Né le 17 juillet 1921 à Prague (Tchécoslovaquie), fusillé à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 4 juillet 1944 par les Français (GMR, Vichy) ; étudiant à l’école des Beaux-Arts de Paris ; chef de groupe des Francs-tireurs et partisans (FTPF) dans le Gard.

Fils de Jean Baby et de sa première épouse, Marthe Bienes, Jacques Baby naquit à Prague où son père, professeur d’histoire et géographie, était alors en poste. De sensibilité marxiste – son père était un militant communiste très engagé –, Jacques Baby participa, d’abord, en 1943, en Cévennes, à un maquis de l’Armée secrète (AS) basé à Lasalle (Gard). Il quitta celui-ci en janvier 1944, avec dix de ses jeunes camarades, pour former, sous sa responsabilité, un maquis FTP au Serre, dans une vieille ferme de la commune de Soudorgues (Gard). Blessé, le 23 avril 1944, par les gendarmes français, lors d’un barrage routier près de Lasalle, le thorax perforé et la jambe droite brisée, il fut hospitalisé à Alès, puis au centre médical Gaston-Doumergue à Nîmes. Le 18 mai 1944, un groupe FTP fit évader plusieurs résistants de ce centre. Jacques Baby refusa de les suivre, pour demeurer auprès d’Octave Camplan, un camarade grièvement blessé, arrêté avec lui. Après le bombardement du 27 mai 1944 qui détruisit partiellement l’hôpital Gaston-Doumergue et tua Octave Camplan, Jacques Baby fut transféré à l’infirmerie de la maison d’arrêt de Nîmes.
Le 3 juillet 1944, une cour martiale du régime de Vichy (Miliciens), réunie à la maison d’arrêt de Nîmes, jugea Jacques Baby, avec deux autres maquisards cévenols, Serge Loiseau et Jean Odelin, arrêtés le 28 juin 1944. Ils furent tous trois condamnés à mort. Trente gendarmes furent requis pour procéder à l’exécution dans la cour de la maison d’arrêt. Mais tous refusèrent, en groupe et individuellement. Les gendarmes récalcitrants, arrêtés par la Milice, furent conduits et incarcérés à la prison Saint-Pierre de Marseille d’où ils ne ont été libérés que le 17 août.
Les condamnés furent transférés par la Milice, dans la nuit, à la prison Chave de Marseille, puis, le lendemain, aux Baumettes, où ils arrivèrent en soirée, dans un cortège de fourgons et de voitures. Ils furent acheminés vers la pinède proche de la prison où se forma, en présence du commissaire central et sous la direction de l’intendant de police adjoint, Eugène Panebœuf, un peloton d’exécution d’une trentaine de policiers d’un Groupe mobile de réserve (GMR). Les trois jeunes gens, attachés à des pins, furent fusillés, vallon de Lun, dans la carrière Marion.
À la Libération, l’exécution et le lieu où elle s’était déroulée furent connus à la suite d’une enquête menée par la résistante Hélène Cogoluegnes. Selon son témoignage, elle avait assisté, pendant l’Occupation, à une exécution à cet endroit, alors qu’elle rôdait autour de la prison des Baumettes, à la recherche d’un moyen de faire évader Albert Chabanon et ses camarades. Selon d’autres documents, ce sont des habitants proches, dont un responsable FFI, qui, cachés dans les rochers, auraient assisté à la scène qu’ils lui auraient rapportée. Quoi qu’il en soit, elle relata ces événements à la presse, au début octobre, ce qui permit d’informer les familles et de reconstituer le déroulement de ce drame.
Une stèle commémorative fut érigée dans le vallon de Lun, surmontée par l’inscription « Morts pour la France en héros. Ici sont tombés pour la cause de la liberté, le 4 juillet 1944, lâchement assassinés par la police de Vichy, trois grands patriotes, membres de la Résistance française, Jean Odelin 17 ans, Serge Loiseau 19 ans, Jacques Baby, 23 ans ». Jacques Baby fut nommé, à titre posthume, lieutenant FFI. Son nom a été donné à une rue de Nîmes.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 76 W 130, 58 W 22, dossier Panebœuf. – La Marseillaise, 5 octobre 1944. – Robert Mencherini, La Libération et les années tricolores. Midi rouge, une histoire politique et sociale de Marseille, tome IV, Syllepse, 2014. – Yvonne Baby, La vie retrouvée, Éd. de l’Olivier, 1992. – Hélène Cogoluegnes, Fragiles aiglons, Marseille, Éd. Jasyber, 1985. – André Vielzeuf, Résistance en Cévennes. On les appelait « les bandits », Nîmes, Éd. Camariguo, 1982.

Robert Mencherini

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