Né le 8 novembre 1912 à Obermichelbach (Haute-Alsace annexée, depuis 1919 : Michelbach-le-Haut, Haut-Rhin), guillotiné le 1er juin 1943 à Stuttgart, Allemagne : instituteur, puis professeur-adjoint dans le Haut-Rhin ; communiste ; syndicaliste CGT ; résistant ; condamné à mort le 28 janvier 1943 par le Volksgerichtshof.

Fils de paysans catholiques pratiquants et anticommunistes virulents, Édouard Boeglin fréquenta le collège épiscopal de Zillisheim (Haut-Rhin), puis l’École primaire supérieure de Saint-Louis (Haut-Rhin) avant d’être admis à l’École normale catholique de Colmar (Haut-Rhin), dont il sortit en juillet 1932. Il fit un stage à Dijon (Côte-d’Or) où il commença la préparation d’une licence à l’université, puis fut nommé instituteur dans le Haut-Rhin à Richwiller, puis à Wintzenheim. En 1934-1935, il fit son service militaire comme sous-lieutenant au 152e Régiment d’infanterie à Colmar (ce qui indique qu’il avait brillamment effectué sa Préparation militaire supérieure à l’École normale). En 1935-1936, après quelques mois comme secrétaire-adjoint à l’Inspection académique du Haut-Rhin, il fut nommé professeur adjoint à l’École d’agriculture de Rouffach (Haut-Rhin). Syndiqué à la section du Haut-Rhin du SNI, dite « La Fraternelle », puis au syndicat CGT des professeurs adjoints, il avait adhéré à la section de Colmar du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, dont il fut le secrétaire, et fondé un « Groupement des Jeunes de l’Enseignement ». En novembre 1935, Marguerite Buffard, alors professeur de philosophie à l’École normale de Colmar, le mit en contact avec Charles Aschbacher et il adhéra au Parti communiste. Quand il arriva à Rouffach, il devint secrétaire de la section communiste, dont il porta les effectifs de 5 à 256 membres. Il avait été sollicité en 1938 pour suivre les cours de l’École léniniste de Moscou, mais il retira sa candidature devant l’opposition résolue de son épouse, mais aussi en raison de l’impossibilité d’obtenir un congé de convenances personnelles qui lui aurait assuré sa réintégration dans l’enseignement à son retour en France.
Il avait épousé Jeanne Hoffert, fille de la receveuse des Postes de Wintzenheim (Haut-Rhin) et belle-fille de Jean Ulmer, employé des PTT, président de la section socialiste SFIO de Wintzenheim ; le couple avait un enfant. Jeanne était membre du Parti communiste et secrétaire du Secours populaire français pour le canton de Rouffach.
En 1941 sans doute, il devint membre du Parti communiste clandestin dirigé en Alsace annexée par Georges Wodli, qu’il reçut pour une réunion dans sa maison de Wintzenheim. Comme beaucoup d’enseignants alsaciens, nommé par l’administration allemande instituteur à Wettolsheim, près de Wintzenheim à partir du 1er octobre 1940, il avait été muté pour « Umschulung » (rééducation forcée) à l’automne 1940 dans le pays de Bade à Waldshut, près du lac de Constance, puis il fut affecté en avril 1941 à l’école de Kuhbach près de Lahr (Bade). Quand il apprit qu’il était recherché par la Gestapo, des douaniers allemands avec qui il déjeunait, lui proposèrent de le faire passer en Suisse, mais il préféra revenir en Alsace sans doute pour ne pas se séparer de sa famille. Il fut, le 25 mai 1942, arrêté à son domicile à Wintzenheim, ce qui entraîna son licenciement du corps enseignant en juillet 1942. Interné au camp de Schirmeck (Bas-Rhin) jusqu’en novembre, il fut emprisonné ensuite à Bühl (Bade), il fut traduit, pour haute trahison et action en faveur de l’ennemi, devant le « Volksgerichtshof » (Cour de justice du peuple) siégeant à Strasbourg et condamné à mort le 23 janvier 1943 en même temps que René Birr, Adolphe Murbach et Auguste Sontag. La famille tenta des démarches pour le sauver, notamment auprès d’Otto Meissner, d’origine alsacienne, chef de la chancellerie présidentielle du Reich, mais sans succès. Sa femme put lui rendre une dernière visite : il était physiquement brisé et marchait à l’aide de deux cannes. Il accepta les secours de la religion catholique. Ils furent, tous les quatre, exécutés à la prison de Stuttgart le 1er juin 1943.Leurs corps furent ensuite jetés dans une fosse commune, au Bergfriedhof, à Heidelberg.
Sources

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 4151. – Arch. Dép. Haut-Rhin, AL 66 541. – L’Humanité d’Alsace et de Moselle, 28 janvier 1945, 4 avril 1945. – Bulletin provisoire de la Fraternelle, Mulhouse, s.d. (juillet 1945) – Heimat unterm Hakenkreuz, 1953, p. 41. – Resistance im Annektierten Elsass und Lothringen, numéro spécial de l’Humanité d’Alsace et de Lorraine, janvier 1965 (photo). – Charles Béné, L’Alsace dans les griffes nazies, T. IV, Raon-l’Étape, 1978, p. 38, 45, 54-56, 61-62. – Léon Tinelli, L’Alsace résistante, Strasbourg, 2002 (photo p. 113). – Marie-Joseph Bopp, Ma ville à l’heure nazie ; Colmar 1940-1945, Strasbourg, 2003, p. 274. – Walter Wagner, Der Volksgerichtshof im nationalsozialistischen Staat, Munich, 2011, p. 475-476. – Note de Daniel Morgen, auteur de Mémoires retrouvées. Des enseignants alsaciens en Bade, Des enseignants badois en Alsace, Umschulung 1940-1945, 15 janvier 2015.

Léon Strauss

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