Le monument du Bois de la Rosière se dresse à l’orée du bois qui lui a donné son nom, sur le territoire de la commune de Tournes près de Charleville-Mézières (Ardennes), où treize résistants ont été exécutés sans jugement le 29 août 1944.

La prison de Charleville
Rue Clément Métezeau à Charleville-Mézières
Le monument du Bois de la Rosière à Tournes
« À ceux qui n’ont pas douté »
Les sépultures d’Arthur Decruyenaere, Robert Pal et Lily Bauer dans le cimetière de Tournes
Clichés Husson
À la veille de la Libération, alors que les troupes alliées s’approchaient, les chefs de la Résistance ardennaise ayant appris que les Allemands rassemblaient des autocars pour transférer en Allemagne les patriotes internés à la prison de Charleville, ont pris la décision de les détruire. Après ce sabotage de treize autocars, le commandant Fritz Bauckloh, chef du SD de Saint-Quentin, qui avait autorité sur le département des Ardennes, a ordonné l’exécution en représailles de treize détenus de la prison de Charleville. Le 29 août 1944, onze hommes et deux femmes ont été extraits de leurs cellules, alignés le long d’un mur, puis embarqués dans un fourgon cellulaire stationné dans la cour de la prison qui les a conduits en dehors de la ville. Ils ont été exécutés à l’orée du Bois de la Rosière sur le territoire de la commune de Tournes :
- BAILLEUL Georges *, né le 24 juin 1917 à la Neuville-aux-Tourneurs (Ardennes), arrêté pendant l’exécution d’un sabotage le 16 février 1944, près de la gare d’Auvillers-les-Forges (Ardennes) ;
- DECRUYENAERE Arthur *, né le 26 août 1925 à Roubaix (Nord) ;
- DUPONT Georges *, né le 15 août 1920 à Lières (Pas de Calais), responsable des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) du secteur de Monthermé (Ardennes) ;
- MANON Louis *, né le 3 mai 1891 à Haybes (Ardennes), résistant dans le secteur de Fumay ;
- MATHIEU Roger *, né le 23 novembre 1914 à Piennes (Meurthe et Moselle), arrêté à La Francheville le 29 mars 1944, agent d’un réseau d’évasion d’équipages alliés ;
- MOREAU Henri, pseudo « Lucien », né le 24 avril 1919 à Nouic (Haute Vienne), chef départemental du Bureau des Opérations Aériennes (BOA) dans les Ardennes puis dans la Marne ;
- OGNOIS Marie-Thérèse, née le 7 octobre 1898 à Champy Haut, commune de Nouart (Ardennes), militante socialiste, membre de Libération-Nord, arrêtée le 8 juillet 1944 à Reims ;
- PAL Robert *, Juif hongrois, ouvrier agricole dans le cadre de la WOL à Remaucourt, dénoncé et interné à la prison de Rethel, puis transféré à la prison de Charleville ;
- BAUER Lily *, Juive hongroise, compagne de Robert Pal, arrêtée en même temps que lui
- ROY Guy *, né le 6 avril l922 à Paris, agent de liaison dans le secteur de Signy-l’Abbaye
- SAINT-MICHEL Charles *, né le 29 janvier 1920 à Saint-Florent (Deux-Sèvres) ;
- SCHLEISS Paul, pseudo « Titi », né le 27 mars 1913 à Reims, militant socialiste et responsable militaire de Libération-Nord dans la Marne, arrêté le 8 juillet 1944 à Reims ;
- SCHNEITER André, pseudo « Dédé », « Salavin », né le 27 juin l9l4 à Reims (Marne), responsable de Ceux de la Résistance (CDLR), du Bureau des opérations aériennes (BOA) et des Forces françaises de l’intérieur (FFI) dans l’arrondissement de Reims, arrêté le 8 juillet 1944 à Reims.

Le monument du Bois de la Rosière a été inauguré le 30 août 1947 en présence de nombreuses personnalités de la Résistance ardennaise et de Pierre Schneiter, député de la Marne, frère d’André Schneiter. Érigé sur les lieux mêmes du massacre, à l’initiative de la commune de Tournes, en faisant appel à une souscription publique, ce monument est l’œuvre du sculpteur rémois Gustave Maily. Il est constitué d’une stèle en marbre élevée à l’emplacement d’une Croix de Lorraine en bois dressée au lendemain de la libération.
Au-dessus des noms des treize résistants exécutés sont gravées une Croix de Lorraine et l’inscription :
« Ici le 29 août 1944, à la veille de la Libération, treize patriotes ont été fusillés par les Allemands ».
En 1994, la commune de Tournes a fait sceller une plaque à la base du monument : « 1944-1994. En hommage aux treize fusillés du Bois de la Rosière ». Au pied du monument, une plaque commémorative aux couleurs de la France et de la Hongrie rappelle que parmi eux se trouvaient deux juifs hongrois, Lily Bauer* et Robert Pal*. Une urne de pierre porte l’inscription : « À ceux qui n’ont pas douté ».
Chaque année, le dimanche le plus proche de la date anniversaire du 29 août, la commune de Tournes et les associations d’anciens résistants organisent une cérémonie du souvenir au Bois de la Rosière.
Sources

SOURCES : Ascas C., Genon J., Thiéry C. et Woirin M., 29 août 1944, massacre au Bois de la Rosière, brochure réalisée avec le concours de la commune de Tournes, non daté. — Archives de la famille Ognois conservées par Denise Richard-Ognois. — Gérard Giuliano, " 29 août 1944-Massacre au Bois de la Rosière ", non daté. — Jacques Vadon, 1940/1944 les Ardennes en images, Bruxelles, SODIM, 1977. — Jean-Pierre Husson, " Le monument des fusillés du Bois de la Rosière à Tournes (Ardennes) ", dossier en ligne sur le site « Histoire et mémoires », CRDP de Champagne-Ardennes. — Philippe Lecler, Le Temps des Partisans suivi de Mémorial de Berthaucourt, la Résistance et sa répression dans les Ardennes, Éditions Dominique Guéniot, 2009. — Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, dévédérom, AERI-Département de la Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2013.

Philippe Lecler, Jean-Pierre Husson

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