Né le 30 septembre 1911 à Antrenas (Lozère) ; abattu le 13 avril 1944 à Sainte-Croix-Vallée-Française (Lozère) ; instituteur dans la région parisienne ; militant communiste ; résistant en Lozère (MUR / AS).

SAINTE-CROIX-VALLÉE-FRANÇAISE (Lozère). Pont de la Rouveyrette, près de la RD 983, monument commémoratif de la mort de Louis VEYLET. Monument érigé sur les lieux de l’exécution sommaire (13 avril 1944)
Cliché : André Balent, 13 mars 2016
Sainte-Croix-Vallée-Française, monument érigé en la mémoire de Louis Veylet sur les lieux de son exécution sommaire, pont de la Rouveyrette, en bordure de la RD 983
Cliché : André Balent, 13 mars 2016
Luis Veylet, novembre 1942
Extrait de Cordesse, op. cit., 1999, p. 39 (reprobuction André Balent)
Louis Veylet (à gauche) avec Otto Kühne au maquis, près du col de Laupies, Cévennes lozériennes, décembre 1943
Extrait de Cordesse, op. cit., 1999, p. 76, cliché Werner Feiler, reproduction André Balent
Louis Veylet, militant communiste, membre de la Résistance lozérienne, fils de Louis Veylet, instituteur, et de Marie, Mélanie Redon, ménagère, était farouchement anticlérical. Il fréquenta d’abord le collège de Mende (plus tard lycée Chaptal). En khâgne, à Montpellier, Louis Veylet se révéla être des meilleurs et obtint dès la première année des résultats brillants. Lorsqu’il fut exclu du lycée de Montpellier pour avoir tenu tête à l’Administration, il fut muté à Toulouse mais toujours boursier en raison de ses résultats et de l’appui de certains de ses maîtres.
Son militantisme l’absorbait déjà beaucoup quand, en 1932, il prit un poste de maître d’internat au collège de Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Militant communiste, il anima, durant les congés scolaires, de nombreuses réunions dans les villages de Lozère et intervint pour apporter la contradiction dans les réunions électorales. Il anima avec son frère André des réunions publiques. Il participa à la fondation de la première cellule communiste à Marvejols (Lozère) et créa le journal de cellule Le Travailleur Marvejolais. Employé de bureau, il militait dans le XVIIe arrondissement de Paris. Devenu instituteur en 1934, en Seine-et-Oise, il consacra son temps libre au parti. Il enseigna à Orsay, Louvres, Villiers-le-Bel... Appelé au service militaire à Issoire puis à Nice, il poursuivit ses activités, ce qui lui valut de graves ennuis avec les autorités militaires : à Nice, il fut défendu par Virgile Barel. Revenu à la vie civile, et à l’enseignement, il continua à militer.
Mobilisé pendant la drôle de guerre, il revint en octobre 1940 et fut nommé à Chatou mais recherché par le parquet de Pontoise, il dut se cacher. Il connut alors la clandestinité. Parti de zone occupée pour échapper aux autorités allemandes, il revint à Marvejols. Il demanda, officiellement, à son administration, en 1942, un congé pour convenances personnelles. À Marvejols, privé de son traitement, il devint secrétaire chez un ami, François Marcon, marchand de bois. À la fin du mois de mars 1942, eut lieu la réunion constitutive de Combat en Lozère au château de Carrière, domicile de Gilbert de Chambrun. Henri Cordesse et Marcel Pierrel, deux enseignants de Marvejols, y participaient. Proches de Veylet, ils le convainquirent d’adhérer à ce mouvement, en l’absence d’organisation communiste clandestine dans cette partie de la Lozère.
Louis Veylet fit l’objet d’une surveillance permanente de la gendarmerie et des Renseignements généraux. Marié le 19 janvier 1933 à Paris, XIVe arrondissement., avec Paule, Alberte Rigal, il divorça trois ans plus tard. À Marvejols, il vivait avec Pepita Rodríguez Sánchez, jeune militante réfugiée espagnole assignée à résidence. Installée à l’hôtel de la Gare, elle servait d’agent de liaison.
Adjoint de Marcel Pierrel, professeur au cours complémentaire, chef du secteur de Marvejols du mouvement Combat, chargé de l’accueil des clandestins puis de l’organisation des premiers maquis, et désormais lui-même affilié au mouvement Combat, Louis Veylet étonna ses camarades par sa connaissance minutieuse des lieux et des personnes. "Depuis qu’il est directeur de la firme d’exploitation forestière Marcon, il n’est plus oisif : la comédie est bien jouée mais aucune preuve d’action occulte ne peut être décelée. L’internement de ces deux individus serait une excellente mesure préventive" note la gendarmerie à propos de Louis et de Marcon. On releva son scrupuleuse honnêteté lorsqu’il fallait régler les paysans cévenols qui ravitaillaient le maquis dont il avait la charge. Ses camarades de combat notèrent aussi son audace calculée dans l’action ainsi que son sa profonde humanité.
Au début 1943, René Michel dit "Max" proposa à Louis Veylet et à Gilbert de Chambrun de constituer un maquis. Gilbert proposa la bergerie du Crouzet près de Gabrias. Quelques jours après, il improvisa à chaud la logistique du groupe d’antinazis allemands, anciens des Brigades internationales, dirigé par Otto Kühne à Bonnecombe, dans le massif de l’Aubrac (Lozère). Il les approvisionnait et séjournait avec eux. C’était le début du groupe Veylet / Kühne qui, plus tard, fusionna avec le groupe (ou "brigade") "Montaigne" de François Rouan et s’implanta dans les Cévennes lozériennes.
Bonnecombe découvert, il avertit et servit de guide pour déplacer de nuit, à pied, au bois du Seigneur près de Lachamp, les antinazis allemands rejoints, momentanément, par quelques réfractaires français, syndicalistes des usines Fouga à Béziers (Hérault).
Après les arrestations du 30 août 1943, Louis Veylet inscrit sur la liste S des suspects dangereux se savait menacé. Par arrêté ministériel du 23 décembre 1943, notifié le 8 janvier 1944, il fut assigné à résidence dans l’Aubrac, à Nasbinals (Lozère). À l’automne 1943, il conduisit "ses" maquisards dans les Cévennes lozériennes. Ils s’installèrent discrètement, en novembre, à La Fare, Nozières et Ferrus dans la région du col des Laupies, entre le col de Jalcreste et Saint-Germain-de-Calberte (Lozère). La présence de Louis, particulièrement recherché, fut pourtant décelée dans les Cévennes. Le 10 janvier 1944, un rapport des Renseignements généraux le signalait de passage à Marvejols.
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En mission de ravitaillement, c’est en essayant de démarrer le camion gazogène de la Compagnie française des mines de Dèze, entreprise qui travaillait pour les Allemands, que, le 27 janvier 1944 à 1h du matin, ils alertèrent par le bruit les gendarmes du Collet-de-Dèze (Lozère). Les quatre maquisards étaient armés, mais Louis, persuadé des bonnes dispositions de cette brigade, essaya avec des arguments patriotiques de convaincre les gendarmes et d’arranger les choses, en vain. De fait, il ignorait que la brigade avait reçu un nouveau gendarme hostile à la Résistance.
Après leur arrestation, Louis et ses camarades furent incarcérés et entendus par la justice à Mende. Henri Bourrillon, un militant clandestin de Combat et l’un des chefs départementaux du mouvement, était l’avocat de Veylet. Dès le 29, Jean-Baptiste Rispoli, commissaire des Renseignements généraux, avait adressé un rapport récapitulatif sur Veylet au préfet.
Les quatre prévenus furent transférés à la Centrale de Nîmes où ils restèrent environ trois semaines. Le jugement fut estimé trop indulgent par les Renseignements généraux surtout pour Louis "militant communiste convaincu et des plus dangereux".
Trois jours après son retour à Marvejols, Louis n’hésita pas à repartir auprès de ses camarades dans les Cévennes. À Saint-Étienne-Vallée-Française (Lozère), à Saint-Germain-de-Calberte (Lozère), il reprit contact et s’informa sur les derniers changements : l’installation du maquis Bir Hakeim à La Picharlerie (ou Picharlarié) et le déplacement de ses compagnons français et étrangers au Galabertès (commune de Saint-Germain-de-Calberte, Lozère). Il les rejoignit.
Le 7 avril 1944 vers 13 heures, la voiture de quatre feldgendarmes fut mitraillée à Saint-Étienne-Vallée-Française. À 18 heures, le préfet et le commandement allemand échangèrent leurs informations et, à 20 heures, les troupes d’Occupation de Mende se mirent en route. Elles furent renforcées les jours suivants par les GMR et les SS de la 9e Panzer Division Hohenstaufen.
Le 12 avril 1944 vers 14 heures, les Allemands poursuivirent l’offensive commencée dès le 7. Les combats se poursuivirent jusqu’au soir. À 19 heures, la décision de se replier fut prise. Blessé à la cuisse par une balle qui lui avait fracturé le fémur lors du décrochage, il resta très en arrière pour couvrir la retraite. Dans la nuit, il se glissa sur le versant sud et se cacha dans le Ravin de l’Ourjal. Dès l’aube, le 13 avril, le ratissage du terrain par les Allemands commença sans aucun coup de feu. Un peu plus tard, des soldats au bord du ravin le transportèrent. Il fut abattu au bord de la RD 983, la RN 583 d’alors, en aval de Sainte-Croix, au pont de la Rouveyrette, à l’endroit où s’élève la stèle qui voit chaque année honorer sa mémoire. Il y avait été déposé par ses camarades brancardiers alors que les Allemands semblaient avoir quitté les lieux. Un officier SS circulant en automobile l’aperçut, fit arrêter son véhicule et le tua de deux balles dans sa nuque.
Son corps fut transporté à la mairie de Sainte-Croix-Vallée-Française (Lozère). Il fut reconnu le lendemain, par le chef du maquis Bir Hakeim, Jean Capel et son adjoint Paul Demarne. Le 14 avril, il fut enterré provisoirement, en présence de toute la population et de quelques maquisards revenus pour la circonstance. Il fut, en mai, transféré à Mende pour identification. Reconnu par sa compagne Pepita, il fut enfin ramené à Marvejols (Lozère).
Ses funérailles, le 15 mai 1944, ont "groupé un nombre inusité de personnes" indiquait le dernier rapport des RG sur Louis Veylet.
Il fut homologué, à titre posthume, capitaine FFI en octobre 1945. Il reçut la médaille de la Résistance en novembre 1946 et la mention Mort pour la France lui fut attribuée en avril 1947.
Un square Louis-Veylet existe à Marvejols (Lozère) et à Florac (Lozère). Son nom figure sur le monument commémoratif des morts du maquis Bir Hakeim érigé à Mourèze (Hérault). À Sainte-Croix-Vallée-Française (Lozère), s’élève la stèle qui lui est dédiée, près du pont de la Rouveyrette où il fut exécuté sommairement. Ce monument porte l’inscription : "Louis Veylet maquisard héroïque mort pour la France le 13 4 1944". Son nom figure aussi sur la plaque commémorative du lycée Chaptal de Mende (anciens élèves morts pendant les deux guerres mondiales) et sur celle Moissac-Vallée-Française (Lozère) qui évoque le souvenir de quelques-uns des maquisards français, allemands, autrichiens, espagnols qui luttèrent ensemble dans les Cévennes de 1943 à 1944 (Voir Lindner Anton).
Henri Cordesse lui a consacré un ouvrage : Louis Veylet, novembre 1911-avril 1944, imprimé à Montpellier (sans date).
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, 21 P 167708. — René Maruéjol, Aimé Vielzeuf, Le maquis "Bir Hakeim, 2e édition, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p. — Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Montpellier, Les Presses du Languedoc / Max Chaleil Éditeur, 1987, 341 p. — Henri Cordesse, Histoire de la Résistance en Lozère 1940-1944, Montpellier, Les Presses du Languedoc, Max Chaleil éditeur, 3e édition, 1999, 285 p. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [en particulier, pp. 292-298]. — Le Maquis école de La Picharlerie (1943-1944), Mende, ONAC VG Lozère, 2e édition révisée, 2010, 32 p. — Association Départementale des Anciens de la Résistance, La Résistance en Lozère, CD-ROM, AERI, 2006. — État civil.

André Balent, Jean-Pierre Besse

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