Né en 1892 à Velleron (Vaucluse), assassiné par la Milice le 28 juin 1944 à Mâcon (Saône-et-Loire) ; Marié, père d’un fils ; professeur d’histoire, archéologue et poète ; militant socialiste et pacifiste, membre suppléant de la CAP de la SFIO en 1932.

Élève à l’École normale supérieure de Saint-Cloud en 1914, J. Bouvet, fut, à peine entré à l’École, mobilisé comme fantassin et combattit à Verdun. Les souffrances des combattants lui inspirèrent le dégoût de la guerre et la ferveur pacifiste qu’il exprima dans Les Cantilènes Rouges sous le pseudonyme d’André-Jean.
Nommé en 1922 professeur d’histoire aux Écoles normales d’instituteurs et d’institutrices de Mâcon, il y enseigna jusqu’à leur suppression par Vichy en 1941 ; il devint alors, de 1941 à 1944, professeur au collège de Mâcon. Comme professeur aux Écoles normales, J. Bouvet exerça une profonde influence sur les futurs instituteurs et institutrices de Saône-et-Loire par un enseignement marqué d’un humanisme généreux et du désir d’éveiller le goût de la recherche originale.
J. Bouvet prolongea son action d’éducateur dans de nombreuses organisations de jeunesse : il fonda plusieurs « Auberges de Jeunesse » en Saône-et-Loire à Crèches-sur-Saône, Tournus, Mont-Saint-Vincent, Épinac, anima le foyer laïque de Mâcon, les Jeunesses socialistes, le Cercle des Jeunes artistes mâconnais. Orateur brillant et passionné, il multiplia les conférences et organisa des débats sur les questions sociales. Il entraîna les jeunes en promenades et enquêtes culturelles, les initiant sur le terrain à la préhistoire solutréenne, à l’interprétation des vertiges gallo-romains et, chaque été, il se retrempait dans la vie rustique à l’Auberge du Contadour sur la montagne de Lure où il retrouvait son ami Jean Giono.
Parallèlement, Jean Bouvet s’était jeté dans la bataille socialiste et, de 1924 à 1940, il se fit le propagandiste infatigable du Parti SFIO dans le département, appuyant dans leur campagne tous les candidats locaux et parlementaires. Secrétaire en 1934, de la section socialiste de Mâcon-ville qui comptait 85 adhérents, il collaborait en outre à l’Électeur du Mâconnais, hebdomadaire socialiste, à La Tribune Républicaine et fut, à partir de 1932, rédacteur en chef de la Bresse nouvelle. Élu conseiller municipal de Mâcon en 1932, il se fit le porte-parole de l’opposition socialiste au sein du conseil municipal à majorité modérée ou radicale. Il poursuivit une action concrète et constructive en faveur des humbles : enquêtes sur les taudis, aide matérielle aux grévistes, ravitaillement et logement des réfugiés espagnols, antihitlériens, des évacués alsaciens de 1939, du Nord en 1940. Au sein de la CGT, il se préoccupa surtout de former des Collèges du Travail, l’action syndicale devant se mener aussi hors du plan alimentaire, écrivait-il dans Le Travailleur de Saône-et-Loire. Bouvet fut élu membre suppléant de la CAP au congrès de Paris (mai-juin 1932) sur la motion de l’Aube (voir tome 16, p. 432). Au congrès de la Fédération de Saône-et-Loire en 1938 il se rallia à la motion Faure (qui condamnait les armements et les pactes) et entraîna à sa suite une bonne partie des militants (2 508 voix pour la motion P. Faure et 272 voix pour celle de L. Blum).
Président départemental de la Ligue des droits de l’Homme depuis 1927, il y trouva une nouvelle tribune pour défendre la démocratie et il devint en outre en 1932 secrétaire du Cartel mâconnais pour la paix. Il créa aussi un comité de vigilance des intellectuels antifascistes et appartint au bureau du Rassemblement populaire... Mais c’est sans doute en 1936 qu’il atteignit, pour le triomphe du Front populaire, son rayonnement le plus intense, brillant tout particulièrement dans l’atmosphère enfiévrée des réunions publiques... Et puis, ce fut, encore une fois, la guerre.
Durant l’Occupation, se sachant surveillé de près, il se réfugia dans les études d’histoire régionale, l’accomplissement de ses tâches professorales, les recherches d’archives sur la période révolutionnaire en Bourgogne.
Le 28 juin 1944, à Mâcon, au milieu des siens, il fut assassiné d’une rafale de mitraillette par trois miliciens en uniforme en représailles de la mort de Philippe Henriot propagandiste du gouvernement de Vichy et de la collaboration avec l’occupant. Malgré le silence de la presse et la terreur milicienne, plusieurs milliers de Mâconnais suivirent le convoi funèbre de Jean Bouvet.
Oeuvres

ŒUVRE et BIBLIOGRAPHIE : Les Cantilènes Rouges par André-Jean, Lyon, Audin, 1923. — La question des subsistances en Mâconnais à la fin de l’Ancien Régime et au début de la Révolution, 1788-1790, Mâcon, 1945, édité par le Comité Jean Bouvet, notice biographique. — Bulletin amical des Anciens élèves de l’École normale de Mâcon, année 1958, avec discours prononcés à l’inauguration d’une salle Jean Bouvet et de la rue Jean Bouvet à Mâcon.

Sources

SOURCES : Arch. Dép. Saône-et-Loire, 30 M et 41 M. — Journaux régionaux. — Notes de P. Goujon. — Important témoignage et notes de M. Degueurce.

Jean Maitron

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