Né le 14 novembre 1898 à Paris (XVe arr.), vraisemblablement fusillé le 25 janvier 1944 dans la cour de la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) ; employé ; militant communiste, secrétaire du Secours rouge international (SRI) puis secrétaire de rédaction à l’Humanité avant guerre ; membre du service radio du PCF clandestin ; résistant.

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Robert Blache était le fils d’un ouvrier socialisant mort en 1912, athée mais « tolérant », et d’une mère confectionneuse à domicile, puis cuisinière chez l’évêque Chaptal. Influencée par l’Église, elle fit faire à son fils sa première communion et fréquenter les patronages catholiques jusqu’à l’âge de seize ans. Les idées de son père devaient cependant l’emporter à cet âge, conjuguées à celles d’un oncle cheminot révoqué lors des grèves de 1920. Après avoir obtenu son certificat d’études primaires (CEP), il fut successivement employé de 1911 à 1914 dans des banques soit comme groom, soit comme garçon de course. Pendant la Première Guerre mondiale, il travailla de 1915 à 1918 comme manœuvre dans les gares de Vaugirard et de Montparnasse puis comme pointeau dans une usine de munitions de Levallois. Après un séjour à Berck où, malade, il resta trois ans couché, il entra dans une usine de bonneterie à Vaujours (Seine-et-Oise) : c’est alors qu’il adhéra à la fin de 1923 au Parti communiste. Il fut ensuite employé au journal Chemins de fer puis dans des organismes plus politiques : à son parti rue La Fayette, à la Coopérative l’Abeille à Saint-Ouen, à la rédaction de L’Aube sociale et au secrétariat du SRI jusqu’en 1932. Après un séjour à Grenoble comme vendeur de cirage, il entra au journal Forces. Il épousa le 9 juin 1925 Alice Montel, communiste, sténotypiste à ce journal, et trésorière de section au SRI.
L’engagement de Robert Blache date de 1921 lorsqu’il adhéra au groupe Clarté. En 1924, il devint membre du syndicat des employés et milita activement dans les organisations du Parti communiste. Il avait adhéré fin 1923 à Livry-Gargan puis fut membre de la 16e section des Jeunesses communistes. Il passa définitivement à la 16e section après la réorganisation en cellules et participa à la campagne électorale de 1924. À la fin de cette année, il fut membre du « groupe Connaître, réservoir d’oppositionnels à la [Madeleine] Paz » mais il rompit publiquement au début de 1925. Il devint alors secrétaire de l’Agit-prop puis secrétaire du 8e rayon où il milita avec, entre autres, Joseph Ducroux et Alice Montel, sa future femme.
À la fin de 1927, il prit position contre la Lettre ouverte de l’exécutif sur le tournant dans le PCF (front unique et radicalisation des masses) et ne reconnut son « erreur » que six mois plus tard. Il affirmait, dans son autobiographie de 1933, que « peu éduqué politiquement », il n’avait pas compris que l’opposition à la radicalisation des principales cellules d’entreprises du 8e rayon provenait de ce qu’elles regroupaient des ouvriers qualifiés (et non des manœuvres) ou à statut (cheminots de la cellule Championnet). N’ayant pas fait d’opposition organisée, il ne fut pas exclu ; il fut cependant blâmé en 1929, pour avoir pris en juin des vacances en pleine préparation du 1er août.
Après 1930, il consacra essentiellement son activité au SRI, tout en étant rattaché à la cellule du dépôt TCRP-Poissonniers dans le XVIIIe arrondissement. Il participa à la campagne pour Joseph Ducroux qui, après son arrestation en Malaisie, avait été remis en 1932 aux autorités françaises de Saïgon d’où il fut ramené à la prison de Marseille.
En 1931, Robert Blache précisa dans les Cahiers du Bolchevisme la position du SRI sur le front unique : à l’extérieur de l’organisation, pas de front unique au sommet « avec des organisations dont l’activité en fait des ennemis avérés de la classe ouvrière et de la révolution ».
Candidat aux élections législatives de Melun (Seine-et-Marne) en 1932, il se pésenta en 1936, les 26 avril et 3 mai, dans la 3e circonscription du XVIIIe arrondissement (Goutte d’Or-La Chapelle).
Robert Blache était secrétaire de rédaction de l’Humanité avec Pierre Lacan en 1937.
Arrêté début mars 1940 et inculpé d’« atteinte à la sécurité extérieure de l’État », Robert Blache fut évacué en juin vers le Sud avec les autres détenus des prisons parisiennes. En cours de route, il réussit à s’évader. Maurice Berlemont leur demanda de louer un pavillon au Raincy pour y installer un puissant poste émetteur-récepteur qui commença à émettre début juillet 1943. Ils hébergeaient un jeune technicien du service, Rolland Madigou alias « Michel », qui leur avait enseigné les techniques de transmission et qui assurait la maintenance de l’appareil. Les spécialistes du commando spécial de la Gestapo « Orchestre rouge » le repérèrent rapidement et ne tardèrent pas à localiser le pavillon du Raincy grâce à leurs voitures de radiogoniométrie. Au petit matin du dimanche 1er août 1943, les policiers allemands s’y présentèrent et arrêtèrent Robert Blache, Huguette Prunier et Rolland Madigou. Serge, le fils de Robert Blache et Huguette Prunier, qui était parti chercher du lait, aperçut les véhicules allemands et se réfugia chez sa grand-mère maternelle à Paris.
Le destin ultérieur de Robert Blache ne fut jamais établi avec certitude. Selon Auguste Gillot, il serait mort sous les tortures dès août 1943. Mais selon le service de l’état civil du XVe arrondissement, citant un avis du ministère des Anciens Combattants daté du 25 janvier 1944, il serait décédé ce jour-là en un « lieu non précisé ». Troisième source contradictoire, le journal gravé sur les murs de sa cellule à Fresnes par Huguette Prunier et relevé à la Libération par le journaliste Henri Calet (du moins repris d’un relevé établi par le Ministère des prisonniers de guerre et déportés qu’il a consigné dans son livre et commenté) : elle y indique qu’elle a été jugée et condamnée à mort le 28 janvier 1944 « en même temps que Robert ». Et plus loin, elle note qu’il aurait été fusillé « après dix mois de détention », ce qui situerait sa mort en juin 1944. Enfin, une dernière hypothèse avance qu’il aurait pu être exécuté le 5 août 1944 dans la cour de la prison de Fresnes avec les autres membres du service radio, parmi lesquels Huguette Prunier. Ce qui ne fait aucun doute, c’est qu’il était promis à une mort certaine, dans la mesure où les services spéciaux allemands ne voulaient pas laisser derrière eux des témoins de leurs méthodes de repérage et de contre-jeu radio. Le nom de Robert Blache figure sur la plaque commémorative apposée au Panthéon à la mémoire des écrivains morts pour la France. Au siège de l’Humanité, il se trouve également sur la plaque qui perpétue le souvenir des membres du personnel du journal tombés dans les rangs de la Résistance. La rue Marqfoy fut rebaptisée rue Robert-Blache dans le Xe arrondissement de Paris par arrêté préfectoral du 8 juin 1946. Le grade de sergent FFI lui fut attribué à titre posthume, avec la mention « Mort pour la France ».
Oeuvres

OEUVRE : Six mensonges de la Ligue des Droits de l’Homme, 16 p., 1931, " Les Cahiers de la répression ", Éditions du SRI. — Le choc de deux Espagne et la solidarité internationale a l’Espagne révolutionnaire, Editions du SRI, 1937. — Der Zusammenstoss zweier Welten in Spanien und die internationale Solidaritätsaktion der IRH für das revolutionäre Spanien, Mopr-Verlag, 1935.

Sources

ŒUVRE : Six mensonges de la Ligue des Droits de l’Homme, 16 p., 1931, « Les Cahiers de la répression », Éd. du SRI. – Le choc de deux Espagne et la solidarité internationale à l’Espagne révolutionnaire, Éd. du SRI, 1937. – Der Zusammenstoss zweier Welten in Spanien und die internationale Solidaritätsaktion der IRH für das revolutionäre Spanien, Mopr-Verlag, 1935.$$SOURCES : Arch. Nat. F7/13090, F7/13042, rapport du 3 juin 1932, Melun, F7/13517, F7/13768. – J. Duclos, Mémoires, 1943-1945, 2e partie, p. 62. – G. La Chapelle, Les Élections législatives, 1936, op. cit.Le Monde, 12 novembre 1980. – Renseignements fournis par J. Girault. – Arch. Komintern, Moscou, RGASPI, 495 270 449. – Arch. CCCP, dossier « service radio » : Notes J.-P. Ravery. – Service de documentation de l’Humanité. – Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, Éd. de l’Atelier, 2006. – Axelle Brodiez, Le Secours populaire français. – 1945-2000 : du communisme à l’humanitaire, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 2006 (collectif). – L’Humanité de Jaurès à nos jours, Nouveau Monde éditions, 2004. – Fernand Grenier, Journal de la drôle de guerre (septembre 1939-juillet 1940), Éd. Sociales, 1969. – Antoine Porcu, Héroïques : ils étaient communistes, éd. Geai bleu, 2004. – Henri Calet, Les murs de Fresnes, Éd. des quatre-vents, 1945.

René Lemarquis, Claude Pennetier, Jean-Pierre Ravery

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