Né le 7 mai 1917 à Paris (Ve arr.), fusillé le 28 mai 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; instituteur ; résistant, membre des réseaux Villon et Turma-Vengeance (SR Air) et du réseau Jeanne.

Fils d’Étienne, Émile, Norbert Jeanne, et de Henriette, Françoise Guillaume, Robert Jeanne se maria à Yvette, Madeleine Étienne. Après l’École normale d’instituteurs, il fut affecté dans une école de Saint-Germain. Lors de son service militaire dans l’armée de l’air, il suivit le peloton des EOR (élèves officiers de réserve). Il obtint un brevet d’observateur en avion (avril 1938) et fut promu au grade de sous-lieutenant (octobre 1938).
Mobilisé, il participa à quatorze missions dans des escadres de bombardiers et obtint une citation après une opération menée le 14 mai 1940.
Démobilisé en août, Robert Jeanne reprit ses fonctions d’instituteur à Versailles. Ayant rencontré un camarade de combat, Maury, il obtint un poste de représentant dans l’entreprise de celui-ci : la Société française de représentation de machines-outils (SFRMO). Cette activité lui servit de camouflage. Entre-temps, en effet, Robert Jeanne entra au SR Air (service de renseignements clandestin) dans le réseau Turma-Vengeance (secteur de Normandie), constitué par Michel Rupied en 1941 et commandé par Louis Esparre, et dont Robert Jeanne (alias le Pédagogue ou Bob) devint l’adjoint. Il le remplaça à la fin de 1941, quand Louis Esparre, compromis et sur le point d’être arrêté, dut être déplacé en urgence dans la zone libre. Deux ingénieurs, Maury et Rouaud, dirigeaient un certain nombre d’informateurs et assuraient le transfert du courrier avec Robert Jeanne. Deux agents principaux, Pierre Doucet et Henri Brunet (grâce à l’atelier de reproduction de plans de ce dernier), fournissaient des renseignements, notamment sur les travaux de fortification de la côte normande, les réseaux de transmission, etc. Les services allemands furent probablement informés de son existence lors de l’interrogatoire d’un membre du contre-espionnage, Martineau (voir Jean Gatard), qui donna des renseignements. Le réseau fut alors infiltré par un pseudo-inspecteur de police qui se fit passer pour un agent de l’Intelligence Service (connu sous le nom de Rocher) ; il s’agissait en réalité d’un agent de la Gestapo. Ayant obtenu la confiance, Rocher put identifier les membres du réseau. Il fut démantelé en novembre 1942. Robert Jeanne fut arrêté pour « espionnage » par les Allemands, le 11 novembre, au Chesnay (Seine-et-Oise), où il habitait au 11 bis avenue du Bel-Air, mais d’autres le furent également : Louis Esparre, Pierre Doucet, Henri Brunet, Maury, Rouaud, Suzanne Speisser, Cécile de Mayo et Paulette Duhaide. Interrogé, Robert Jeanne reconnut ce qui lui fut reproché.
Le procès des neuf arrêtés se déroula du 1er au 11 mai 1943 dans la prison de Fresnes. Robert Jeanne fut condamné à mort le 15 mai 1943.
Charles Saint, secrétaire général de la Direction des services de l’armistice, tenta d’intervenir le 25 mai, en vain.
Un peloton d’exécution allemand fusilla Robert Jeanne le 28 mai 1943 au Mont-Valérien, à 16 h 03.
Le nom de Robert Jeanne figure sur la plaque commémorative apposée dans l’église du Chesnay, sur le mémorial des Services spéciaux de Ramatuelle (Var) et sur le monument commémoratif des fusillés du Mont-Valérien.
À titre posthume, Robert Jeanne fut promu au grade de capitaine, décoré de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre avec étoile de vermeil, et de la Médaille de la Résistance. Il fut également reconnu « Mort pour la France » (AI 1Mi 28 451).
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII dossier 2, Liste S 1744 (réf. 458/41) et 208 (Notes Thomas Pouty). – Sites : Mémoire des Hommes, Mémorial GenWeb, Mémorial national des Anciens des Services spéciaux de la Défense nationale (références indiquées : Archives du bureau « Résistance ». – Arch. Nat., dossier F60 - 1577. – Jean Bézy, Le SR Air, éd. France-Empire, 1979, p. 68-69. – Bulletin de l’AASSDN, no 24, p. 47).

Frédéric Stévenot

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