Trente prisonniers de Rodez (Aveyron) exécutés à la mitrailleuse à la butte de tir de Sainte-Radegonde (Aveyron) le 17 août 1944 alors que les troupes allemandes étaient en train de quitter la ville.

Monument aux fusillés de Sainte-Radegonde (Aveyron)
Photographie André Balent, 19 mai 2007
Monument de Sainte-Radegonde (Aveyron). Les deux plaques de la partie centrale, de part et d’autre de la croix de Lorraine commémorent les trente fusillés du 17 août 1944
Photographie André Balent, 19 mai 2007
Monument de Sainte-Radegonde, première plaque de la partie centrale du monument portant les noms de dix-sept des trente fusillés du 17 août 1944
Photographie André Balent, 15 mars 2016
Monument de Sainte-Radegonde, deuxième plaque de la partie centrale du monument portant les noms de treize des trente fusillés du 17 août 1944 et de trois autres victimes de la Sipo-SD de Rodez
Photographie André Balent, 15 mars 2016
La butte du champ de tir de Sainte-Radegonde où furent exécutés les tente du 17 août 1944
Photographie André Balent, 15 mars 2016
Butte du champ de tir de Sainte-Radegonde, la tranchée où furent exécutés et ensevelis sommairement les trente du 17 août 1944. Dans la partie centrale, la plaque commémorative.
Photographie André Balent, 15 mars 2016
Butte de tir de sainte-Radegonde. Plaque apposée près de la partie centrale de la tranchée.
Photographie André Balent, 15 mars 2016
Faire part des obsèques des trente fusillés de Saint-Radegonde par le préfet de l’Aveyron et le CDL. L’absoute de Mgr Chaliol, évêque de Rodez et Vabres est annoncée
Collection d’Hervé Mollard, neveu d’Albert Thévenon, l’un des trente fusillés
Funérailles des fusillés de Sainte-Radegonde, Rodez, 20 août 1944
Collection Hervé Mollard
Rodez, caserne Burloup, après sa réaffectation comme centre d’enseignement
La caserne Burloup, lieu de détention de la Sipo-SD à Rodez (1944-1944). Devenue le local du Centre universitaire de formation et de recherche Jean-François Champollion
Photographie : André Balent, 31 janvier 2017
Rodez, caserne Burloup, plaque commémorative des Juifs détenus en ce lieu et déportés (1942-1944)
Photographie : André Balent, 31 janvier 2017.
Le contexte : l’Aveyron (1944), un département où furent constitués un grand nombre de maquis, mal armés mais très actifs :
Le département de l’Aveyron, au sud du Massif Central, rattaché à la région de Montpellier (Hérault) et, de ce fait, à la R3, joua au sein de cette dernière un rôle décisif. « Département refuge et pépinière de maquis », pour reprendre l’heureuse formule de Christian Font et Henri Moizet (op. cit., 1995, p. 178]), historiens de la Résistance rouergate, l’Aveyron accueillit à partir de 1942 et, surtout, de 1943 un grand nombre fugitifs, résistants « grillés » dans leurs départements ou réfractaires du STO venant en majorité du Midi, mais également de départements de la zone Nord.
Des bassins industriels comme celui de Decazeville (mines et métallurgie) et de Millau (cuirs et peaux) ont permis l’implantation d’une importante main d’œuvre immigrée, au sein de laquelle on trouvait de nombreux Espagnols, pour une part issus de la Retirada de 1939, mais aussi des Polonais ou des Italiens. Une partie d’entre eux, réfugiés politiques et/ou raciaux, étaient rattachés aux GTE (groupements de travailleurs étrangers).
Par ailleurs le caractère rural de l’économie avec une importante polyculture permit de pourvoir au ravitaillement, ce qui était apprécié en ces temps de restrictions alimentaires. Celle-ci favorisait le ravitaillement d’importants maquis rassemblant des effectifs venus majoritairement d’autres départements.
L’importance des effectifs des maquis rouergats fut parfaitement perçue par les troupes d’occupation qui, avec l’aide des forces de Vichy, multiplièrent les actes de répression. À l’été 1944, les garnisons allemandes, implantées dans les principaux centres urbains (Rodez, Millau, Villefranche-de-Rouergue, Decazeville, Saint-Affrique), étaient isolées dans un pays de moyennes montagnes et de plateaux dominé par des maquis dont les effectifs crurent considérablement à partir du début de juin 1944. Toutefois, ces derniers ne purent toujours avoir accès à un armement suffisant.
Le départ des Allemands de Rodez qui ne contrôlaient plus le Rouergue rural fut préparé dès avant le 15 août. L’ordre de la retraite fut donné le 17 août par le général Johannes Blaskowitz, commandant du groupe d’armées G (Toulouse). La Légion d’Azerbaïdjan, en garnison à Rodez, qui avait des contacts avec la Résistance fit une tentative de révolte. Mais la capture, le 15 août, de l’agent de liaison entre les groupes Veny et les Azéris (et les Arméniens), Grégoire Romaniuk, entraîna l’échec de la tentative, l’arrestation de soixante officiers et sous-officiers et la mise en place, le 17 août, d’une cour martiale qui prononça, en fin d’après-midi, la condamnation à mort de dix-neuf Azéris. C’est dans ce contexte que fut décidée l’extraction des détenus de la caserne Burloup, prison de la Sipo-SD et leur transfert, par camion, au champ de tir de Sainte-Radegonde. Pendant la nuit du 17 au 18 août 1944, les forces allemandes (1500 hommes au moins : 119e RI de la Luftwaffe, Ost Legion, Feldgendarmerie, police) quittèrent Rodez après avoir brûlé les archives de la Sipo-SD, et fait sauter les dépôts de munitions de la caserne Burloup. Cette colonne prit la direction de la Primaube et de Millau dans la perspective de gagner le Languedoc méditerranéen et, de là, la vallée du Rhône..
Les fusillés sommaires de Sainte-Radegonde :
Généralités :
Les particularités de l’Aveyron se retrouvent lorsqu’on analyse les lieux d’origine des résistants de ce département. Il ne faut se fier au fait que certains d’entre eux, nés dans d’autres départements, aient résidé dans l’Aveyron au moment de leur arrestation. Certes, certains s’y étaient établis avant la guerre pour des raisons professionnelles. Mais d’autres, à la recherche de « planques », n’y étaient arrivés que depuis peu de mois et y vivaient parfois en clandestins ou semi-clandestins. La Résistance rouergate subit les effets de son insertion dans une société conservatrice très catholique, au sein de laquelle une Église traditionaliste apporta majoritairement un soutien sans failles au régime de Vichy, à la suite de l’évêque du diocèse de Rodez et Vabres qui ne modula son attitude qu’au tout dernier moment, peu avant la Libération.
Lorsqu’on considère le groupe des fusillés sommaires de Sainte-Radegonde, on constate que la très grande majorité d’entre eux étaient des résistants. S’y rajoutent quelques otages.
Parmi les résistants le poids de ceux qui étaient liés à la mouvance MUR/AS/GF apparaît évident. De ce point de vue, l’Aveyron se distingue du Lot voisin où l’AS passa aux FTPF à la suite de son chef départemental Jean-Jacques Chapou.
Le nombre d’éléments de groupes francs doit être mis en relation avec la présence dans l’Aveyron, dès l’été 1943, de Louis Torcatis venu des Pyrénées-Orientales. Meneur d’hommes charismatique ayant la confiance totale du directoire des MUR de la R3 il fut chargé de mettre en œuvre, depuis l’Aveyron, les GF dont les actions furent souvent spectaculaires.
Les maquis très nombreux étaient en majorité rattachés aux MUR et à l’AS avec la présence, en leur sein ou à leur marge, de GF souvent intrépides. Le renfort d’éléments des groupes Veny venus du Lot ou des commandos Hubert, venant aussi du Lot, renforça cette mouvance.
Les FTPF étaient surtout bien implantés à l’ouest du département entre Decazeville et Villefranche-de-Rouergue, en particulier avec le maquis d’Ols dont la localisation fut choisie par un autre Catalan — que Torcatis connaissait très bien — Georges Delcamp.
Quelquefois — Cransac, localité du bassin houiller de Decazeville, est un exemple probant — les résistants les plus activistes quoique affiliés aux FTPF et à l’AGE participèrent aux activités des groupes francs et furent capturés à ce titre par les Allemands.
Départements ou pays d’origine :
Pour vingt-sept des fusillés du 17 août 1944 de Sainte-Radegonde, il est possible de déterminer leur origine géographique. Seuls sept d’entre eux étaient natifs de l’Aveyron (Aldebert, Amans, Austruy, Bessoles, Caumes, Krol, Laignel, Loubière). En revanche, seize des martyrs de Sainte-Radegonde étaient natifs d’autres départements —Hérault (2), Pyrénées-Orientales (1), Gard (1), Lot (1), Creuse (1), Isère (1), Cher (1), Seine-et-Marne (2), Seine/Val-de-Marne (1), Paris (1), Nord (1), Vosges (1), Meurthe-et-Moselle (2), Haut-Rhin (1) — même si certains d’entre eux résidaient depuis plus ou moins de temps dans l’Aveyron pour des raisons professionnelles (comme Douzou ou Devillers) alors que d’autres y étaient venus plus récemment en fugitifs fuyant leurs villes et départements afin d’échapper à la répression (comme Mulot) pour, parfois, intégrer un maquis comme c’était le cas de réfractaires au STO (comme Thévenon). Il y avait aussi quatre résistants de nationalités étrangères : un Allemand, un Espagnol, deux Polonais. Un résistant était aussi un persécuté racial parce que Juif (Wormser) : Alsacien, ce proscrit avait trouvé un refuge dans le Rouergue rural profond. Enfin un résident de l’Aveyron et de la Haute-Loire, un Arménien né dans l’Empire Ottoman, était naturalisé Français.
Lieux de résidence en Aveyron :
Les fusillés de Sainte-Radegonde, y compris ceux qui ne résidaient que depuis peu dans l’Aveyron, provenaient de toutes les régions de ce vaste département. Toutefois, il se concentraient surtout dans trois d’entre elles : Rodez, ses environs et le Ségala (8) ; l’Aveyron méridional, autour de Millau et de Saint-Affrique (7) ; le bassin houiller de Decazeville (8 : 7 sûrs et un probable car mineur de profession). Les autres résidaient dans l’Aveyron occidental (1), la partie orientale de la vallée du Lot (2). Certains des fusillés (3) appartenaient ou étaient sur le point d’intégrer le maquis AS "Arête-Saules" des environs de Séverac-le-Château, dans la haute vallée de l’Aveyron. Deux des fusillés habitaient dans une région indéterminée du département.
Fusillés résistants ou otages ; affiliations :
La plupart, à l’exception d’otages civils (le seul cas avéré est celui de Laignel) étaient des résistants actifs dans l’Aveyron : maquisards, membres de mouvements, de réseaux, de groupes francs. Trois des fusillés étaient probablement des résistants (Bessoles, Romanowski, Weingardt) et non des "civils" pris en otages. On peut déterminer l’affiliation de vingt des otages résistants. Quinze appartenaient à la mouvance MUR/AS/ GF ; trois apparaissent à la fois comme membres de GF des MUR et FTPF ; un seul est FTPF ; Bravo, un guérillero de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles), de mouvance communiste, militant du PCE (Parti communiste d’Espagne) clandestin était lié au groupe franc de Cransac, côtoyant des éléments de l’AS et des FTPF) ; un autre (Blasi) était un agent du réseau Gallia.
Cinq, enfin, sont des résistants dont on n’a pu déterminer l’affiliation. Un fusillé non identifié était probablement un résistant.
Âges :
Louis Blasi, né en 1891, était le plus âgé des trente exécutés sommaires de Sainte-Radegonde. Le plus jeune, Marcel Matthys, était né en 1927.
La répartition par âges est la suivante :
né avant 1900 ; 1 ; nés entre 1900 et 1909 : 6 ; nés entre 1910 et 1919 : 10 : nés entre 1920 et 1927 : 12 (2 en 1920 ; 3 en 1923 ; ; 1 : 1924 ; 2 en 1925 ; 2 en 1926 ; 1 en 1927).
On remarque le nombre important de fusillés jeunes qui reflète l’importance des maquis où se retrouvaient une majorité de jeunes et même de très jeunes.
Professions :
Nous regroupons au sein d’une même catégorie — la plus nombreuse (10) — les artisans et les salariés de l’artisanat et des services (hors Bâtiment, Mines et Transports) car il n’est pas toujours possible de distinguer patrons et salariés. Certains, toutefois sont clairement désignés comme ouvriers ou manœuvres. Les travailleurs salariés de l’industrie millavoise, très spécifique, apparaissent comme tels (un gantier et un teinturier). Il en est de même pour l’ouvrier de la chaussure de la Tour-du-Pin (Isère) venu rejoindre les maquis aveyronnais, avec des collègues de la même branche industrielle de la même ville, afin d’échapper au STO. L’ employé de banque est forcément un salarié. Les mineurs de charbon du bassin de Decazeville (5) forment le deuxième groupe socio-professionnel homogène : nombreux furent les mineurs impliqués dans les actions de la Résistance. Les fonctionnaires (3) étaient des policiers (2), révoqué par Vichy (1) ou en activité (1) et un travailleur des PTT. Les cadres et membres des professions libérales étaient aussi représentés parmi les suppliciés de Sainte-Radegonde (3), deux ingénieurs salariés d’une société hydroélectrique du Sud-Aveyron et un chirurgien dentiste. On trouve aussi un entrepreneur de transports routiers et un commerçant. L’agriculture, enfin, secteur dominant de l’économie rouergate n’est représentée que par un "marginal", un valet de ferme polonais.
L’exécution :
Trente emprisonnés résistants incarcérés à la caserne Burloup de Rodez furent emmenés le 17 août 1944 en fin de journée au champ de tir de Sainte-Radegonde par l’armée allemande (un détachement d’une soixantaine d’hommes de la SS de la Luftwaffe, venu d’Albi) abandonnant Rodez. Le champ de tir, lieu d’exercice de la garnison de Rodez était situé sur le territoire de la commune de Sainte-Radegonde, entre ce village et Arsaguet, au nord de la RD n° 162.
Les prisonniers étaient considérés comme des otages. La moitié d’entre eux environ avaient été rajoutés à la liste bien qu’ils n’aient pas participé aux actes qui étaient censés justifier les représailles. Le capitaine Lieb qui commandait le bataillon de la Légion azerbaïdjanaise présent à Rodez refusa de fournir le peloton d’exécution. Ce fut un détachement d’un bataillon SS de la Luftwaffe récemment arrivé de l’Albigeois (Tarn) qui se chargea de l’exécution des trente prisonniers. Le caporal interprète de la Sipo-SD de Rodez, Fienemann, nazi convaincu, dirigea l’exécution. Les prisonniers furent exécutés entre vingt heures et vingt-et-une heures, à la mitrailleuse, à demi enterrés dans une tranchée, liés deux à deux par les poignets avec des fils électriques. Ils furent sommairement enterrés, mutilés, certains encore vivants. Le massacre fut observé par des habitants de Sainte-Radegonde : Gabrielle Ferrié, Santiago ouvrier agricole, Vallat menuisier, Céleste Cadars fermier, Marcel Vanuxem et André Geniez deux jeunes. Ils en suivirent le déroulement sans pour autant saisir la totalité des faits qui se déroulaient sous leurs yeux. Ils entendirent le chant de La Marseillaise qui précéda la mort par balles des victimes de l’exécution.
Le décès des fusillés fut enregistré sur l’état civil de Rodez et non sur celui de Sainte-Radegonde.
L’exécution extra-judiciaire d’Allemands ayant participé à la tuerie de Sainte-Radegonde :
Une colonne allemande avait essayé de quitter Rodez le 16 août en s’efforçant de prendre la direction du nord-est afin de gagner la vallée du Lot et de franchir ce cours d’eau. Elle fut mise à mal par les maquisards AS d’Entraygues (Aveyron), à proximité de cette localité puis, surtout, près de Villecomtal (Aveyron) par les FTPF (4202e compagnie, maquis des Bessades, Aveyron) commandés par Joseph Mach et fut contrainte de revenir à Rodez (Voir Golinhac, Entraygues-sur-Truyère, Mouret).
Les forces allemandes de Rodez, avec les Azéris, quittèrent Rodez en direction de Millau, du Bas-Languedoc et de la vallée du Rhône et furent constamment harcelées par les maquis de l’Aveyron, de l’Hérault et du Gard. Le colonel Steuber, le commandant Reiner, le capitaine Lieb et une soixantaine de soldats ayant participé à la tuerie de Sainte-Radegonde furent faits prisonniers à Saint-Privat (Ardèche). Leur colonne avait été accrochée par les maquis ardéchois et des éléments de l’armée américaine. Ils furent exécutés pour le massacre de Sainte-Radegonde, sans jugement, le 3 septembre 1944. Ce fut Bernard-Henri Bonnafous, alias commandant Richard, de l’état-major départemental des FFI aveyronnais, qui donna au maquis aveyronnais « Arête-saules » (AS) l’ordre de fusiller les prisonniers allemands, auteurs du massacre de Sainte-Radegonde. Le chef de ce maquis, le docteur Yves Testor (de Séverac-le-Château). refusa dans un premier temps d’obéir à une décision contraire aux règles de la justice prise, pourtant, par un ami, proche compagnon de la lutte clandestine. Mais il reçut entre-temps un ordre similaire. Le maquis « Arête-Saules » (AS) procéda donc à cette exécution extra-judiciaire.
Les funérailles des fusillés, 20 août 1944 :
Le 20 août 1944, Rodez célébra, en présence du CDL dont c’était la première apparition publique, un grandiose hommage aux victimes de la tuerie de Sainte-Radegonde. Des milliers de personnes se rassemblèrent, place d’Armes, près des cercueils rassemblés autour du monument aux morts. L’évêque de Rodez et Vabres, Mgr. Challliol, pourtant jusqu’au bout zélé maréchaliste, y participa et prit la parole avant de donner l’absoute.
Le procès de Toulouse (1951) :
Ce furent deux membres du SD de Rodez qui avaient pris l’initiative du massacre : Stettien chef des renseignements de l’Aveyron et le caporal interprète Fienemann (alias "le Grand-Duc"). Ils convainquirent le colonel Steuber chef de la Kommandantur de Rodez de donner l’ordre de l’exfiltration de prison puis de l’exécution des trente. Au procès de la "Gestapo" de Rodez (Toulouse, 6-11 juin 1951), Fienemann fut condamné vingt ans de bagne et vingt ans d’interdiction de séjour pour sa responsabilité dans le massacre de Sainte-Radegonde. Ce verdict provoqua des remous en Aveyron. Les habitants de Rodez conservaient le souvenir de l’homme terrible, cruel et fanatique qu’était Fienemann, présent dans la ville à partir de l’automne 1943.
Le monument mémorial de Sainte-Radegonde :
Un monument a été érigé à Sainte-Radegonde sur les lieux du massacre de 1944.
Bien que dédié à l’ensemble de la Résistance rouergate, il souligne la singularité des victimes de la tuerie du 17 août 1944.
Dès octobre 1944, des municipalités aveyronnaises décidèrent d’établir des listes communales de victimes de la répression (exécutions, déportations). Elles décidèrent également d’ouvrir une souscription afin d’ériger un monument départemental sur les lieux de la fusillade du 17 août 1944, à la mémoire des victimes des exécutions sommaires de ce même jour, mais aussi, de façon plus large, de toutes les victimes aveyronnaises ou persécutées dans le territoire du département. La conception du monument fut confiée à Jean Vigouroux, architecte, et la sculpture de la partie centrale du monument fut l’œuvre d’Henry Parayre, maire de Conques (Aveyron), ancien directeur de l’école des Beaux-Arts de Toulouse (Haute-Garonne).
Le monument fut inauguré le 18 août 1946 en présence de Robert Bichet, sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil et à l’Information, représentant le GPRF présidé par Georges Bidault. Elle avait été précédée par une bénédiction, la veille, à 20 heures trente, heure présumée de l’exécution deux ans plus tôt.
Il est dédié aux 212 victimes aveyronnaises (alors recensées) celles qui périrent pendant l’occupation allemande sur le territoire de l’ensemble du département, y compris celles qui moururent pendant leur déportation, mais aussi les Aveyronnais exécutés dans d’autres départements. Dans la partie centrale a été gravé le texte suivant : "Le Rouergue à ses fils victimes de la barbarie nazie". Le nom des trente victimes de l’exécution sommaire du 17 août 1944 figure sur les deux plaques de la partie centrale, des deux côtés de la croix de Lorraine et de la statue. Y figurent aussi les noms de trois victimes de la Sipo-SD ruthénoise. Le monument reproduit l’allure générale de la butte de tir au près de laquelle il a été édifié. À proximité du centre de la tranchée proche de la butte où furent exécutées puis ensevelies les victimes de la fusillade du 17 août 1944, a été posée une plaque de granit où est gravée la phrase suivante : "C’est ici que tombèrent le 17 août 1944 trente patriotes français chantant la Marseillaise". Cette inscription suscite quelques remarques. Il est vrai que des témoins entendirent le chant de La Marseillaise. Toutefois, les exécutés n’étaient pas tous des Français de naissance ou naturalisés — c’était le cas de l’Arménien Garabed Derderian —. Pour quatre d’entre eux — Polonais, Espagnol et Allemand — il est évident que la motivation première de leur engagement était leur opposition au régime nazi. Elle permet de nuancer une vision trop unanimement française et patriote de la Résistance en France. Inconsciemment, les rédacteurs de cette inscription ont voulu gommer la présence d’étrangers anti-nazis en les faisant passer à la trappe et en exaltant un patriotisme exclusivement français..
Au total, les noms gravés sur le monument — autres que les 30 victimes du massacre du 17 août 1944 se répartissent ainsi : 52 victimes civiles, 82 déportés non rentrés, 48 FFI de toutes obédiences. Ces chiffres ont été revus à la hausse avec la publication de la deuxième édition du Mémorial du Rouergue en Résistance (Alfred Foucras, 1991) : 358 noms (90 déportés non rentrés dont 16 résistants, 74 civils).
Récemment, le conseil départemental de l’Aveyron a complété l’environnement de la butte et du monument par des panneaux explicatifs au contenu précis et judicieux. A été également rajoutée la liste des Aveyronnais "justes parmi les nations", pour l’aide désintéressée apportée aux nombreux Juifs réfugiés dans le département et traqués par Vichy et les Allemands. Le 17 août, le département et la municipalité de Sainte-Radegonde organisent une cérémonie commémorative sur les lieux de l’exécution.
Il y a à Rodez une avenue des fusillés de Sainte-Radegonde.
ALDEBERT Justin
AMANS Georges
AUSTRUY Albert
BARRÉ Robert
BESSOLES Louis
BLASI Louis
BRAVO Esteban
CAUMES Henri
DELAIRE René
DERDERIAN Garabed
DEVILLERS Edmond
DOUZOU Roger
ÉTHÈVE Maurice
FRAISSE Maurice
HAAG Marcel
KROL Jean
LADURELLE Félix
LAIGNEL Maurice
LAROMIGUIÈRE Robert
LAVERGNE Roger
LOUBIÈRE Fernand
MATTHYS Marcel
MULLER Raymond
MULOT Paul
ROMANIUK Grégoire (parfois nommé Georges)
ROMANOSKI [ROMANOWSKI] Zénon
THÉVENON Albert
WEINGARDT Henri
WORMSER Paul
Un fusillé non identifié. Sainte-Radegonde (Aveyron)
Sources

SOURCES : José Cubero, La résistance à Toulouse et dans la Région 4, Bordeaux, Éditions Sud-Ouest, 415 p. [pp, 334 & 336]. — Christian Font, Henri Moizet, L’Aveyron et les Aveyronnais durant la 2e guerre mondiale, Rodez et Toulouse, CDDP Rodez, CDIHP Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 1995, 226 p. — Christian Font, Henri Moizet, Maquis et combats en Aveyron, Chronologie 1936-1945, Rodez & Toulouse, ONAC Aveyron, ANACR Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 2e édition, 2001, 412 p. [p. 269, pp. 362-364]. — Christian Font, Henri Moizet, Construire l’histoire de la Résistance. Aveyron 1944, Rodez & Toulouse, CDDP Rodez, CDHIP Rodez, CRDP Midi-Pyrénées, 1997, 343 p. [pp. 225-229, 240, 316]. — Henri Noguères (avec la collaboration de Marcel Degliame-Fouché), Histoire de la Résistance en France, tome 5, Au grand soleil de la Libération 1er juin 1944-15 mai 1945, Paris, Robert Laffont, 1981, 923 p. [p. 599-600]. — Mémorial du Rouergue en résistance, Rodez, ONAC, 1994, 118 p. [quatre pages (pp. 16-19) sur le monument de Sainte-Radegonde].

André Balent

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