auschwitz par le convoi no 10 au départ de Drancy. Le 6 mars 1943, son père, David Pfeffer, fut déporté à Maidanek par le convoi no 51 au départ de Drancy.
Pendant son séjour à Toulouse, Léon Pfeffer adhéra à l’Union des Juifs pour la Résistance et l’entraide (UJRE) et à la Main-d’œuvre immigrée (MOI). Au début de l’année 1944, il fut muté avec son frère Élie (dit Théo) dans les rangs des FTP-MOI du bataillon Carmagnole à Lyon. Sous le pseudonyme de Roland, il fut d’abord membre du groupe Roger puis il devint l’adjoint technique du chef de groupe Marius Motta (dit Bob). D’après Marius Motta, Léon Pfeffer participa également à plusieurs actions armées : « avec Léon Pfeffer [...] nous avons réussi une action contre un agent de la Gestapo. Le 20 juin 1944, nous avons attaqué à la grenade un train de matériel de guerre allemand, au pont de chemin de fer de la Manufacture des tabacs. [...] Le 1er juillet 1944, nous avons provoqué cette fois le déraillement d’un train ennemi. [...] près de Couzon au Mont d’Or ».
Trouvé en possession d’un chargeur de mitraillette lors d’une rafle, Léon Pfeffer fut arrêté et interné à la prison Montluc (Lyon) le 23 juillet 1944. L’un de ses compagnons de cellule, Jacques Silberman (dit Silber) fit le récit de ses derniers jours : « J’ai vu arriver Pfeffer Léon, âgé de vingt ans, [...] torturé pendant son premier interrogatoire au moyen d’un nerf de bœuf entouré de fil de fer, son dos était ensanglanté et gonflé sous l’effet des coups ; sa tête portait aussi des plaies nombreuses. En arrivant, il est tombé à terre, incapable de faire un mouvement. Trois jours après, il fut appelé à nouveau et revint dans le même état. » « Le 26 juillet, troisième interrogatoire, au cours duquel il fut attaché par le cou au moyen d’un ceinturon de cuir, puis frappé ; à chaque mouvement imprimé par les coups, un commencement de strangulation était réalisé. À son retour à la baraque, comme nous demandions que des soins lui soient donnés par un médecin-pharmacien, le Feldwebel nous a répondu : ce n’est pas la peine, il n’aura plus besoin de rien. Et le lendemain, il a été appelé à 11 h 30. Nous ne l’avons plus revu. »
Dans la nuit du 26 au 27 juillet 1944, une bombe explosa dans l’établissement Le Moulin à Vent. Étant donné l’heure tardive, il n’y eut aucune victime. Ce café-restaurant, situé à l’angle de la place Bellecour et de la rue Gasparin à Lyon (IIe arr.), était réservé aux Allemands et aux collaborateurs. D’après certaines sources, il était notamment fréquenté par Klaus Barbie. Le 27 juillet, vers midi, Léon Pfeffer, Albert Chambonnet, René Bernard, Gilbert Dru et Pierre Chirat furent extraits de la prison Montluc et conduits devant le lieu de l’attentat, place Bellecour. Trois hommes de la Gestapo (Frantz, Barthelmus et Mishker, agents de la section IV commandée par Klaus Barbie) les fusillèrent à coups de mitraillettes devant un grand nombre de passants. Les cinq corps furent abandonnés sur le lieu de leur exécution, et laissés en exposition trois heures durant afin d’être vus par le plus grand nombre.
Cette exécution (ordonnée vraisemblablement par Klaus Barbie ou par Werner Knab, selon un rapport de police) fut justifiée par un communiqué publié le lendemain dans la presse locale : « Châtiment rapide d’un attentat. Lyon, 27 juillet. – Une bombe explosait dans un restaurant de Lyon, place Bellecour, dans la nuit du 26 au 27 juillet 1944. Cet établissement était principalement fréquenté par une clientèle allemande. Une opération rapide permettait peu après l’arrestation de cinq personnes faisant partie du groupe terroriste responsable de l’attentat. Elles ont été exécutées sur les lieux de leur forfait, le lendemain même de l’explosion ». En réalité, Pfeffer et ses compagnons d’infortune, arrêtés bien avant le 26 juillet, n’avaient aucune responsabilité dans l’attentat contre le café Le Moulin à Vent.
Selon le rapport du médecin légiste, sur Léon Pfeffer furent « relevées trois blessures abdominales et une blessure transfixiante à la tête » et des « traces de violences antérieures à son exécution : une ecchymose de 8 cm de côté au-dessus du sein gauche et une large ecchymose occupant toute la face externe de l’avant-bras et du coude gauches ».
Le corps de Léon Pfeffer fut reconnu par son frère Élie Pfeffer, demeurant rue des Genièvres à Vaulx-en-Velin (Rhône). Le troisième frère, Maurice Pfeffer, soldat de l’Armée française de la Libération, fut tué en septembre 1944 en Alsace. En 1945, Élie fut le dernier survivant de la famille Pfeffer.
Un parc situé dans le VIIIe arrondissement de Lyon porte le nom de Léon-Pfeffer. Le Veilleur de Pierre, un monument situé place Bellecour, fut élevé en 1948 en hommage aux cinq fusillés du 27 juillet 1944.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3335W22, 3335W13 (y compris le dossier de Gilbert Dru), 3460W4, 31J159. – CHRD, Lyon, art. 1167 (dossiers d’Élie Pfeffer et Léon Pfeffer). – Bruno Permezel, Résistants à Lyon, Villeurbanne et alentours : 2 824 engagements, 2003. – Pierre Mazel, Mémorial de l’oppression. Fasc. 1, Région Rhône-Alpes, 1945. – Alexandre Pinto, Le Bataillon Carmagnole : Histoire des FTP-MOI de la région lyonnaise, juin 1942-septembre 1944, 1997. – David Diamant, 250 combattants de la Résistance témoignent : témoignages recueillis de septembre 1944 à décembre 1989, 1991. – Service départemental de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, Le Veilleur de pierre : monument, Lyon place Bellecour, 2009. – Site Internet du Mémorial de la Shoah. – Site Internet de Yad Vashem.

Jean-Sébastien Chorin

Version imprimable