Seize fusillés sommaires ou morts au combat, tués les 6 et 7 juillet 1944 à Roquefixade (Ariège) par les forces de Vichy (Milice et GMR) ou les Allemands, retrouvés au lieu-dit Rambert, commune de Roquefixade le 7 juillet et identifiés à des moments différents : le 7 juillet, 16 septembre, le 12 décembre.

Roquefixade, vue générale du village
Photographie : André Balent, 4 juillet 2016
Roquefixade, hameau de Coulzonne
Photographie : André Balent, 4 juillet 2016
Roquefixade, monument commémoratif des combats des 6 et 7 juillet 1944, édifié en 1973 à 500 m du hameau de Coulzonne
Photographie : André Balent, 4 juillet 1944
Monument commémoratif de Coulzonne, plaques mentionnant les noms des victimes des combats des 6 et 7 juillet 1944. Le nom de Jacques Rousse a été effacé depuis
Photographie : André Balent, 4 juillet 2016
Monument de Coulzonne (Roquefixade). La plaque annonçait initialement 17 combattants tués. Elle a été corrigée depuis..
Photographie : André Balent, 4 juillet 2016
NOTICE, par André Balent
Les FTPF de l’Ariège. La 3101e compagnie, sa formation et son activité jusqu’au combat de Roquefixade (6 juin-6 juillet 1944) :
Au moment de leur organisation les FTPF ariégeois étaient répartis entre trois compagnies (1e, 2e, 3e de l’Ariège rebaptisées respectivement 3101e (commandée par Calvetti puis par Jean Sannac, dans la région de Lavelanet-Foix), 3102e (dirigée par René Plaisant, dans le Couserans), 3103e (dirigée par René Burg, dans le Pays d’Olmes). Ces compagnies formèrent des maquis qui changèrent de cantonnements entre juin et août 1944.
En juin 1944, la 3101e compagnie des FTPF (1e compagnie de l’Ariège), formée par 70 FTPF ariégeois — dont beaucoup de jeunes qui ont afflué à Vira (Ariège) après avoir pris connaissance de l’appel diffusé dès le 6 juin par Amilcar Calvetti — multiplia les coups de main vers Pamiers, Foix, Mirepoix ou Lavelanet (Ariège).Les FTPF avaient été organisés à partir de juin 1944 par Amilcar Calvetti de Sète (Hérault) et André Lacoste de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), arrivés respectivement en Ariège les 8 et 12 avril 1944. Jean Sannac alias "Jean Ferrand", était le seul Ariégeois à exercer des responsabilités importantes dans la direction de la 3101e compagnie de FTPF.
Après le combat de Vira contre les Allemands (9 juin) et le massacre d’Arvigna (29 juin), le maquis s’installa (30 juin) dans le massif pré-pyrénéen du Plantaurel, à Roquefixade (Ariège), près de Foix, dans un cantonnement aux granges du Grézat. Ce fut Manuel Serra alias "Godefroy", un communiste biterrois, qui fut chargé par Lacoste d’organiser le repli au Grézat. Dans l’idée des chefs du maquis, le séjour au Grézat n’était que temporaire. Toutefois, depuis Roquefixade, les FTPF, entreprirent des actions, parfois de façon conjointe avec les maquisards de l’Agrupación de guerrilleros españoles (AGE). Au matin du 6 juillet 1944, loin de soupçonner l’imminence d’un assaut, les maquisards aidaient les paysans à rentrer les foins. Deux jeunes, Jacques Rousse âgé de quatorze ans et Éloi Ulmann arrivèrent dans la matinée au Grézat, se portant volontaires pour le maquis. Étant donné leur jeune âge, Calvetti, refusa de les intégrer à sa compagnie et leur demanda de retourner chez eux après le repas de midi, mais ils ne le purent car l’attaque commença bientôt. Rousse fut porté disparu et pendant longtemps on crut qu’il était mort. Ulmann fut tué dans les combats.
L’attaque du maquis à Roquefixade, 6 et 7 juillet 1944 :
L’attaque du maquis à Roquefixade était combinée entre les forces de Vichy et les Allemands. Les premières regroupaient des GMR venus de Toulouse dont la "brigade" de Pierre Marty, intendant de police régional de Toulouse (auparavant en poste à Montpellier), présent sur les lieux ; des Francs gardes de la Milice de l’Ariège (une centaine d’après Marty à son procès, Toulouse, 1948). C’était l’une des multiples expéditions entreprises par Marty contre les maquis des régions de Montpellier ou de Toulouse, la seule, en tout cas, où il put se prévaloir d’une "victoire". À noter que dès le 5 juillet, Marty après avoir quitté Toulouse, était déjà à Mirepoix, au nord-est du département de l’Ariège afin de préparer les détails de l’attaque du lendemain.
Les forces de Vichy (environ 120 GMR et miliciens) donnèrent l’assaut le 6 juillet en début d’après-midi. Quatre (ou six, d’après "Oscar" et Pierre Marty) autocars de couleur bleu marine arrivèrent à proximité de Roquefixade et, informés de la localisation du cantonnement des granges de Grézat, GMR et miliciens commencèrent à s’en approcher. Les miliciens commandés par Pincemin attaquèrent le cantonnement par le sud et les GMR, directement aux ordres de Pierre Marty, ainsi que les hommes de la "brigade" personnelle de ce dernier, par le nord et le nord-est depuis Péreille. Surpris, les FTPF improvisèrent la défense. Ils se répartissaient entre plusieurs groupes. Les forces de Vichy tuèrent des maquisards, massacrèrent des blessés, incendiant au passage plusieurs granges. Il y eut des blessés et des tués parmi les maquisards des groupes commandés par Bustamente et Rauzi dépendant du détachement commandé par "Oscar" (Bénito Pérez) composé surtout de jeunes. Les FTPF eurent douze morts et trois d’entre eux furent faits prisonniers. Les miliciens eurent officiellement deux morts, un officier, Philippe Bourrague chef de trentaine de Foix âgé de vingt deux ans récemment marié et un sous-officier, chef de dizaine, Marcel Martinet de Toulouse fabriquant de chaussures âgé de quarante-et-un ans. Tous deux occupaient un side-car sur lequel un tir des FTPF fit mouche. En fait, d’après Pétris (op. cit.), ils eurent en fait vingt-quatre ou vingt-cinq morts. Plusieurs témoins ont en effet constaté que le nombre de miliciens tués au combat était considérable. Claude Platon, cadre franc garde à Foix, fils de Charles Platon amiral et ancien ministre de Vichy, participait à l’assaut. Après l’arrivée de renforts FTPF, les GMR de Marty se replièrent et ce qui restait du groupe d’"Oscar" fut dégagé. Les combats cessèrent vers 19 heures. Parmi les FTPF tués le 6 juillet, Egon Berlin alias "Petit Paul", un adolescent juif orphelin que, malgré son jeune âge, les FTPF avaient gardé avec eux afin qu’’il pût échapper à une arrestation et à la déportation vers un camp d’extermination.
La veille de leur attaque, le 6 juillet, alors que les forces de Vichy étaient en train d’en découdre avec les maquisards, les Allemands bouclèrent la zone en contrôlant les routes d’accès, en particulier au nord de Roquefixade, entre l’Herm et Rappy. Le 7 juillet, les Allemands, passant à leur tour à l’attaque, procédèrent au "nettoyage" des lieux, tuant encore quatre maquisards d’un groupe qui était revenu sur les lieux du combat de la veille et qui fut surpris par les assaillants (un blessé grave, Aimé Pauly, qui réussit à s’enfuir ainsi que Hilarion Cuenca, Raymond Castillo, alias "Leclerc" et Comes). Dans la soirée du 7 juillet, après que le docteur Charles Darnaud eut constaté le décès des seize victimes, Amilcar Calvetti et Jean Sannac virent Jules Sicre, le maire de Roquefixade, afin qu’il donnât une sépulture aux seize cadavres des maquisards tués ou massacrés.
Bilan humain du combat de Roquefixade :
Lors de leur assaut les 6 et 7 juillet, GMR, miliciens et Allemands tuèrent donc 16 maquisards (12 le 6 et 4 le 7). Ces chiffres basés sur des recoupements de témoignages d’autres combattants sont cependant incertains. Initialement, les chiffres de 10 ou 11 morts avaient été donnés pour le 6 juillet. Dans un premier temps, 17 homes furent inscrits sur le monument commémoratif des maquisards exécutés à Roquefixade. Celui du 17e, Jacques Rousse, fut effacé du monument (photographie ci-jointe) après 2007. Disparu en 1944, ce dernier s’est entre temps fait connaître.
Âges :
Les maquisards tués les 6 et 7 juillet étaient très jeunes. Le plus âgé, Arseguel, n’avait pas trente ans. Avec lui, Campos et Sellerini étaient les seuls nés avant 1920 (3). Ceux qui naquirent dans la décennie 1920 étaient au nombre de treize. Parmi eux, un seul (Calmon) était majeur. Même François Bustamente militant communiste investi de responsabilités qui aurait dû atteindre l’âge de vingt-et-un ans en novembre, n’était pas encore majeur. Les natifs de 1926 (dix-huit ans révolus ou non) ont fourni le plus fort contingent de tués ou massacrés : (Bosc Kléber, Dandine, Dauza, Garcia, Sannac). Il n’y avait qu’un seul mort né en 1925, (Bosc Marceau). Tremesaygues, Ulmann et Berlin nés respectivement en 1927 pour le premier et 1928 pour les autres, étaient vraiment jeunes pour appartenir à une unité combattante. En juillet 1944, Tremesaygues n’avait pas encore atteint l’âge de dix-huit ans. Son engagement volontaire aux FTPF ne fut pas, à notre connaissance, refusé par Calvetti. Ce dernier renvoya Ulmann et Rousse nés respectivement en 1928 et en 1930, venus au maquis le 6 juillet peu avant le début des combats. Ils ne purent retourner chez eux. Ulmann fut tué et Rousse prisonnier disparu fut longtemps considéré comme étant la 17e victime de l’affrontement armé des 6 et 7 juillet. Dans le cas de Berlin, adolescent persécuté racial, sa présence ne s’explique que parce qu’il trouva un refuge parmi les FTPF.
Lieux de résidence :
La moitié des tués (huit sur seize) étaient Appaméens. Certains étaient natifs de Pamiers. D’autres y avaient accompagné leurs parents qui y avaient trouvé des emplois. Ils résidaient dans la plus grande ville de l’Ariège, important centre industriel. À Pamiers, la grande usine métallurgique (société CFD) était le premier employeur. En 1944, elle contribuait au premier chef à l’effort de guerre du Reich. En 1944, cependant, un jeune Appaméen avait trouvé un emploi de mitron à Saint-Paul-de-Jarrat, au sud-est de Foix.
Sept autres tués de Roquefixade venaient de communes du Pays d’Olmes — parfois des centres industriels comme Lavelanet— , dans la zone pré-pyrénéenne, à l’Est du département. Un maquisard, enfin, venait de Sigean, dans le département voisin de l’Aude.
Nous sommes donc en présence, pour des maquisards de base, à un recrutement pour l’essentiel ariégeois, appaméen en premier lieu. À noter que l’examen des patronymes révèle le poids de l’immigration espagnole (deuxième génération) parmi les natifs de l’Ariège. Deux étrangers parmi les seize victimes : un Italien, apparemment bien inséré dans le milieu local et, peut-être, naturalisé ; un jeune Allemand, persécuté racial et fugitif en quête d’un un milieu protecteur.
Professions :
Pour beaucoup de ces jeunes, il n’est pas fait mention de la profession. Peut-être certains poursuivaient-ils des études secondaires ? D’autres pouvaient être apprentis ou sans emploi. Deux d’entre eux étaient des "métallos" de l’usine CFD de Pamiers. Un autre, dont la profession n’est pas spécifiée, avait un père qui travaillait dans cette usine. Nous savons que beaucoup avaient gagné les rangs des FTPF ("légaux" puis au maquis) car ils habitaient dans un quartier où vivaient beaucoup de familles de métallurgistes. Il y avait aussi : deux maquisards venant de villages où ils étaient des actifs agricoles ; deux mitrons.
Affiliation politique :
Le PC clandestin, implanté chez les métallurgistes appaméens, a été la force d’entraînement qui amena ces jeunes à l’action armée, d’abord dans le cadre des FTPF "légaux", ensuite au maquis, dans la 3101e compagnie. Si quelques tués de Roquefixade adhéraient peut-être au PC clandestin ou sympathisaient avec lui, trois d’entre eux étaient, de façon certaine, des adhérents de ce parti (Sannac, Bustamente, Rauzi).
Morts le 6 juillet 1944 (forces de Vichy) : Egon Berlin, Jacques Dandine, François Rauzi, Bernard Garcia, Robert Sannac, François Bustamente, Marceau Bosc, Kléber Bosc, Léopold Arseguel, Augustin Calmon, Daniel Lopez, Raoul Tremesaygues.
Morts le 7 juillet 1944 (Allemands) : Éloi Ulmann, Girolamo Sellerini , Joseph Campos, Georges Dauza.
La 3101e compagnie de FTPF après le combat de Roquefixade :
À Roquefixade, le groupe commandé par Bénito Pérez fut un moment encerclé par des éléments de la Milice. Le maquis FTPF, très éprouvé, n’ a pas été anéanti. Les survivants de la compagnie purent se replier au col de la Lauze, dans une forêt, près de Montségur (Ariège), d’où ils continuèrent à harceler les forces d’occupation, entrant en contact avec les guerrilleros espagnols de l’AGE. À un moment, ils durent se replier momentanément près de Bélesta (Ariège) — où ils furent en contact avec le maquis audois voisin de Picaussel (AS) attaqué les 6, 7 et 8 août 1944 par d’importantes forces allemandes — avant de revenir au col de la Lauze. Jean Sannac prit, le 10 juillet 1944, le commandement de la 3101e compagnie des FTPF de l’Ariège.
Reconnaissance et inhumation des victimes :
Comme les chefs du maquis le lui avait demandé, le 8 juillet, Jules Sicre, rassembla les corps des maquisards tués et de les fit ensevelir dans une fosse commune du cimetière Saint-Martin, le seul de Roquefixade. Il n’y eut pas de cérémonie car le curé Fournier qui se rendait sur les lieux fut refoulé par un communiste, habitant de Roquefixade. Le 16 septembre une messe fut célébrée en leur honneur en l’église de Nalzen, commune proche de Roquefixade. Le cortège funéraire se dirigea ensuite vers la fosse commune où fut déposée une couronne. Ce même jour, beaucoup de corps furent reconnus par deux FTPF de la 3101e compagnie ayant participé aux combats des 6 et 7 juillet, Jean Sannac, vingt-quatre ans, capitaine FFI et ancien "commissaire politique" de la 3101e compagnie et Gilbert Paquin, trente-deux ans, lieutenant FFI. D’autres le furent par d’autres combattants, des membres de la famille ou des proches.
Les corps furent exhumés à partir du 25 septembre. Si les maquisards tués par les Allemands étaient parfaitement reconnaissables, ceux qui l’avaient été par les GMR ou les miliciens ne l’étaient pas : criblés de balles, ils furent aussi victimes de l’acharnement morbide des forces de Vichy ; les Miliciens ont achevé les blessés du détachement d’"Oscar". Par la suite, le 3 octobre, les corps mis en bière furent transportés à Pamiers. Ils stationnèrent d’abord devant le monument aux morts puis furent déposés dans la cathédrale Saint-Antonin de la ville dans une chapelle ardente. Le 4 octobre fut célébrée en leur honneur une messe solennelle à l’issue de laquelle prirent la parole : Joseph Cerny, maire communiste de Pamiers depuis la Libération, Mlle Claude de l’UFF, Gilbert Trigano du FUJP (fondateur et futur patron du Club Méditerranée), Félix, secrétaire régional des JC, Antige du Front national, Abel (André Lacoste ?) secrétaire du PC. Une salve de fusils fut tirée à la sortie par une garde d’honneur. Le 4 octobre eurent lieu les premières inhumations : Daniel Lopez et Raoul Tremesaygues à Laroque d’Olmes ; Jacques Dandine à Foix ; Girolamo Sellerini à Lavelanet.
Ce fut à Roquefixade que le plus de résistants furent tués ou exécutés en Ariège pendant des combats contre les forces allemandes ou de Vichy. Aussi les morts des 6 et 7 juillet 1944 provoquèrent une grande émotion dans tout le département de l’Ariège, au même titre que les victimes civiles massacrées à Rimont le 21 août 1944 (Voir : Lieu d’exécution de Rimont).
Le contexte régional, la stratégie allemande :
Cette opération conjointe des forces allemandes et de celles de Vichy (GMR, Milice) à Roquefixade s’inscrivait dans le cadre de la stratégie générale allemande définie par le commandant en chef du groupe d’armées G, le général Blaskowitz (Toulouse), après le débarquement de Normandie et en prévision d’un débarquement allié en Méditerranée : contrôler les voies de communication entre Atlantique et Méditerranée et, pour atteindre cet objectif, neutraliser puis anéantir les maquis au Nord (sud du Massif Central) et au Sud (les Pyrénées) de cet axe. Les maquis ariégeois, comme ceux de l’Aude, des Pyrénées-Orientales, de l’Hérault, de l’Aveyron, du Tarn, de Lozère, du Gard, etc... ont donc été l’objet de violentes opérations de "nettoyage" qui n’ont pas épargné les populations civiles parfois prises en otage ou victimes collatérales.
Les objectifs de Pierre Marty, intendant régional de police :
Pour Pierre Marty, il s’agissait de la poursuite d’une sanglante traque de la résistance et des maquis entreprise depuis l’hiver alors qu’il avait en charge l’intendance de police régionale de Montpellier avant d’être muté à Toulouse. À son procès à Toulouse, en 1948, Marty expliqua dans sa déposition : "Je commandais moi-même les expéditions afin de mieux contrôler ces brutes assoiffées de sang [les miliciens]. En une seule occasion la Milice échappa à mon contrôle et ce fut le massacre de Roquefixade".
Hommages et monuments commémoratifs :
­À Roquefixade, une plaque rectangulaire commémorative en marbre blanc fut fixée en bordure de la route sur les lieux des combats des 6 et 7 juillet 1945. Elle fut inaugurée le 10 juillet 1946. Sur la route départementale 9, le conseil général de l’Ariège fit édifier une grande arche qui célébrait également le sacrifice des maquisards de la 3101e compagnie de FTPF. Enfin, un monument, œuvre de Pierre Respaud, fut édifié à 801 m d’altitude au lieu-dit Coulzonne. Un socle de 2, 5 m de hauteur sert de support à la plaque avec initialement dix-sept noms (seize aujourd’hui) ; il est surmonté d’une main tenant un flambeau. Il fut inauguré le 1er juillet 1973 en présence du colonel Henri Rol-Tanguy.
Un autre monument (mausolée) fut érigé dans le cimetière Saint-Jean de Pamiers après souscription publique par les "Amis des FTPF". Il était destiné à recueillir les corps des victimes de combats et massacres de 1944 en Ariège (Rappy, Vira, Roquefixade, Prayols, Rimont). Œuvre de M. Bonis, architecte, il est connu sous le nom de "lanterne des morts". Il a été bâti en pierres de taille de grès rouge. Sont inscrits les noms des dix-neuf morts inhumés dont certains (dix) de Roquefixade. On peut lire : "La population ariégeoise à ses fils tombés pour la libération de la France". Cette inscription est surmontée des lettres gravées du sigle "FTPF" et des mots : "Rappy, 1944, Vira, Prayols, Roquefixade, Rimont". Ce monument fut inauguré en présence du maire communiste de Pamiers Émile Daraud, d’Amilcar Calvetti, du préfet et des députés. Des corps qui furent inhumés dans ce mausolée n’y reposent aujourd’hui que ceux de François Bustamente et d’Egon Berlin.
DOCUMENT DE L’ÉTAT CIVIL DE ROQUEFIXADE, RELEVÉ ET COMMENTAIRE par Barbara Bonazzi :
[Acte de décès] No 2
Décès de seize personnes dont l’identité n’a pas pu être établie.
7 juillet
Le 7 juillet 1944 à une heure qui n’a pu être déterminée sont décédés au lieu dit Rambert [commune de Roquefixade] seize individus, du sexe masculin, dont l’identité n’a pu être établie [NOTE EN MARGE : ces cadavres étaient ceux de jeunes gens paraissant Français âgés approximativement de vingt à vingt-quatre ans au maximum. Le Maire]. Ils étaient vêtus sommairement, de pantalons bleu marine et de chemises kaki ; le pantalon de l’un d’eux portait le liseré jaune des Chasseurs alpins, un autre était du motif de la marine. Toutes les poches des cadavres étaient retournées. Au fond de l’une d’elles, a été retrouvé seulement une note de la Préfecture de l’Ariège, concernant un nommé Ulmann, forain à Pamiers. À coté d’un autre cadavre, a été retrouvé une carte d’identité avec récépissé de demande de carte d’identité de François, une carte de travail et un certificat de libération des Chantiers de jeunesse au nom de Calmon Auguste né le 4 Décembre 1921 à Sabarat, ouvrier agricole à La-Tour-du-Crieu. Ce dernier à été identifié et vérifié par M. le Docteur Charles Darnaud médecin à La-Tour résidant présentement à Roquefixade. [NOTE EN MARGE : voir pour identification actes de décès no. 4 Jacques Dandine.- no. 8 Roger François Rauzy.- no. 9 Bernard Garcia.- no. 10 Robert Sannac.- no. 11 Francisco Bustamente.- no. 12 Marceau Marcel Bosc.- no. 13 Klebert Louis Jean Bosc. – no. 14 Léopold Arseguel.- no. 15 Augustin Georges Calmon.- no. 16 Daniel Lopez.- no. 17 Trémesaygues Raoul.- no. 18 Éloi Ulmann]. Aucune autre pièce n’a permis d’identifier les autres cadavres. Ces pièces dont il est question ci-dessous, qui avaient été ramassés par nos soins et qui n’ont pu être adressées à la Préfecture par le courrier ont été envoyées à la Mairie, pour trois réfractaires armés le Dimanche 9 juillet à vignt heures. Dressé le 9 juillet vingt heures par Nous Sicre Jules Maire de Roquefixade sur l’ordre reçu de l’Autorité allemande d’avoir à ramasser immédiatement les cadavres des réfractaires restés sur le champ de bataille. Ceux-ci ont été ensevelis dans une fosse commune les uns à coté des autres dans le cimetière de Roquefixade au lieu-dit St-Martin. [NOTE EN MARGE : D’un jugement rendu le 3 octobre 1945 par le Tribunal civil de première instance de Foix sont décédés le 7 juillet 1944 à Rambert, territoire de Roquefixade : Sellerini Giralomo Giacomo « Mort pour la France » et Campos Joseph. NOTE 2 : D’un jugement rendu le 21 novembre 1945 par le Tribunal civil de première instance de Foix sont décédés le 7 juillet 1944 à Roquefixade Dauza Georges né le 21 mars 1926 à Toulouse].
Le Maire de Roquefixade
D’après les renseignements de la mairie de Roquefixade envoyés par mail le 16 septembre 2015 : :
"... les actes de décès de l’année 1944… comptent 12 personnes !
3 personnes ont été rajoutées sur le registre de 1945. il s’agit de SELLERINI Girolamo, CAMPOS Joseph et DAUZA Georges. Ce qui fait un total de 15 tués !
Or le monument portait 17 noms !
Un nom a été supprimé récemment car la personne n’est pas décédée ici et pas à cette époque, puisqu’elle s’est elle-même vue sur le monument dans les années 2000 !"
Liste des 16 tués de Roquefixade :
ARSEGUEL Léopold
BERLIN Egon
BOSC Kléber
BOSC Marceau, Marcel
BUSTAMENTE François (Francisco)
CALMON Augustin, Georges
CAMPOS Joseph
DANDINE Jacques
DAUZA Georges (dit Jean)
GARCIA Bernard
LOPEZ Daniel
RAUZI Roger
SANNAC Robert
SELLERINI Girolamo, Giacomo (dit Nino)
TRÉMESAYGUES Raoul
ULMANN Éloi
Le 17e :
ROUSSE Jacques longtemps considéré comme mort des suites du combat de Roquefixade. S’est fait connaître depuis. A suvécu.
Sources

SOURCES : André Lacoste, Cinquante ans de vie militante, Perpignan, Imprimerie Sofreix, 1986, 81 p. [témoignage autobiographique qui aborde surtout les années de clandestinité et de résistance, voir en particulier les pp. 11-23 et 43-51]. — Olivier Nadouce, L’Ariège, terre de résistance, la bataille de Vira, Saint-Cyr-sur-Loire, Éditions Alan Sutton, 2008, 157 p. — Jean-Jacques Pétris, Le maquis de Roquefixade, Toulouse, imprimerie Espace repro, 1999, 125 p. — Gérald Suberville, "L’affaire ¨Pierre Marty intendant de police devant la Cour de justice de Toulouse", in Les lendemains de Libération dans le Midi, Actes du colloque de Montpellier 1986, Montpellier, Université Paul-Valéry Montpellier III, 2e édition, Montpellier, 1998, 240 p. , 1e édition, 1997 [pp. 3-26]. — État civil de Roquefixade. — Renseignements communiqués par la mairie de Roquefixade.

André Balent, Barbara Bonazzi

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