Née le 8 juillet 1913 à Bully-les-Mines (Pas-de-Calais), morte sous la torture le 6 mars 1944 à Douai (Nord) ; professeur ; militante communiste, responsable du Front National dans la région du Nord.

Suzanne Blin était la fille d’un cheminot des mines, Paul Blin, et d’Hélène Demailly. Elle fit de brillantes études à l’École normale d’Arras où elle entra avec le numéro 1 puis fut reçue au concours du professorat d’histoire-géographie des Écoles normales en 1935, la première, à 22 ans. Surveillante à l’ENS de Saint-Brieuc, elle fut sanctionnée en 1935. Elle exerça à La Roche-sur-Yon de 1935 à 1936 puis à l’École normale de Douai de 1936 à 1940, date de la fermeture par le gouvernement de Vichy, des Écoles normales considérées comme des foyers de laïcisme et de républicanisme. De 1940 à sa mort en 1944, elle enseigna à l’école primaire supérieure de Douai. En mars 1940, elle épousa René Lanoy*, un instituteur. Un garçon naquit en 1942.
En 1934, Suzanne Blin adhéra au Parti communiste et mit ses connaissances au service du mouvement ouvrier. De 1936 à 1939, elle donna des conférences à la Maison de la Culture à Lille, ainsi qu’aux militants ouvriers à Douai. En 1936, elle devint la secrétaire parlementaire du député-mineur de Douai, Henri Martel*.
À l’automne 1940, elle entreprit la réorganisation du Parti communiste clandestin du Douaisis avec Germinal Martel, fils d’Henri Martel, et Emmanuel Charlet* et s’attacha particulièrement à constituer dans le Douaisis des comités féminins qui deviendront par la suite l’Union des Femmes Françaises. À la fin de 1941-début 1942, le Front National s’implanta dans le Nord. Son responsable départemental, Jean Mercier*, instituteur, s’appuya sur René Lanoy* et Suzanne Lanoy pour le Douaisis et le Cambrésis. Suzanne s’occupa spécialement de la propagande, rédigea le journal clandestin La Pensée Française, destiné plus précisément aux enseignants et aux intellectuels. A la fin de 1942, elle créa un nouveau journal du Front National : Vaincre.
La qualité du travail et les résultats obtenus firent désigner René Lanoy, en avril 1943, comme responsable départemental du Front National du Pas-de-Calais, responsabilité qu’il exerça jusqu’à la Libération sous le pseudonyme de « Gilbert ». Il dut de ce fait quitter son domicile et fut remplacé dans le Douaisis et le Cambrésis par Jacques Estager* qui devient l’adjoint de Suzanne Lanoy-Blin. A la fin de 1942 déjà, Suzanne Lanoy-Blin fut convoquée au commissariat de police. Fichée aux Renseignements généraux, elle était soupçonnée de poursuivre une activité clandestine mais aucune preuve ne put être réunie contre elle. La police allemande eut vent de l’activité clandestine de René Lanoy ; elle perquisitionna à son domicile le 1er mars 1944 et découvrit un poste TSF et des documents ayant servi à la rédaction des journaux clandestins. Suzanne fut conduite au siège de la police allemande, le Sichereitsdienst (service de sécurité SS), quai du Maréchal-Foch à Douai et y fut sauvagement torturée pendant cinq jours alors qu’elle était enceinte. Elle décéda des coups reçus le 6 mars.La violence qui entoura son décès fut telle que les autorités allemandes tentèrent de le présenter aux membres de sa famille et aux responsables de l’administration française comme le fruit d’un suicide. A ses soeurs qui souhaitaient lui rendre visite le 7 mars 1944, les autorités allemandes font savoir qu’elle s’est pendue la veille. Les Allemands l’enterrèrent à la sauvette le lendemain au cimetière de Douai et laissèrent des agents sur place au cas où René Lanoy viendrait se recueillir sur la tombe. Quelques jours après, des résistants plantèrent une croix portant ces mots : « Suzanne Lanoy, héroïne de la résistance morte pour la France le 6 mars 1944 ». René Lanoy, prévenu, évita l’arrestation à son domicile. Peu de temps après, un commandant FTP abattit le tortionnaire de Suzanne Lanoy.
Un vibrant hommage lui fut rendu dans la Pensée française d’avril-mai 1944.
René Lanoy trouva la mort dans un accident de voiture à la mi-décembre 1944. Il allait être nommé préfet du Pas-de-Calais.
Sources

SOURCES : Jean Estager, Ami, entends-tu. La résistance populaire dans le Nord-Pas-de-Calais, Messidor-Éditions sociales, 1986. — RGASPI, Moscou, 495 270 , 495 270 8480, pas encore consulté.— Catherine-Astol, Le genre de la Résistance, la Résistance féminine dans le Nord de la France, Sciences Po les Presses, Paris 2015.p317à 319.

Odette Hardy-Hémery, Michel Rousseau

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