Dans la nuit du 11 au 12 juin, des centaines de soldats allemands investirent les localités environnantes du massif, Lambesc, la Roque-d’Anthéron, Rognes, Charleval. Aux petites heures, les troupes motorisées montèrent à l’assaut du plateau, appuyées par trois avions de reconnaissance. Devant la disproportion des forces les maquisards durent se replier. Dans la journée du 12 juin 1944, de nombreux villageois furent arrêtés, Les exécutions commencèrent dans l’après-midi et continuèrent le lendemain. Un bilan comptabilise 124 victimes.

Carte du maquis de la Chaîne des côtes, jointe au rapport de police sur ces événements, archives départementales des Bouches-du-Rhône.
Antoine Serra, Le massacre du Fenouillet, coll. Jacqueline Serra. Droits réservés.
L’annonce du débarquement en Normandie du 6 juin 1944 et l’écoute des divers messages et mots d’ordre de mobilisation, émis depuis le début juin et relayés par les organisations clandestines, provoqua, en Provence, dans les jours qui suivirent, une véritable « montée au maquis ». Celle-ci, qui s’étendit bien au-delà de la Résistance organisée, bouscula même, au sein de chaque mouvement, les stratégies établies. Une « levée en masse », difficile à canaliser, toucha l’ensemble des départements provençaux, dans l’attente d’un débarquement sur la côte méditerranéenne que l’on pensait intervenir dans de très brefs délais.
L’état-major régional des Forces françaises de l’intérieur (FFI) avait délimité, dans les Bouches-du-Rhône, une « zone d’influence des maquis », conçue comme un avant-poste de la véritable « zone des maquis » qui devait s’établir dans les hautes vallées alpines. Située sur la ligne qui court de la Basse Durance jusqu’au Bas –Verdon , il était prévu qu’elle occupe les collines qui la longent. Elle devait s’étendre à la montagne de Lure, au Ventoux et à la Sainte-Baume. Des maquis se constituèrent sur ces hauteurs, au Plan d’Aups, au pied de la Sainte-Victoire, au dessus de Jouques, dans la Trévaresse, au Ligourès, et sur la Chaîne des Côtes.
À l’ouest du pays d’Aix, la Chaîne des Côtes, d’accès difficile, domine la vallée de la Durance, les villages de la Roque-d’Anthéron et Charleval au nord, celui de Lambesc au sud. À partir de 1942-1943, elle servit de refuge pour des hommes en délicatesse avec le régime, républicains espagnols en rupture de camp, puis réfractaires au Service travail obligatoire (STO). Le 6 juin 1944, la montée se fit depuis la Roque-d’Anthéron, Lambesc ou Charleval, avec plusieurs lieux de regroupement, dont le plateau (la plaine) du Cèze, à l’Ouest et la chapelle Sainte-Anne, au centre du massif, sur le plateau de Manivert.
Les Allemands eurent leur attention attirée sur ces rassemblements par divers incidents ou accrochages qui opposèrent leurs troupes aux maquisards. Surtout, ils furent parfaitement renseignés grâce à la trahison d’un envoyé d’Alger, responsable de la mission militaire interalliée, Maurice Seignon de Possel-Deydier, Noël pour la Résistance, Érick pour les services de sécurité allemands du SIPO-SD. Peu de temps après leur formation, tous les maquis furent attaqués et, dans l’ensemble, démantelés. Certains parvinrent à se replier sans trop de pertes, d’autres subirent une répression sanglante.
Ce fut le cas du maquis de Sainte-Anne. Dans la nuit du 11 au 12 juin, des centaines de soldats allemands investirent les localités environnantes du massif, Lambesc, la Roque-d’Anthéron, Rognes, Charleval. Aux petites heures, camionnettes et chenillettes armées de mortiers montèrent à l’assaut du plateau, appuyées par trois avions de reconnaissance. Devant la disproportion des forces et l’avance d’un incendie qui gagnait l’ensemble du plateau, les maquisards durent se replier.
Dans la journée du 12 juin 1944, de nombreux villageois furent arrêtés, ainsi que tous ceux qui descendaient des collines. Les exécutions commencèrent dans l’après-midi et continuèrent le lendemain. La répression fut très meurtrière. Le « rapport Catilina », établi par le SIPO-SD, fit état de 96 ennemis tués et 43 prisonniers pour cette journée. Mais un rapport du sous-préfet d’Aix, le 13 juin, à 23 heures, dénombra plus d’une centaine de morts. Le 19 juin, un bilan établi par le même s’élevait à 116 morts dont 15 à Jouques, 86 dans le secteur de Lambesc - la Roque-d’Anthéron, 2 à Vauvenargues, 13 à Saint-Antonin. Avec les trois résistants fusillés à Salon et les cinq arrêtés à la Galine, à Saint-Rémy de Provence (Bouches-du-Rhône) on arrive à 124 victimes. On doit y ajouter, au moins, les 11 morts du Plan d’Aups.
Après la Libération, des mémoriaux furent érigés sur les lieux de ces événements, qui, tous les ans, furent l’objet de commémorations. Un imposant monument honore, sur le plateau de Sainte-Anne, l’ensemble des victimes de la répression. D’autres, en revanche, évoquent le souvenir des massacres qui se sont déroulés à un endroit précis et de leurs victimes, comme à Saint-Antonin sur Bayon, à Jouques, ou dans la clairière du Fenouillet, près de la Roque-d’Anthéron.
Ce dernier site mérite qu’on s’y attarde. Un rapport du sous-préfet, en date du 15 juin 1944, indique que tous les résistants « avaient dû être fusillés par rafales de mitraillettes et à genoux, étant donné que toutes les blessures qu’ils portaient avaient été faites sur la poitrine ». Les victimes furent dépouillées de leurs papiers d’identité et les corps, mutilés, étaient méconnaissables. Parmi les 28 fusillés du Fenouillet – dont cinq non identifiés, certains n’habitaient pas les villages du pourtour de Sainte-Anne.
On le constate à la lecture des 23 noms gravés sur le mémorial du Fenouillet : Arnaud Marius*, Martigues - Barthélémy Joseph*, Martigues - Chave Aldéric*, Martigues - Daugey Robert*, Martigues - Di Lorto Paul*, Martigues - Lombard Paul*, Martigues - Toulmond Lucien*, Martigues - Tranchier Henri*, Martigues - Durand Victor, Lambesc - Castaldi Baptiste, Lambesc - Castaldi Louis, Lambesc - Martini Émile, Lambesc - Robin Paul, Lambesc - Turc Marcel, Lambesc - Billot Cyprien, Charleval - Armenico René, Mallemort - Favaro Arthur, Miramas - Flandre Georges*, Montpellier - Richard Georges*, Paris - Lazzarino Henri*, Port-de-Bouc - Abbadie Barthélémy*, Saint-Victoret - Borel Georges, Salon - Gérard André*, Saint-Cyr au Mont d’Or.
Marius Arnaud, grièvement blessé, avait péri pratiquement immédiatement après son arrestation à Martigues. Mais douze d’entre eux avaient été amenés tout spécialement de Marseille où ils étaient détenus, pour être mis à mort. Les Allemands se saisirent de l’occasion pour « vider entièrement la prison du 7e étage du bâtiment 403 de la rue Paradis […] les prisonniers furent mis dans un car et conduits avec d’autres prisonniers se trouvant dans la prison des Baumettes au champ de bataille de la veille dans la forêt « Chaîne des Côtes » entre Charleval et Lambesc. Ils ont été exécutés sur les ordres de Pfanner [responsable de la Gestapo] ». Ce fut le cas des résistants arrêtés à Martigues et Port-de-Bouc, d’André Gérard*, Gervais Saint Gerbaud et du pasteur Georges Flandre*, Montcalm, arrêté à Marseille en avril 1944. Ils ont fait l’objet de notices.
Le peintre Antoine Serra, qui participa au maquis de Sainte-Anne et échappa de justesse à la mort, réalisa, après-guerre, un tableau sur cette tragédie. Tous les ans, le 13 juin, une forte délégation de la ville de Martigues rend hommage, sur le lieu de leur supplice, aux résistants assassinés dans la clairière du Fenouillet.
Oeuvres

Iconographie :
1 - Antoine Serra, Le massacre du Fenouillet, coll. Jacqueline Serra. Droits réservés (avec l’aimable autorisation de Jacqueline Serra).
2 - Carte du maquis de la Chaîne des côtes, jointe au rapport de police sur ces événements, archives départementales des Bouches-du-Rhône.

Sources

SOURCES : Arch. dep. des Bouches-du-Rhône, 76 W 129, cabinet du préfet régional, messages manuscrits ou téléphonés, rapports, listes des victimes, juin 1944. — Arch. dep. des Bouches-du-Rhône, 58 W 20, Interrogatoire de Dunker par le principal chef de la BST, 8 juillet 1945 — Arch. dep. des Bouches-du-Rhône, 1269 W 8, « Exécutions de Lambesc, Charleval, La Roque d’Anthéron ». — Le Kommandeur de la SIPO et du SD de Marseille, « Rapport final. Affaire Catilina », Marseille, 6 juillet 1944, signé Dunker, SS Scharführer. —Arch. du Musée de Lambesc. — Robert Mencherini, Résistance et Occupation (1940-1944). Midi rouge, ombres et lumières, tome 3, Syllepse, 2011.

Robert Mencherini

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