Dix-neuf (?) fusillés sommaires (et/ou explosés ?) par les Allemands au dépôt de munitions du parc du château de Baudrigues (commune de Roullens (Aude). Parmi les restes humains retrouvés, ceux de deux femmes. Treize victimes, des résistants, ont été identifiées : sept de l’Aude ; cinq transférées depuis Perpignan (Pyrénées-Orientales) à Carcassonne parmi lesquelles trois domiciliées dans les Pyrénées-Orientales, une des Hautes-Pyrénées arrêtée dans les Pyrénées-Orientales transférée depuis Perpignan à Carcassonne et une née dans l’Hérault arrêtée et détenue dans les Pyrénées-Orientales ; une de l’Hérault, une femme, juive, arrêtée à Béziers pour actes de résistance dans un mouvement (ou réseau) non connu.

Le parc du château de Baudrigues (Roullens, Aude) après les explosions du 19 août 1944
Cliché extrait du livre de Roger Lair, Claude Rivals, André Roou, op. cit., p. 114
Baudrigues, stèle érigée à la mémoire de Jean Bringer (Inscription : "Ici a été relevé le corps de Jean Bringer Myriel le 22 août 1944"
Cliché André Balent, 10 novembre 2015
Baudrigues, Monument commémorant Jean Bringer (à droite) et les victimes — liste incomplète (2015) — des victimes exécutées le 19 août 1944
Cliché André Balent, 10 novembre 2015
Baudrigues, stèle aux exécutés du 19 août 1944 (tous les noms ne figurent pas sur le monument)
Inscription sur la stèle : "Ici ont été relevés les corps de 19 martyrs de la barbarie nazie août 1944"
Noms (1e colonne) : Bertrand Gilbert René Eugène, Bronson Joseph Jacques, Juste Léon, André Gros, Suzanne Last (dernier nom inscrit)
Noms (2e colonne) : Hiot Jean Antoine, Roquefort Pierre Joseph, Sévajols Maurice
Photographie : André Balent, 10 novembre 2015
"Baudrigues", orthographe utilisée dans les documents de 1944 où l’on parle volontiers de "campagne de Baudrigues". Depuis, l’orthographe "Baudrigue" s’est imposée.
Évoquant le massacre de Baudrigues, Lucien Maury, historien de la résistance audoise, signale qu’il eut lieu le 19 août 1944 (et non le 18 comme l’indiquent d’autres sources, y compris des actes d’état civil de fusillés comme celui de Simon Batlle, FTPF des Pyrénées-Orientales). D’ailleurs, c’est le 19 août que l’on commémore chaque année le souvenir des victimes du massacre de Baudrigues.
Le 19 août 1944, les Allemands, avant d’évacuer Carcassonne, procédèrent à quelques sabotages et destructions dans divers points de l’agglomération. Selon les premières interprétations répandues après la Libération, les Allemands auraient eu le projet d’exécuter vingt otages, à savoir des détenus de la prison de Carcassonne, en représailles aux actions de la Résistance. Mais dans son article publié en 2015 (op. cit., p. 147), Jean-Louis Bonnet a révélé que dans une "note de l’autorité allemande [dictée à la dactylo par Eckffelner, chef de la SIPO-SD de Carcassonne il était stipulé que], les détenus susceptibles d’être déportés dans des camps de concentration de troisième degré, c’est à dire les plus rigoureux, et qui n’auraient pu être envoyés à Compiègne, doivent être exécutés sur place". Pour sa part, lors d’un interrogatoire pendant son procès en 1945 (archives consultées par Jean-Louis H. Bonnet) René Bach, agent de la SIPO-SD de Carcassonne impliqué dans la traque des résistants du département déclara : "Quant à ceux qui ont été exécutés, je ne puis vous dire pour quelles raisons ils l’ont été, ils ont dû être considérés comme susceptibles d’être envoyés dans un camp de troisième catégorie, ou comme dangereux pour la sécurité allemande en cas de libération. Peut-être même que le colonel de Montpellier avait déjà classé les détenus dans les diverses catégories de camps en vue d’un envoi hors Carcassonne. J’ignore si le colonel du S.D. de Montpellier avait procédé à cette classification. C’est lui qui désignait les catégories des camps sur proposition du chef de la Police allemande de Carcassonne."
Un détenu de la maison d’arrêt de Carcassonne, André Biaud (1918-2000), a laissé un témoignage écrit où il raconta les péripéties de sa détention (et de celle de sa femme). Ce texte permet de reconstituer les événements qu’il vécut du 15 au 19 août inclus : l’incarcération à la prison de la citadelle de Perpignan occupée par les Allemands ; le voyage bien gardé par des soldats et des policiers allemands depuis la citadelle de Perpignan jusqu’à la maison d’arrêt de Carcassonne dans un autobus de trente places — faisant habituellement la ligne de Perpignan à Quillan d’après André Biaud ou celle de Lézignan à Carcassonne selon d’autres sources – ; le séjour dans des geôles carcassonnaises contrôlées également par la SIPO-SD ; les tortures qu’il subit ; l’explosion du dépôt de munitions de Baudrigues ; sa libération et celle de sa femme. Domicilié à Maureillas (Pyrénées-Orientales), Biaud était l’agent d’un réseau qui avait été démantelé par la police allemande et dont l’animateur local, l’instituteur Laurent Pianelli avait été le premier à avoir été arrêté pendant la nuit du 21 au 22 juin, avant d’être déporté. Biaud et sa femme avaient été arrêtés à leur tour le 22 juillet 1944. D’après le témoignage d’André Biaud, il y avait, à la maison d’arrêt de Carcassonne une cinquantaine de résistants arrêtés qui y étaient incarcérés, parmi lesquels ceux qui avaient été transférés depuis Perpignan dans l’autobus qui avait effectué le voyage le 17 août entre Perpignan et Carcassonne : André Biaud, sa femme, Simon Batlle (dont il transforme le patronyme en "Baills"), Maurice Sévajols, André Torrent, René Avignon, Jacques Bronson. Biaud considérait que ces cinq hommes et lui faisaient partie des "six cas graves" parmi les détenus à la prison allemande de la citadelle de Perpignan. Il estimait que les autres détenus, dont sa femme, étaient "déportables".
À Carcassonne les détenus provenant de Perpignan partagèrent leur sort avec des Audois, formant un groupe hétérogène de résistants de diverses provenances et exerçant ou non des responsabilités importantes dans la Résistance départementale. Ils avaient tous un point commun, ils avaient été arrêtés dans les jours ou les semaines précédentes, jamais avant l’été.
Nous savons aussi, par une liste établie aux lendemains de la Libération parmi les détenus de la maison d’arrêt qui étaient connus d’un prisonnier résistant carcassonnais, le Dr. Émile Delteil, qu’il y avait aussi six Héraultais, trois domiciliés à Béziers, et trois autres résidant respectivement à Sète, Bédarieux et le Bousquet d’Orb. Mais aucun de ces derniers ne furent pris parmi les otages destinés à être fusillés à Roullens. Se rajoutait aux précédents un prisonnier domicilié à Lyon (Rhône).
La "liste de personnes détenues à la maison d’arrêt de Carcassonne avec le docteur Delteil" établie sans doute par la gendarmerie après la Libération comprend, parmi les vingt et une qui y figurent, onze personnes résidant dans diverses localités des Pyrénées-Orientales. À l’exception des prisonniers venant de Perpignan qui furent fusillés à Baudrigues, elles furent libérées le 19 août par les Allemands, avec des Audois, les Héraultais et le Lyonnais et prises en charge par la Croix rouge française. Pour sa part, l’historien carcassonnais Jean-Louis Bonnet donne (op.cit., p. 147, pp. 150-152) quelques noms supplémentaires de détenus venant de Pau (Basses-Pyrénées) et de Nice (Alpes-Maritimes). Faisant la synthèse de plusieurs sources (qui inclut la " liste du docteur Delteil"), et incluant les quatorze détenus dont on sait de façon sûre qu’ils ont été exécutés à Baudrigues, il en dénombre cinquante-huit dont sept femmes. Mais il nous semble que, parmi ceux qu’il comptabilise : Gineste Marin est sans doute la même personne que Marin Geneste ; Joseph Co et Joseph Lo se confondent selon toute vraisemblance. Dans ce cas, le nombre des détenus serait donc de cinquante-six.
Le colonel Dischler, commandant de la place de Carcassonne fut le maître d’œuvre des actions contre les résistants, ceux qui étaient détenus à la maison d’arrêt en premier lieu. Le 19 août à 11 heures du matin, vingt résistants enfermés à la maison d’arrêt de Carcassonne en furent extraits. Le 19 août 1944, le préfet de l’Aude avait dépêché un négociateur auprès de l’adjoint de la SIPO-SD, Oskar Schiffner (né en 1909) afin d’obtenir la libération de ces otages, au même titre que les autres prisonniers, avant le départ des forces allemandes. Schiffner n’accepta de libérer que le docteur Émile Delteil, chirurgien, propriétaire de la clinique du Bastion (Carcassonne) qu’il « graciait » pour avoir accepté de soigner des soldats allemands (un des motifs de son arrestation était d’avoir pris en charge des résistants blessés). Les détenus furent transportés dans un fourgon cellulaire au domaine de Baudrigues (commune de Roullens, 6 km au sud de Carcassonne dont elle est limitrophe) où les forces d’occupation avaient installé un dépôt de munitions (obus d’artillerie et torpilles pour l’aviation de bombardement). De l’extérieur, des témoins virent Jean Bringer et Aimé Ramond (qu’ils connaissaient) dans le fourgon cellulaire. Des dispositions avaient déjà été prises afin de provoquer l’explosion du dépôt et les occupants du domaine (parmi lesquels Henri Cambon le régisseur et son fils Alphonse) ont expliqué, après le drame, que les Allemands leur avaient demandé de quitter les lieux. Ce fut le capitaine Georg Reinhardt, de la Kommandantur, officier très lié à la Siecherheitspolizei, connu pour ses attitudes expéditives dans la mise en œuvre des exécutions, qui, en l’absence d’officiers supérieurs, organisa la tuerie de Baudrigues. L’Oberfeldwebel (adjudant-chef) Karl Bauger, présent à Baudrigues, fut chargé, dans la perspective de l’abandon de la place de Carcassonne par les forces allemandes, d’exécuter l’ordre de destruction du dépôt de munitions. Les chefs artificiers Fritz Ballaenger et Fritz Dierkes chargés de miner le dépôt et le château, aidèrent à l’exécution des résistants. Les jours précédents, ces deux hommes, connus pour leur cruauté, avaient participé avec zèle à la répression des forces résistantes. Dans la vallée de l’Aude entre Limoux et Couiza, Ballaenger, "nazi redoutable" s’était livré à des actes de torture.
D’après les premières versions, les dix-neuf détenus furent attachés à des arbres et, semble-t-il, fusillés (des témoins auraient assisté aux fusillades) ainsi que l’écrivirent plusieurs auteurs dont Lucien Maury (op. cit.) et comme le précisent les actes de décès de Simon Batlle et d’autres détenus. Quatre gendarmes de Carcassonne ont enquêté sur les lieux le 26 août 1944 et ont consigné les déclarations de plusieurs témoins. Leur rapport, rédigé le 28 août, indique que deux des neuf corps retrouvés après l’explosion (ceux de Ramond et de Bringer furent relevés le 22 août) furent identifiés le 25 août par le docteur Delteil détenu avec les victimes dans la maison d’arrêt de Carcassonne. Ils constatèrent aussi que d’examen des corps d’un homme et d’une femme semblait prouver qu’ils avaient été fusillés. Le corps de l’homme présentait sept points d’impact de balles dans le dos. Deux ou trois points d’impacts de balles sur la poitrine semblait suggérer qu’elle avait été fusillée de face. Mais, comme certains ont pu le déclarer, des suppliciés explosèrent peut-être directement après avoir été attachés sur des stocks de munitions reliés aux détonateurs. Roger Lair, Claude Rival et André Roou (op. cit., p. 119) ont formulé l’hypothèse que, au lieu de les fusiller, dans leur hâte, les bourreaux leur auraient placé un détonateur dans la bouche. En effet on n’a retrouvé aucune des têtes des victimes. Mais le rapport de gendarmerie laisse peu de doute sur le fait qu’ils furent d’abord fusillés puis que leurs corps furent déposés sur des munitions qui explosèrent. Toutefois, des témoins (le régisseur Henri Cambon en premier lieu) déclarèrent ne pas avoir entendu des tirs d’armes à feu avant les explosions. En tout état de cause, les Allemands firent sauter le dépôt de Baudrigues et on ne retrouva que des débris de corps humains.
Neuf suppliciés furent initialement retrouvés. Le docteur Delteil, épargné par la SIPO, procéda, le 25 août, aux autopsies des restes et n’en reconnut qu’un seul, celui d’une victime dont l’abdomen était partagé en trois et sur lequel il avait pratiqué une opération le 5 août 1943. Julien Allaux a voulu savoir combien il y avait eu de victimes et entama des recherches afin de donner un nom à celles qui n’avaient pas été identifiées. Il apporta des réponses partielles. Seule une victime (Suzanne Last) fut identifiée après la publication du livre de Lair, Rivals et Roou). Après leurs recherches, Julien Allaux et Jean-Louis Bonnet s’en tinrent au chiffre de quatorze victimes, les treize formellement identifiées et une femme anonyme dont les restes furent distingués comme tels peu après l’explosion, lors des premières enquêtes.
Trois exécutés furent identifiés après enquête de la gendarmerie, deux dès le 25 août, le troisième plusieurs jours après :
- Jean Bringer alias « Myriel » chef de l’AS de l’Aude puis chef départemental des FFI, grâce à sa chevalière (alliance) reconnue par sa femme ;
- Aimé Ramond, fonctionnaire de police, l’un des animateurs du NAP de l’Aude. Le docteur Delteil, son compagnon de captivité à la maison d’arrêt de Carcassonne, présent sur les lieux après l’explosion, reconnut la blessure pour laquelle il l’avait opéré le 5 août 1943 dans sa clinique carcassonnaise du Bastion. Des collègues, le commissaire de police Marc Fra et trois gardiens de la paix reconnurent un lambeau de sa nuque frisée et son ancienne opération chirurgicale ;
- Maurice Sévajols de Perpignan, de l’ORA des Pyrénées-Orientales, fut le troisième à pouvoir être reconnu, selon Le Républicain, après Jean Bringer chef de l’AS et des FFI de l’Aude et Aimé Ramond, du NAP de l’Aude. Ce fut son collaborateur perpignanais, l’adjudant-chef de l’Air, Cavailler qui reconnut formellement l’une de ses chaussures et des lambeaux de son costume.
Le 28 août 1944, après la venue d’artificiers de Montpellier (Hérault), la gendarmerie a conclu, dans son rapport, que, après l’examen de sa chemise, un homme avait vraisemblablement "été fusillé dans le dos" alors que la combinaison d’une femme indiquait "au contraire que cette dernière a été fusillée de face".
Des neuf retrouvés entre le 21 et le 28 août, quatre furent ultérieurement identifiés après les trois premiers à qui l’on put mettre un nom le premier jour :
- Pierre Roquefort, du maquis Armagnac de Trassanel, frère de Félix Roquefort grâce à des morceaux de blouson reconnus par celui-ci ;
- Gilbert Bertrand, du Corps franc de la Montagne Noire puis du maquis de Trassanel ;
- Jean Hiot, du maquis de Trassanel ;
- Léon Juste, du maquis de Trassanel.
À partir de 1948, leurs actes décès furent transcrits sur les registres de l’état civil de Roullens.
On ne put mettre un nom sur les corps des deux femmes identifiées comme telles le 28 août.
On ne put poursuivre dans l’immédiat la recherche des corps car des munitions n’avaient pas encore explosé. Toutefois, le régisseur de Baudrigues, Henri Cambon, récupéra, dans les mois qui suivirent, les débris humains qu’il plaça dans plusieurs bières. D’après le témoignage de Félix Roquefort recueilli par Lucien Maury, il en fut retrouvé pendant plus de deux ans sur un rayon de trois cents mètres. Le 5 mai 1945, toutefois, un juge d’instruction accompagné d’un médecin a pu mettre à jour d’autres corps dont certains purent être identifiés au fil des ans, quelquefois seulement après les recherches de Julien Allaux : Simon Batlle de Céret (Pyrénées-Orientales) ; René Avignon de Montpellier (Hérault), arrêté à Perpignan ; Jacques Bronson, de Saint-Pé (Hautes-Pyrénées), résistant bigourdan (réseau "Andalousie" du BCRA) arrêté à Perpignan ; André Gros, un communiste charentais du maquis FTPF de Salvezines (Aude) ; André Torrent, de Saint-Hippolyte (Pyrénées-Orientales), résistant (maquisard, sans doute FTPF) dans son département où il fut arrêté. Beaucoup plus tard, dans les années 1990, grâce aux travaux de Julien Allaux, on put mettre un nom (Suzanne Last) sur l’une des deux femmes. Suzanne Last, arrêtée à Béziers le 10 août 1944, fut transférée à la maison d’arrêt de Carcassonne. Les restes de Bronson avaient été reconnus par Jean Capdeville (de Lourdes, Hautes-Pyrénées), sa mère et sa tante, en particulier grâce à une chaussure dont le ressemelage, effectué par un cordonnier de Saint-Pé-en-Bigorre, la singularisait parfaitement.
Initialement, sept des victimes ont eu leur décès enregistré à l’état civil de Roullens : Gilbert Bertrand, Jean Bringer, Jacques Bronson/Bronzon, Maurice Sévajols, Jean Hiot, Léon Juste et Pierre Roquefort. Les décès de trois autres furent à tort enregistrées à l’état civil de Carcassonne : Simon Batlle, (18 août), André Gros et Aimé Ramond (19 août). On n’a retrouvé aucune mention de décès de René Avignon sur les registres de l’état civil de Roullens et de Montpellier. André Torrent a été déclaré mort en Allemagne (sans indication de lieu) le 1er septembre 1944 par jugement du tribunal de Perpignan (8 juin 1950). Son acte de décès fut transcrit sur les registres d’état civil de Saint-Hippolyte (Pyrénées-Orientales), sa commune de résidence avant son arrestation, et de Maury (Pyrénées-Orientales) commune où il était né (mention marginale à son acte de naissance). Ce fut grâce à l’opiniâtreté de sa fille, Monique Salzmann, et aux démarches d’Ange Ayora, secrétaire de l’association des déportés, internés, résistants et patriotes de l’Aude qu’il fut reconnu en 1999 que Suzanne Last avait été assassinée à Baudrigues.
Cinq des victimes étaient des résistants des Pyrénées-Orientales ou qui, venant d’ailleurs, avaient été arrêtées à Perpignan : Simon Batlle, communiste et FTPF (du maquis Henri-Barbusse du Canigou, Pyrénées-Orientales), transféré à Carcassonne après le 10 juillet, Maurice Sévajols (de l’ORA des Pyrénées-Orientales) transféré de Perpignan à Carcassonne le 17 août. Les autres, du moins parmi ceux qui furent identifiés, étaient :
- l’un, de façon certaine, actif dans la Résistance des Pyrénées-Orientales ( André Torrent) ;
- l’autre vraisemblablement actif dans les Pyrénées-Orientales ou, peut-être, de passage dans ce département (René Avignon) ;
- ou encore, arrêté le 7 août 1944 à Perpignan alors qu’il venait à peine d’y arriver (Jacques Bronson) et qu’il effectuait une mission de transport de courrier entre Pau (Basses-Pyrénées) et le chef-lieu des Pyrénées-Orientales.
En ce qui concerne les deux femmes exécutées, il a été dit par des résistants détenus avec elles à la maison d’arrêt de Carcassonne qu’elles étaient « israélites », ce qui s’est avéré exact pour Suzanne Last. Celle-ci, Roumaine d’origine, infirmière à Béziers était résistante de l’Hérault ; mais on ignore dans quel mouvement ou réseau elle fut active.
Dans les vestiges du parc du château de Baudrigues, trois stèles rappellent le souvenir du massacre. Les noms de Jean Bringer et d’Aimé Ramond figurent notamment sur deux des monuments qui leur sont tout particulièrement dédiés. L’autre stèle porte les noms des exécutés suivants : Gilbert Bertrand, Jacques Bronson, André Gros (avec, en plus, une plaque commémorative déposée par sa famille), Jean Hiot, Léon Juste, Suzanne Last, Pierre Roquefort, Maurice Sévajols. Elle est incomplète (2015) car tous les noms des exécutés identifiés n’y sont pas inscrits. On y a gravé l’inscription suivante : "Ici ont été relevés les corps de 19 martyrs de la barbarie nazie".
Oskar Schiffner, adjoint de la SIPO-SD de Carcassonne, qui ordonna l’exécution des prisonniers à Baudrigues fut condamné aux travaux forcés à perpétuité le 23 mars 1953 par le tribunal de Bordeaux (Gironde).
Il existe à Carcassonne une rue des martyrs de Baudrigues.
Au total, treize des dix-neuf victimes — dont quatorze sûres et cinq dont la présence sur lieu de la tuerie n’ a pas été à ce jour prouvée — ont été identifiées :
René AVIGNON
Simon BATLLE
Gilbert BERTRAND
Jean BRINGER
Jacques BRONSON
Jean HIOT
André GROS
Léon JUSTE
Suzanne LAST
Aimé RAMOND
Pierre ROQUEFORT
Maurice SÉVAJOLS
André TORRENT
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, dossiers de René Avignon, de Suzanne Last et d’André Torrent. — Arch. dép. Aude, 107 W 633, procès-verbal de brigade de gendarmerie de Carcassonne sur les lieux de l’explosion de Roullens, 28 août 1944 ; 107 W 636. — Arch. dép. Aude, 3 J 2881, dossier de documents photocopiés concernant principalement Jacques Bronson, et plus particulièrement le manuscrit d’André Biaud (s.d., peu après la fin de la guerre) : souvenirs de sa détention à Perpignan et à Carcassonne entre les 15 et 19 août 1944. — Le Républicain, Perpignan, 18 octobre 1944. — Lucien Maury, La Résistance audoise (1940-1944), tome II, Carcassonne, Comité de l’histoire de la Résistance audoise, Carcassonne, 1980, 441 p. [p. 344, p. 396]. — Julien Allaux, La seconde Guerre mondiale dans l’Aude, Épinal, Le Sapin d’or, 1986, 254 p. — Roger Lair, Claude Rivals, André Roou, Aimé Ramond. De Montgeard à Carcassonne, itinéraire d’un policier résistant, préface de Julien Allaux, Montgeard, Amicale culturelle, cercle d’histoire Aimé Ramond, 1995, 137 p. [en particulier, les pp. 119-121]. — Yannis Bautrait, Jean Blanc, Sylvie Caucanas, Françoise Fassina, Geneviève Rauzy, Résistances et clandestinité dans l’Aude, catalogue par les Archives départementales de l’Aude, présentée à Carcassonne du 11 octobre 2010 au 7 janvier 2011, Carcassonne, Archives départementales de l’Aude, 2010, 71 p. [pp. 64-65]. — Résistances et clandestinité dans l’Aude, catalogue de l’exposition réalisée aux Archives départementales de l’Aude (Carcassonne), édition PDF, Carcassonne, 2010, 22 p. — Jean-Louis H Bonnet, "La Libération de Carcassonne d’après les témoins (19 et 20 août 1944), Mémoires de l’Académie des Arts et sciences de Carcassonne, années 2012-2015, 6e série, tome IV, volume 55, pp. 139-177. — Memorial genweb (www.memorialgenweb.org/memor...), site consulté le 16 octobre 2015. — « Baudrigues, vision d’horreur », 14 août 2013, Musique et patrimoine de Carcassonne, http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive/2013/08/14/20-aout-1944-baudrigues-vision-d-horreur-176357.html, blog d’informations sur la culture, l’histoire et le patrimoine de Carcassonne, consulté le 6 mars 2014. — Site www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr consulté le 20 octobre 2015. — Discours d’hommage à Aimé Ramond, rédigé par Philippe Marchal, de la police carcassonnaise (2012) et lu ultérieurement par un élève de 1e professionnelle du lycée Jules-Fil de Carcassonne in site www.aude.gouv.fr/IMG/pdf/RAMOND, consulté le 19 octobre 2015. — Informations complémentaires (procès de René Bach) communiquées par Jean-Louis H. Bonnet, historien (Carcasssonne), novembre 2015.

André Balent

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