Né le 24 décembre 1914 à Pau (Basses-Pyrénées, aujourd’hui Pyrénées-Atlantiques) ; exécuté le 26 juin 1944 à Justiniac (Ariège) ; gendarme résistant (Corps franc Pommiès de l’ORA ; chef départemental de l’AS (Armée secrète) de l’Ariège.

Armand, Laurent, Mathieu Saint-Martin, fils de Guillaume Saint-Martin et de Léonie née Barber, naquit à Pau. Orphelin très jeune, il fut élevé par un oncle cultivateur à Lestelle-de-Saint-Martory (Haute-Garonne) et il travailla comme ouvrier à l’usine de fabrication de carton de Saint-Martory pendant trois ans. Après un service militaire de deux ans au 405e régiment d’artillerie à Sathonay (Rhône) de 1935 à 1937, il s’engagea dans la gendarmerie en juillet 1939 et il servait comme élève-garde au peloton à pied de garde républicaine mobile n° 182 (GRM) stationné à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) au moment de la mobilisation de septembre 1939 ; son unité fut déplacée en Oranie puis à la surveillance de la frontière espagnole pendant la « Drôle de guerre ». Il fut ensuite reversé dans la gendarmerie départementale à la 17e légion de gendarmerie (Toulouse) après la dissolution de la GRM, en application des conventions d’armistice. Nommé sous-officier de carrière en juillet 1942, il servait alors à la brigade territoriale de Saverdun (compagnie de gendarmerie de l’Ariège), où il vivait « en ville » (et non pas dans les logements de la caserne), avec son épouse Josette (épousée en janvier 1939) et leur jeune fils André (né le 11 février 1940).
En 1943, le couple rejoignit clandestinement l’organisation de la résistance de l’Armée (ORA) — plus précisément le Corps franc Pommiès, très implanté dans la R4 — et Saint-Martin utilisa sa position de gendarme pour recueillir du renseignement sur les activités policières et militaires allemandes et en informer la Résistance.
Saint-Martin accéda également, en 1944, au poste de chef départemental de l’AS : CFL de l’Ariège.
Le 9 juin 1944, le gendarme Saint-Martin déserta en partant avec des armes et la motocyclette de la brigade pour rejoindre, dans un premier temps, un groupe de résistants installé dans les bois autour de Canté (Ariège). Après la dissolution de ce maquis, localisé et donc menacé de liquidation par l’armée allemande, il se replia avec quelques hommes dans le château de Justiniac (Ariège). Nommé chef départemental des corps-francs de la Libération (CFL), par le colonel Aubert, son rôle principal fut alors de récupérer les armes et le matériel militaire parachutés et de d’organiser militairement son groupe dans la clandestinité en vue du combat à venir, en liaison avec les maquis voisins. Une partie de ces armes était plus particulièrement destinées au Corps franc de la Montagne Noire, puissant maquis en voie de constitution, à cheval sur l’Aude et le Tarn. Sa femme Josette resta aux côtés de son époux pour servir comme agent de liaison.
Le groupe avait probablement été dénoncé par certains habitants soumis aux réquisitions de la Résistance et ces renseignements ont ensuite été affinés par des miliciens en civils en mission d’infiltration. Le château de Justiniac fut attaqué à l’aube du 26 juin 1944 par des éléments de la division de Waffen-SS « Das Reich », cantonnés depuis avril à Vénerque (Haute-Garonne). Après quelques tirs d’artillerie et de grenades lacrymogènes, le repaire fut pris d’assaut et les jeunes résistants capturés les armes à la main. Les soldats allemands interrogèrent et torturèrent le gendarme Saint-Martin et son épouse afin d’obtenir des informations sur les maquis de la région environnante : après avoir été battu à coups de crosse et pendu par les pieds, Armand Saint-Martin fut éventré à la baïonnette puis achevé d’une balle dans la nuque, tandis que Josette fut elle aussi abattue après avoir été frappée et avoir tenté de se défendre. Par leur silence obstiné, ils ont sauvé de la destruction les autres groupes de maquisards locaux ainsi que leur chef « Vadier », le docteur Durin, de Saverdun.(Ariège), au prix du sacrifice de leur propre vie.
Le jour même, les gendarmes de la brigade de Saverdun, avisés par téléphone, ont découvert les cadavres de quatre hommes et d’une femme dans un ravin situé en bordure de la route départementale n°14 en face de l’entrée du château. Ces corps, qui portaient tous des blessures par balles à la tête, ont été rapidement identifiés et il est précisé dans le procès-verbal que Saint-Martin était considéré comme le chef du maquis local. Les époux Saint-Martin ont été enterrés le surlendemain à Justiniac.
Après la guerre, l’engagement patriotique du gendarme Saint-Martin a été reconnu par sa nomination comme chevalier de la Légion d’honneur (1954) ainsi que par l’octroi de la médaille de Résistance française à titre posthume (1960) ; par ailleurs, ses services au maquis ont été homologués avec le grade de capitaine FFI. Josette fut décorée de la médaille militaire à titre posthume.
Le nom du gendarme Saint-Martin figure avec celui de son épouse Josette sur les monuments aux morts des communes de Saint-Martory (Haute-Garonne) et de Saverdun (Ariège), ainsi que sur celui du mémorial du Corps franc Pommiès à Castelnau-Magnoac (Hautes-Pyrénées) et sur la stèle commémorative des maquisards de Justiniac. La brigade territoriale de Saverdun et le stage 2016 d’élèves-officiers de réserve de gendarmerie portent par ailleurs le nom de « gendarme Saint-Martin ». Une plaque y a été apposée dans les années 1950 ; y sont inscrits les noms d’Armand Saint-Martin et celui d’un autre gendarme résistant de sa brigade, Marius Paillole exécuté sommairement le 20 août 1944 avec un autre résistant de Saverdun, Raymond Bieleck à Pezens (Aude), près de Carcassonne.
Leur jeune fils André a été élevé par ses grands-parents maternels à Saint-Martory. Lors du baptême de la caserne de Saverdun en juillet 2011, André Saint-Martin était présent la cérémonie et a il évoqué la mémoire de ses parents dans un discours devant la plaque commémorative.
Voir : Justiniac (26 juin 1944))
Sources

SOURCES : SHD/DAVCC (Caen) : dossier individuel 21 P 148 025 (avec son ESS) — SHD/GR/Cellule « Résistance » (Vincennes) : dossier individuel 16 P 530 800 — PV de renseignements judiciaires n°229 du 26 juin 1944 de la BT Saverdun. — Récit détaillé de la mort des époux Saint-Martin par un auteur anonyme et non daté sur le site internet de l’académie de Midi-Pyrénées (école de Saverdun) : La résistance et la libération de l’Ariège. — Témoignage d’André Saint-Martin sur ledit site internet. consulté par Sébastien Horner. — Site MemorialGenWeb consulté le 20 juillet 2018 par André Balent. — Site histariege, consulté le 20 juillet 2018 par André Balent. — Notes d’André Balent.

Sébastien Horner

Version imprimable