Né le 6 avril 1912 à Quillan (Aude), blessé lors du combat de Trassanel du
8 août 1944 à Trassanel (Aude), mort le 9 août 1944 à Trassanel ; ouvrier aux Mines et usines de Salsigne (Aude) ; militant syndicaliste (CGT) ; résistant (Combat, AO) ; fondateur et chef du maquis AS/CFL « Armagnac » de Trassanel (Aude)

Antoine Armagnac (1912-1944)
Archives départementales de l’Aude, E° 1209
Le père d’Antoine Armagnac, boulanger, vint habiter avec sa famille à Conques-sur-Orbiel (Aude), au nord du département. Il s’embaucha aux Mines et usines de Salsigne, une grande entreprise du versant méridional de la Montagne Noire.
Militant syndical de la CGT de son entreprise, il demeura, après l’unification de 1935, un militant de la tendance confédérée et sympathisait avec la SFIO. Il occupa des fonctions de direction syndicale.
Par son mariage, il devint le beau-frère de Félix Roquefort, un militant syndical en vue de Conques et de Salsigne. Jusqu’à la mort tragique d’Antoine Armagnac les trajectoires syndicale, politique et résistante des deux beaux-frères furent étroitement liées.
En 1939, il fut mobilisé dans la Marine. Ayant repris son travail à Salsigne à l’automne 1940, il fut l’un des premiers résistants de l’entreprise et de son village, Conques-sur-Orbiel. Avec Félix Roquefort, il adhéra dès 1941 au mouvement Combat fondé à Carcassonne par Albert Picolo. Il devint, toujours avec son beau-frère, un des militants en vue de la branche Action ouvrière (AO) de Combat à Salsigne. Il participa avec des mineurs de Salsigne à la manifestation carcassonnaise du 14 juillet 1942 dont le maître d’œuvre fut Albert Picolo et qui rassembla de 2000 à 3000 personnes appartenant à toutes les composantes de la Résistance (parmi les participants, Voir : Michel Bruguier, et son père Georges Bruguier sénateur du Gard, Félix Roquefort, Lucien Roubaud, René Nelli). Le 20 septembre 1942, une autre manifestation fut convoquée — à nouveau devant la statue d’Armand Barbès de Carcassonne afin célébrer la bataille de Valmy. La répression fut sévère. Antoine Armagnac, l’un des manifestants les plus en vue fut arrêté avec quatorze autres résistants dont quatre communistes et incarcéré à la maison d’arrêt de Carcassonne.
À sa sorte de prison, il plongea à nouveau dans la clandestinité et fut, dans le cadre de l’AO et de l’AS chargé de mission diverses. Adhéra-t-il comme son beau-frère au PC clandestin au début de 1944 ? C’est possible, mais, comme lui, il demeura à l’AS et à l’AO (MUR). En janvier 1944, le chef départemental de l’AS, Jean Bringer lui confia la tâche délicate de former un maquis sur le versant méridional de la Montagne Noire afin de contrôler la route de Carcassonne à Mazamet (Tarn). Bon connaisseur du terrain, Armagnac établit le maquis qui prit son nom entre Trassanel et Labastide-Esparbairenque (Aude). Ravitaillé par plusieurs parachutages, le maquis groupa soixante-dix hommes en juin 1944. Ses effectifs s’accrurent encore avant l’issue tragique du 8 août. Il intégra principalement des Audois, dont de nombreux habitants de Conques-sur-Orbiel et des mineurs de Salsigne parmi lesquels une vingtaine d’Algériens qui y étaient employés. Il fut renforcé le 5 août 1944 par un groupe issu du peloton de Louis Fourcade du Corps franc de la Montagne Noire qui s’était dispersé afin d’échapper à la pression des forces allemandes (Voir : Bertrand Gilbert). Pendant la nuit du 11 au 12 juillet, les maisons d’Armagnac et de son beau-frère furent pillées à Conques-sur-Orbiel. Selon le témoignage de Félix Roquefort cité par Lucien Maury (op. cit., tome 2, p. 295), le maquis fêta le 14 juillet 1944 en envoyant un détachement armé défiler dans les rues de Conques-sur-Orbiel, en dépit de la présence, à proximité, de troupes allemandes. Le maquis envisagea, début août d’intenter une action afin de libérer Jean Bringer, arrêté par les Allemands le 29 juillet 1944. Le 4 août 1944, le maquis Armagnac fut attaqué par les Allemands après que ces derniers eurent contraint un autre maquis du secteur, le Corps franc de la Montagne Noire, à se disperser. Un combat décisif eut lieu le 8 août (Voir : Trassanel (8 août 1944)). Antoine Armagnac couvrit la retraite de ses hommes en manoeuvrant simultanément deux fusils-mitrailleurs. Il fut blessé à trois reprises. Une rafale l’atteignit grièvement au ventre. Laissé pour mort par les Allemands, il fut secouru le 9 août par une habitante de Cabrespine, Mme Faria qui alerta les habitants de son village après l’avoir mis à l’abri dans une cabane près de la grotte. Quand elle vint chercher avec des secours afin de le transporter à Cabrespine, il agonisait. Il mourut dix-huit heures après l’affrontement armé (témoignage de Félix Roquefort, repris par Lucien Maury, op. cit., tome II, 1980, pp. 301-302). Son neveu, Christophe Roquefort, âgé de seize ans périt dans le combat du huit août. Son décès survenu le 9 août fut pourtant enregistré le 8 août à l’état civil. Il fut enterré au cimetière de Conques-sur-Orbiel, dans le carré des quatorze maquisards et autres résistants de la commune, fusillés ou morts au combat la grande majorité lors des combats du 8 août ou dans les jours qui suivirent.
Antoine Armagnac, déclaré « mort pour la France » fut fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume. Une rue porte son nom à Carcassonne. Il existe également des rues Antoine-Armagnac dans d’autres communes de l’Aude : Conques-sur-Orbiel, Villemoustaussou, Trassanel.
Son nom figure sur le monument aux morts de la Seconde Guerre mondiale de Conques-sur-Orbiel ; sur une des deux plaques commémoratives des morts de la commune pendant les deux guerres mondiales ; sur le monument de Trassanel commémorant les victimes du combat de Trassanel, les « morts à l’ennemi » et les combattants prisonniers exécutés par les Allemands le 8 août à Trassanel et le 19 août à Roullens (Aude).
Voir : Trassanel (8 août 1944)
Sources

SOURCES : Lucien Maury, La Résistance audoise (1940-1944),Carcassonne, Comité d’Histoire de la Résistance du département de l’Aude, 1980, tome I, 450 p. [pp. 53-54] ; tome II, 441, p. [pp. 294-302, 319].— Memorial Genweb, site http://www.memorialgenweb.org consulté le 22 octobre 2015.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : Maury, op. cit., 1980, t. 2, p. 298.

André Balent

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