Né le 29 avril 1906 à Montigny-lès-Metz (Moselle), fusillé le 23 février 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; photographe ; résistant, membre du réseau du Musée de l’Homme.

Fils de Peter Walter, employé supérieur des Postes, et de Johanna Oster, Pierre Walter était né dans une famille alsacienne catholique de Saverne (Bas-Rhin), ville où il se maria le 19 juillet 1932 avec Alice Lux ; le couple eut un fils. Pierre Walter mena avant guerre une existence insouciante sur la Côte-d’Azur, où il exerçait comme photographe à Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes) – il y était domicilié 121 avenue du Maréchal-Joffre. Veuf d’Alice Lux, il eut un fils avec Jeanne Oster. Parce que profondément patriote, la défaite et l’Occupation le métamorphosèrent.
Monté à Paris, introduit dans le réseau du Musée de l’Homme, il fut particulièrement chargé de faire passer la frontière espagnole aux aviateurs alliés. Il bénéficiait de nombreux contacts en Alsace-Lorraine annexée. À partir de janvier 1941, il devint l’un des proches collaborateurs de Boris Vildé, qui le désigna comme son successeur à la tête de l’organisation au cas où lui-même serait arrêté. Le démantèlement du réseau commença avec l’arrestation de Léon-Maurice Nordmann, l’agent secret Albert Gaveau ayant infiltré le réseau et gagné la confiance de Boris Vildé, arrêté pour sa part le 26 mars 1941. Alors qu’il tentait de rétablir des liaisons, accompagné de son agent de liaison Jacqueline Bordelet, Pierre Walter se rendit à un rendez-vous avec Albert Gaveau dans un restaurant près du jardin du Luxembourg (VIe arr.) le 18 avril 1941, et tomba dans un piège.
Le tribunal allemand du Gross Paris siégeant à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) jugea les dix-neuf inculpés de l’affaire du Musée de l’Homme, dix condamnations à mort furent prononcées pour « espionnage et intelligence avec l’ennemi » le 17 février 1942. Pierre Walter a été fusillé au Mont-Valérien, avec ses six camarades, Boris Vildé, Anatole Lewitsky, Georges Ithier, Léon-Maurice Nordmann, René Sénéchal et Jules Andrieu. Jacqueline Bordelet a été acquittée.
Pierre Walter avait tenu son « Journal » à la prison de la Santé (Paris, XIVe arr.), puis à Fresnes du 25 avril au 6 novembre 1941, 167 pages non publiées dont Jacqueline Bordelet et Germaine Tillon autorisèrent la consultation.
Enterré avec ses compagnons dans le cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), le corps de Pierre Walter a été restitué à l’un de ses fils en juillet 1947 et inhumé à Juan-les-Pins-Antibes.
Il a été reconnu « Mort pour la France ». Son nom a été gravé sur le mémorial du Mont-Valérien et sur celui de la prison du Cherche-Midi à Créteil (Val-de-Marne).


L’abbé Franz Stock l’évoque dans son Journal de guerre :
« Lundi 23.2.42
7 exécutions
Matin, réunion à 9 h 30 chez l’aumônier général. Puis catéchisme à l’école allemande jusqu’à 1 heure. Venu me chercher en voiture pour Fresnes : 7 condamnés à mort, aucun gracié, bien que 3 femmes aient été condamnées dans la même affaire, la réponse de Berlin (quartier général du Führer) n’a pas été attendue. Recours en grâce rejetés. ¨Parmi ces 7 un Juif, du nom de Nordmann, 2 orthodoxes - Vildé et Lewitsky. Les autres catholiques. Sénéchal 19 ans. Tous les 4 se confessèrent et communièrent avant - Wallter, Ithier et Andrieu, Sénéchal. Lewitsky demanda également mon assistance, pria, se repentit, lui donnai l’absolution. Vildé était certes croyant, mais de façon plus abstraite, mystique, un formidable personnage , au reste, mélancolie slave et pourtant très spirituel. Nous quittâmes ensemble Fresnes vers 3 h 45, verglas, froid, etc. Les 7 avaient bon moral, beaucoup d’humour, se réjouirent tous que je fusse du voyage. Me remercièrent pour ce que j’ai fait pour eux. Même le jeune Sénéchal était brave. Andrieu, invalide de guerre à 100% demanda qu’on ne lui bandât pas les yeux, ce qui lui fut accordé. "Dites à ma femme et à mes enfants que j’ai regardé la mort droit dans les yeux ". Je lui tendis encore un fois la photographie de sa fille et de son fils. Il la baisa, fit le signe de croix et voilà, 4 furent fusillés ensemble : Sénéchal, Andrieu, Nordmann, Ithier, puis les trois derniers : Walter, Lewitsky, Vildé. Vildé refusa d’avoir les yeux bandés. Walter et Sénéchal avaient souvent communié pendant leur détention. Ithier fit une bonne confession générale, reçut la communion avec une saine vénération. Andrieu pareillement. Je les ai enterrés tous les 7 au cimetière d’Ivry, à 6 h 30 du soir. »
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – SGA ministère de la Défense. – Anne Hogenhuis, Boris Vildé et le réseau du Musée de l’Homme, CNRS Éd. 2009. – Julien Blanc, Au commencement de la Résistance. Du côté du Musée de l’Homme, 1940-1941, Paris, Le Seuil, 2010. – Mémorial GenWeb. – État civil, Montigny.

Annie Pennetier

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