Dans le cadre d’une action de "nettoyage" des maquis (FTPF et AGE) du Canigou (Pyrénées-Orientales), les Allemands organisèrent une opération conjointe avec les Francs-gardes de la Milice des Pyrénées-Orientales et de l’Aude. Le village de Valmanya a été incendié et détruit. Les quatre habitants qui étaient restés chez eux furent assassinés. Un des chefs du maquis, blessé puis torturé, fut exécuté. Le corps d’un maquisard FTPF ne fut pas retrouvé.

Le village de Valmanya depuis la route descendant du col Palomera
photographie André Balent, 1er mars 2015
La "grotte" de Valmanya, monument en l’honneur des victimes de l’attaque des Allemands et de la Milice des 1-3 août 1944 et des déportés du village
photographie André Balent 1er mars 2015
Valmanya, une des plaques commémoratives de la "grotte"
photographie André Balent, 1er mars 2015
Valmanya, une autre plaque commémorative de la "grotte" de Valmanya
Photographie André Balent, 1er mars 2015
Dans le cadre d’opérations de « sécurisation » de zones stratégiques nécessaires à la poursuite de la bataille de Normandie et à l’attente du débarquement annoncé en Méditerranée, les forces allemandes épaulées parfois par les francs-gardes de la Milice entreprirent un nettoyage systématique des abcès de fixation que constituaient les maquis. Dans le cas du massif du Canigou où étaient installés trois maquis : FTPF, maquis « Henri-Barbusse » (Voir Panchot Julien) ; de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles, (Voir Gandia Lorenzo Rafael) ; de la résistance cérétane [de Céret] unifiée (« maquis 44 » commun aux FTPF et à l’AS du Vallespir) [Voir Mau Pierre], les Allemands n’avaient pas oublié l’action conjointe des deux maquis FTPF (Henri-Barbusse) et AGE du 29 juillet 1944 (occupation momentanée de Prades, ville sous-préfecture du Conflent).
Une action combinée (1-3 août 1944) regroupa, d’une part des forces allemandes du Heer (Armée) et de la Douane militarisée qui attaquèrent depuis le nord, en remontant la vallée de Lentilla, le village de Valmanya coupable de complicités avec les deux maquis et, d’autre part trois trentaines de francs gardes de la Milice, deux des Pyrénées-Orientales et une de l’Aude, commandées par le chef René Tesseyre qui attaquèrent depuis l’Est. Les miliciens acheminés en autobus arrivèrent au village de la Bastide où ils fusillèrent sommairement (2 août) trois guerrilleros de l’AGE (Voir : Lieu d’exécution de La Bastide (Pyrénées-Orientales)) dont peut-être, un seul aurait été réellement membre de ce groupe armé, les deux autres ayant été des victimes civiles. Ils franchirent ensuite le col Palomera afin d’effectuer leur jonction à Valmanya. Les maquisards (FTPF et AGE réunis) firent face aux assaillants et protègèrent en premier lieu la population du village menacée de représailles.
La population de Valmanya fut prévenue par téléphone depuis la commune située en aval, Baillestavy. La colonne allemande fut par ailleurs ralentie entre les deux villages par l’action d’éléments déterminés et combatifs de l’AGE commandés par Manuel Galiano Gracia. La plupart des habitants de Valmanya s’enfuirent dans la montagne ce qui leur permit d’échapper au massacre. Une femme, Mme Arquer, réussit à se cacher près du village et assista au pillage (par les miliciens) puis à la destruction des maisons, à leur incendie, à celle de l’outillage, en particulier agricole ; à l’abattage du bétail. Un viol fut commis par un groupe d’assaillants dans un mas isolé : René Horte président du CLL de Valmanya précisa dans un rapport rédigé à l’intention du CDL le 9 novembre 1944 que la victime fut finalement épargnée et eut la vie sauve. Elle était enceinte et fut la proie de quatorze hommes.
Les miliciens vendirent une partie de leur butin à Vinça (un bourg du Bas-Conflent, près de la confluence entre la Lentilla et la Têt) où certains des habitants de Valmanya retrouvèrent certains de leurs biens spoliés. Plusieurs témoignages attestent ce fait.
Jacques Romeu alias « Matot » et Pierre Beaux alias « Guillot » pensaient qu’étant trop vieux il ne leur serait rien fait. Il en fut de même de deux ouvriers agricoles espagnols, Emeterio Barrena et Josep Gimeno. Tous les quatre furent torturés puis abattus sur place : par les Allemands ainsi que l’a consigné la version communément admise ? Ou par des miliciens ainsi que semblent le corroborer des témoignages postérieurs ? Ils furent roués de coups, mutilés, et eurent les ongles et cheveux arrachés. Leurs corps furent abandonnés pendant huit jours sur la chaussée et furent enterrés à l’issue de funérailles sommaires par un groupe de résistants venus effectuer constater l’état des destructions subies par le village martyr.
Le maquis « Henri-Barbusse » se replia en bon ordre vers le haut de la vallée afin de se disperser. Des éléments parmi lesquels Julien Panchot couvraient la retraite des maquisards. Blessé, Panchot fut capturé par les Allemands qui, après l’avoir torturé, l’exécutèrent contre le mur d’un bâtiment de la mine de fer de la Pinosa qui avait servi de base au maquis Henri-Barbusse. Le résistant de Valmanya, René Horte président du CLL, précisa dans son rapport du 9 novembre rédigé à l’intention du CDL des Pyrénées-Orientales que Panchot eut les cheveux, les ongles et les yeux arrachés et que, incapable de se tenir debout, il fut fusillé assis. On peut toujours voir l’impact des balles sur le mur. Une plaque y a été apposée qui rappelle les circonstances tragiques de son exécution.
Un maquisard des FTPF, François Cabaussel, qui participa aux combats de Valmanya fut porté disparu et reconnu mort en 1956.
Une plaque installée dans une « grotte », près de Valmanya, commémore l’attaque du village, sa destruction, les quatre exécutions (2-3 août 1944) ainsi que les déportés pour faits de résistance. Les noms de Julien Panchot et de François Cabaussel y figurent également.
Furent donc exécutés à Valmanya :
- quatre civils assassinés vraisemblablement par la Milice,
- deux maquisards FTPF, dont un cadre communiste, exécuté par les Allemands et un autre maquisard abattu (ou tué au combat ?) par les Allemands.
BARRENA Emeterio
BEAUX Pierre
ROMEU Jacques
GIMENO Josep
PANCHOT Julien
CABAUSSEL François
Sources

SOURCES : Arch. com. Valmanya, rapport de René Horte, président du CLL rédigé à l’intention du CDL, 9 novembre 1944. — Arch. privées André Balent, copie d’un tapuscrit autobiographique, Biographie et rapport sur la Résistance de Rius Sébastien alias « Constantin » Numéro matricule 40014, 17 p., s. d. [années 1980] ; Camille Fourquet, Le Roussillon sous la botte nazie, copie d’un tapuscrit inédit [1965]. — Rosemary Bailey, Love and War in the Pyrenees. A story of Courage, Fear and Hope, 1939-1944, Londres, Phoenix, 2009, 340 p., 1er édition 2008, Londres, Weidenfeld & Nicholson, 2008. — Ramon Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II a, Els Alemanys fa (pas massa) … temps, Prades, Terra Nostra, 1996. — Ramon Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, De la Résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994 ; « Le Canigou dans la Seconde Guerre mondiale », in Marie-Édith Brejon de Lavergnée, Jean-Pierre Bobo, Gérard Soutadé (dir.), Le Canigou, 1896-1996, actes du colloque de Perpignan (1996), Perpignan, Archives départementales, 1997, p. 291-317 — Miguel Angel Sanz, Luchando en tierras de Francia. La participación de los españoles en la Resistència, préface de Jean Cassou, Madrid, Ediciones de la Torre, 1980, 254 p. — Nombreux témoignages oraux.

André Balent

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