Sous l’Occupation quarante-neuf résistants, pour la plupart marnais, ont été fusillés dans la Marne, après avoir été condamnés par un tribunal militaire allemand. Tous n’avaient pas été condamnés à mort. Certains qui avaient été condamnés à des peines de prison et de travaux forcés ont été par la suite fusillés, comme otages en représailles après des attentats contre des membres de l’armée allemande. Dans la plupart des cas, la sentence avait été prononcée par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne, devenue aujourd’hui Châlons-en-Champagne. Cependant, pour des raisons qui n’ont pu être élucidées, ont été fusillés dans la Marne en mai 1942 un Lorrain condamné par le tribunal militaire allemand FK 591 de Nancy, et en juillet 1944, trois Hauts-Marnais condamnés par le tribunal militaire allemand FK 769 de Chaumont.

Dans L’Éclaireur de l’Est
Le mur des fusillés de la Caserne Tirlet à Châlons
La Butte des fusillés à L’Épine
Les poteaux d’exécution
La plaque commémorative
La liste des fusillés
Panneau signalétique
La stèle de CDLR
Un lieu de commémoration
Le carré Ulmann du Cimetière de l’Est à Châlons
Clichés Husson
Les premières exécutions ont eu lieu entre septembre 1941 et janvier 1942, dans l’enceinte de la caserne Tirlet de Châlons :
- RERMAN Jean, né le 2 septembre 1903 à Jarville (Meurthe-et-Moselle), domicilié à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), condamné à trois ans de prison pour détention d’armes, fusillé comme otage le 24 septembre 1941, en représailles après des attentats contre des trains allemands ;
- TELLIER Marcel, né le 3 juin 1909 à Monceaux-l’Abbaye (Oise), domicilié à Anglure, condamné à mort pour détention et usage d’armes, fusillé le 18 novembre 1941 ;
- CHATTON Marcel, né le 18 décembre 1919 à Reims (Marne), domicilié à Reims, membre du Front national de lutte pour l’indépendance de la France, condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne pour distribution de tracts, fusillé le 23 décembre 1941 ;
- DARDENNE Georges, né le 19 décembre 1919 à Reims (Marne), domicilié à Reims, membre du Front national de lutte pour l’indépendance de la France, condamné aux travaux forcés à perpétuité par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne, fusillé comme otage le 13 janvier 1942 en représailles après un attentat commis contre un officier allemand à Dijon ;
- QUENTIN Édouard, né le 18 août à Reims (Marne), domicilié à Reims, membre du Front national de lutte pour l’indépendance de la France, condamné aux travaux forcés à perpétuité par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne, fusillé comme otage le 13 janvier 1942 en représailles après un attentat commis contre un officier allemand à Dijon.

Au cours des mois d’avril et de mai 1942, cinq condamnés à mort ont été fusillés au Stand de tir de Châlons, rue du général Sarrail :
- DORÉ Jacques, né le 7 juin 1906 à Champcevrais (Yonne), domicilié à Vitry-le-François (Marne), militant communiste, condamné à mort pour propagande anti-allemande par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne, fusillé le 29 avril 1942 ;
- HORENS René, cné le 29 octobre 1901 à Montblainville (Meuse), domicilié à Vienne-le-Château (Marne), condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne pour détention d’armes, fusillé le 1er mai 1942 ;
- VILLARD Raymond, né le 3 septembre 1915 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 591 de Nancy, transféré à la prison de Châlons-sur-Marne et fusillé comme otage le 9 mai 1942 ;
- VINCENT Lucien, né le 25 avril 1913 à Villadin (Aube), domicilié à Villadin, condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne pour détention illégale d’armes, fusillé le 14 mai 1942 ;
- BELHZARTZ Jean, né le 31 mars 1892 à Chéraute (Basses-Pyrénées) [Pyrénées-Atlantiques], condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne pour détention d’armes et de munitions, fusillé le 23 mai 1942.

De fin mai 1942 à fin juillet 1943, il n’y a pas eu d’exécutions dans la Marne.

À partir d’août 1943 et jusqu’en août 1944, les exécutions ont eu lieu sur un terrain militaire, au lieu-dit La Folie, situé sur le territoire de la commune de L’Épine, à quelques kilomètres seulement de Châlons-sur-Marne. Trente-huit condamnés y ont été fusillés, adossés à des poteaux d’exécution plantés au pied d’une butte de terre, le plus souvent pour actes de sabotages.
Le 5 août 1943 :
- MARTIN Jean, Auguste, né le 7 mars 1910 à Saint-Rémy (Saône-et-Loire), membre du Front national de lutte pour l’indépendance de la France et des FTPF, condamné à mort par le tribunal militaire FK 531 de Châlons-sur-Marne pour détention d’armes et activité communiste ;
- GAVART Raymond, né le 2 février 1933 à Bar-le-Duc (Meuse), membre des FTPF, condamné à mort par le tribunal militaire FK 531 de Châlons-sur-Marne pour détention d’armes et activité communiste.

Le 19 février 1944, quinze résistants, membres du groupe FTPF de Saint-Martin d’Ablois (Marne) ou membres d’autres groupes FFI ayant participé à des actions avec le groupe de Saint-Martin d’Ablois, condamnés à mort le 16 février 1944 par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne pour attentats contre du matériel ferroviaire, ont été fusillés parfois seuls, parfois par groupe de deux, entre 7 heures 52 et 9 heures :
- TESSIER André, né le 30 novembre 1922 à Épernay, domicilié à Pierry ;
- DESTREZ Michel, né le 7 juillet 1923 à Saint-Martin d’Ablois, domicilié dans cette commune ;
- SOYEUX Marcel, né le 6 janvier 1921, à Saint-Martin d’Ablois, domicilié dans cette commune ;
- DUCOS Julien, né le 3 septembre 1920 à Saint-Martin d’Ablois, domicilié dans cette commune ;
- SPECKAERT Henri, né le 6 juin 1920 à Dieppe (Seine-Inférieure) [Seine-Maritime], domicilié à Paris ;
- SONDAG Roger,, né le 21 novembre 1921 à La Villa d’Ay [Ay-Champagne] (Marne), domicilié à Ay ;
- CHUQUET Maurice, né le 16 décembre 1920 à Argenteuil (Val d’Oise), domicilié à Argenteuil ;
- LECOMTE James, né le 30 janvier 1926 à Épernay, domicilié à Épernay ;
- CAGNEAUX Gilbert, né à Condé-lès-Herpy (Ardennes), domicilié à Magenta (Marne ;
- BAUDRY Robert, né le 31 décembre 1920 à Saint-Florentin (Yonne), domicilié à Saint-Martin-sur-le-Pré (Marne) ;
- SOUDANT Camille, né le 30 octobre 1922 à Coublanc (Saône-et-Loire), domicilié à Athis (Marne) ;
- GOUTMANN Jean, né le 23 mai 1922 à Gray (Haute-Saône), domicilié à Montigny-les-Monts (Aube) ;
- LAÎNÉ Georges, né le 19 mars 1923 à Meilleray (Seine-et-Marne), domicilié à Broyes (Marne) ;
- VANSEVEREN Louis, né le 10 octobre 1919 à Fagnières (Marne), domicilié à Recy (Marne ;
- ROCHET Émile, né le 30 juin 1908 à Mourmelon-le-Petit (Marne), domicilié à Recy (Marne).

Le 22 mars 1944 :
- HERR René, né le 15 août 1915 à Épernay (Marne), domicilié à Épernay, CDLR-FFI condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne pour actes de franc-tireur par usage d’explosifs » ;
- LEROY Léon, né le 15 octobre 1918 à Épernay (Marne), domicilié à Épernay, CDLR-FFI condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne pour actes de franc-tireur par usage d’explosifs ».

Le 20 avril 1944 :
- REMY Bernard, né le 10 février 1910 à Châlons-sur-Marne [Châlons-en-Champagne] (Marne), FTPF condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne pour participation à des sabotages.

Le 6 mai 1944 à 7 heures du matin, cinq membres du groupe CDLR-BOA de Châlons-sur-Marne par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne, condamnés à mort le 24 avril 1944 par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne pour appartenance à un groupe de résistance et de participation à des attentats contre des voies ferrées :
- BERTIN Marcel, né le 25 juin 1905 à Romagne-sous-les-Côtes (Meuse), domicilié à Loisy-sur-Marne (Marne) ;
- CLÉMENT Robert, né le 4 février 1907 à Épernay (Marne), domicilié à Pogny (Marne) ;
- FLEURY Roger, né le 3 juillet 1920 à Châlons-sur-Marne, domicilié à Châlons-syr-Marne ;
- ROBINOT Charles, né le 11 mai 1911 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), domicilié à Châlons-syr-Marne.
- TRITANT Robert, né le 20 mai 1903 à Puisieulx (Marne), domicilié à Châlons-sur-Marne, chef du Groupe CDLR-BOA de l’arrondissement de Châlons.

Le 6 juin 1944 dans la soirée, sept Rémois, pour la plupart membres des FTPF, condamnés à mort le jour même par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne :
- BRÉMONT René, né le 20 janvier 1914 à Dijon (Côte d’Or), domicilié à Dijon, membre des FTPF ;
- CHEVAL Marcel, né le 20 janvier 1913 à Fère-en-Tardenois (Aisne), domicilié à Reims, membre du réseau Action-Vengeance ;
- KERGER Roger, né le 16 mai 1922 à Reims (Marne), domicilié à Reims (Marne), membre des FTPF ;
- MATHIEU Raoul, né le 21 avril 1893 à Fère Champenoise (Marne), domicilié à Reims, membres des FTPF ;
- MONAUX Georges, né le 13 avril 1908 à Reims (Marne), domicilié à Reims (Marne) ;
- MORET Roland, né le 13 mai 1917 à Asnières-sous-Bois (Yonne), domicilié à Paris, capitaine FTPF ;
- TASSERIT Charles, né le 25 août 1897 à Reims (Marne), domicilié à Reims (Marne).

Le 4 juillet 1944, trois Hauts-Marnais condamnés à mort le matin par le tribunal militaire allemand FK 769 de Chaumont et immédiatement transférés dans la Marne pour y être fusillés :
- LIEGEY Raymond, né le 14 septembre 1918 à Melay (Haute-Marne), domicilié à Melay ;
- RENAUD Albert, né le 2 novembre 1917 à Melay (Haute-Marne), domicilié à Melay ;
- RENAUD Gaston, né le 29 avril 1911 à Melay (Haute-Marne), domicilié à Rosières-sur-Mance (Haute-Saône) ;

Le 5 août 1944 :
- BONNOT Lucien, né le 26 novembre 1913 à Pouan-les-Vallées (Aube), domicilié à Anglure (Marne), membres du Front national de lutte pour l’indépendance de la France, condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne pour avoir porté assistance à des aviateurs américains ;
- BOUCHÉ Pierre, né le 15 mars 1902 à Vertus (Marne), doimicilié à Épernat (Marne), FFI condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne ;
- ESCUDIÉ Pierre ,né le 13 mars 1921 à Vincennes (Seine), domicilié à Épernay (Marne), FFI condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne.

Selon l’abbé Pierre Gillet qui fut le compagnon de cellule de Lucien Bonnot, les condamnés pouvaient recevoir un aumônier de la Wehrmacht et écrire une dernière lettre à leur famille. Puis ils étaient conduits en camionnette de la prison de Châlons au terrain de la Folie, assis sur leurs cercueils.
Les fusillés ont d’abord été inhumés sur place, dans l’enceinte de la caserne Tirlet, puis dans le Cimetière de l’Est de Châlons. Après la guerre, la plupart d’entre eux ont été exhumés et ré inhumés dans leurs communes respectives, à l’exception de Jean Belhartz, Jean Goutmann, René Horens, Albert Renaud, Gaston Renaud et Marcel Tellier dont les corps n’ont pas été réclamés par leurs familles, et qui reposent encore aujourd’hui dans le Carré Ulmann du Cimetière de l’Est de Châlons-en-Champagne.
Le 6 octobre 1944, une dizaine de corps de FTPF appartenant presque tous au groupe de Saint-Martin d’Ablois ont été exhumés et présentés à Épernay place Hugues-Plomb à la population venue leur rendre hommage, avant d’être ré inhumés dans les sépultures familiales de leurs communes respectives.
Après la guerre, le site de L’Épine est devenu un lieu de mémoire désigné sous le nom de « Butte des fusillés », qui associe le souvenir des fusillés de Châlons-sur-Marne à celui des fusillés de L’Épine. Ce lieu de mémoire est d’accès difficile, parce qu’il est toujours situé dans le périmètre d’un terrain militaire. On y accède depuis Châlons-en-Champagne par la rue du Camp d’Attila et le Chemin de Melette.
Devant quatre poteaux d’exécution a été dressée une stèle primitivement érigée devant le mur des fusillés de la caserne Tirlet, qui porte l’inscription :
« Ici les Allemands ont fusillé des patriotes français. Soldat souviens-toi ! ».
Une autre stèle a été érigée par les anciens de Ceux de la Résistance (CDLR) qui porte à l’arrière l’inscription presque totalement effacée :
« Passant découvre-toi ! Ici des patriotes sont morts fusillés par les Allemands pour la France et pour la Liberté ».
Depuis 2010, un panneau signalétique balise l’entrée du chemin qui permet d’accéder à la Butte des fusillés où le site a été réaménagé et clôturé. Un panneau d’information et une plaque commémorative sur laquelle sont inscrits les noms des 49 fusillés indiquant la date de leur exécution et leur âge, ont été érigés qui comportent quelques erreurs : Jean Belhartz et non pas Belhatz ; Raymond Gavart et non pas Gavard ; Roger Kerger et non pas Charles ; Georges Monaux et non pas Moneaux ; Henri Speckaert et non pas Speechart ; Jacques Doré a été fusillé le 29 avril 1942 et non pas le 1er mai.
Pour commémorer l’exécution en ce lieu le 6 mai 1944 de cinq membres du groupe CDLR de Châlons, les anciens résistants et déportés entourés de leurs familles s’y rassemblent avec émotion chaque année, le 6 mai à 7 heures du matin, pour honorer la mémoire de tous les fusillés.
Oeuvres

Dans le département de la Marne, les lieux d’exécution après condamnation par un tribunal militaire allemand ont été successivement la caserne Tirlet, puis le Stand de tir à Châlons-sur-Marne et, à partir d’août 1943, le terrain de « La Folie » à L’Épine près de Châlons qui est devenu le lieu de mémoire des fusillés dans ce département.

Sources

SOURCES : Arch. Dép. Marne, M 4774, fusillés ou exécutés par les Allemands, liste dressée à la demande du ministère de l’Intérieur en octobre 1944. – Pierre Gillet, " Châlons sous la botte-Souvenirs de la Résistance à Châlons-sur-Marne et dans l’arrondissement 1940-1945 ", Cahiers châlonnais, n° 3, Châlons-sur-Marne, 1983. – Jean-Pierre Husson, " La Butte des fusillés de L’Épine ", site Internet « Histoire et mémoires » du CRDP de Champagne-Ardenne 2000-2010. – Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, dévédérom, AERI-Département de la Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2013.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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