SIGNES (Var)
LE CHARNIER du "Vallon des fusillés"

La Résistance régionale subit de lourdes pertes en juin-juillet 1944. Elles sont provoquées en grande partie par la trahison d’un officier Maurice Seignon de Possel (Noël pour la Résistance, Eric pour le Sipo-SD), parachuté pour diriger l’une des missions envoyées par Alger en Provence depuis le printemps 1944 (il avait été chargé d’établir une liaison par vedettes avec la Corse dans la région de La Ciotat). L’ensemble de cette trahison est consigné dans deux rapports, Antoine et Catilina, signés par Dunker Delage, pivot de la section IV du Sipo-SD de Marseille, le 6 juillet et le 11 août 1944. Plusieurs organisations sont donc décapitées par la répression, notamment l’ORA de Marseille, la direction marseillaise et régionale de l’ensemble FFI/CFL/MUR (ou MLN), le CDL des Basses-Alpes.
Après avoir été souvent torturés, au 425 de la rue Paradis à Marseille, siège de la « Gestapo », puis emprisonnés à la prison des Baumettes, 29 de ces résistants sont fusillés, après un simulacre de jugement sur place, sur le territoire de Signes le 18 juillet. D’après Dunker, le jugement aurait été prononcé par la cour martiale de la 244e Division d’infanterie. C’est une partie importante des élites de la Résistance provençale qui a été fusillée ce jour-là. Parmi les victimes, se trouvent Georges Cisson, chef régional du Noyautage des administrations publiques (NAP) et rédacteur de La Provence Libre journal des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) de Pro-vence, le capitaine Rossi Levallois, polytechnicien, chef des CFL et des FFI pour toute la R2, le commandant Chanay, Michel, Grand Michel, chef de la Mission interalliée, la plus importante des missions parachutées en Provence, Délégué militaire régional par intérim, les membres du CDL des Basses-Alpes, tous arrêtés le 16 juin à Oraison où ils étaient réunis, après un simulacre d’investissement du village par de faux maquisards.
Au même endroit, le 12 août, neuf autres résistants furent fusillés dans les mêmes conditions.
Pendant un certain temps, les dates précises des fusillades n’ont pas été établies. On a hésité entre le 19 et le 18 juillet pour la première, et entre une date comprise entre le 12 août et le 19 pour la seconde.
Les corps des uns et des autres ont été exhumés le 17 septembre 1944. Un monument funéraire a été inauguré le 18 juillet 1946 dans ce lieu, connu désormais comme le ´ Vallon des fusillés ª. Il est devenu nécropole nationale en 1996. Les indications portées sur les stèles comportent dès l’origine et même après le renouvellement récent des stèles de nombreuses erreurs (noms, dates, appartenance).
Liste des fusillés
18 juillet :
ANDRE Marcel, directeur d’école, chef départemental de l’AS, membre du CDL des Basses-Alpes.
AUNE André, courtier, chef de l’AS des Bouches-du-Rhône.
BARTHELEMY Georges, sous-directeur aux HBM de Marseille, responsable AS et mouvement Libération.
BARTHELEMY Lucien, son frère, agent commercial, responsable régional du réseau Brutus, Marseille.
BOYER Charles, ancien conseiller général radical-socialiste d’Aups, négociant, Marseille, président des Amitiés africaines, réseau Brutus.
CHABANON Albert, normalien, responsable régional des Jeunes et de l’organisation universitaire des MUR, Marseille.
CHANAY Henri, commandant, chef de la mission interalliée, DMR par intérim.
CHAUDON Roger, directeur de coopérative, responsable de secteur SAP Basses-Alpes.
CISSON Georges, ingénieur Ponts et Chaussées, chef régional Libération et du NAP, responsable du journal des MUR de R2 (Provence Libre).
CODACCIONI Paul, contrôleur principal des PTT, responsable du service des liaisons téléphoniques et télégraphiques de la Résistance en R2.
CUZIN François, normalien, agrégé de philo¬sophie, chef du service de renseignement des MUR des Basses-Alpes, membre du CDL.
DAUMAS André, médecin, Oraison.
DUBOIS Jean-Pierre, MUR, Marseille.
DULCY Léon, médecin, responsable de secteur du réseau Jockey (SOE) dans les Basses-Alpes.
FABRE Guy, étudiant, organisation universitaire des MUR, responsable adjoint Jeunes, Marseille.
FAVIER Maurice, secrétaire de mairie à Allemagne, membre du CDL des Basses-Alpes (PCF).
LATIL Emile, artisan peintre, Sisteron, membre du CDL des Basses-Alpes (FN).
LESTRADE Jean, étudiant, Marseille, agent de liaison MLN, Marseille.
LEVY Maurice, Nîmes, membre d’un réseau de l’OSS.
MARIANI René, étudiant, responsable adjoint de l’organisation universitaire des MUR, Marseille.
MARTIN-BRET Louis, ancien conseiller général socialiste, directeur des silos et coopératives des Basses-Alpes, chef départemental des MUR, président du CDL.
MOULET Jules, entrepreneur, Marseille, chef NAP des Bouches-du-Rhône.
PIQUEMAL Jean, biologiste, Manosque, responsable NAP et AS Basses-Alpes, membre du CDL.
ROSSI Robert, polytechnicien, capitaine de l’armée de l’Air, chef régional AS (CFL) et FFI R2.
ROSSI Terce, ouvrier mécanicien, Oraison.
Non identifiés à l’origine
4 inconnus.
12 août
KOLHER Paul, chef mécanicien ‡ la SNCF, Marseille, NAP SNCF et SR MUR.
LAFFORGUE Pierre, lieutenant, chef de poste des Services spéciaux (TR).
LIBERT Jean, responsable du service de liaison des MUR des Bouches-du-Rhône.
MUTHULAR d’ERRECALDE Jean-Maurice, major américain, membre de la mission interalliée.
PACAUD Léon, sous-officier, instructeur parachuté, membre d’une mission interalliée.
PELLETIER François, lieutenant, responsable des liaisons clandestines par vedettes ‡ Saint-Tropez.
SAINT-MARTIN Georges, étudiant, secrétaire du chef régional FFI.
WOLF André, notaire à Lançon, chef de secteur MUR de Salon-de-Provence.
Non identifié à l’origine
1 inconnu.
Hypothèses pour les inconnus
18 juillet
3 d’entre eux sont très vraisemblablement
BECHADE Maurice, Organisation universitaire et Jeunes de MUR, Marseille
LANCESSEUR Michel, sous-lieutenant, adjoint du commandant Chanay, chef de la mission interalliée
SALOM Robert, Sisteron, agent de liaison FTP des Basses-Alpes. Ce nom a été rajouté récemment (2011) parmi les stèles du charnier.
Le 4e inconnu du 18 juillet et l’inconnu du 12 août pourraient être
NINCK Paul, chef départemental ORA des Bouches-du-Rhône. . Ce nom a été rajouté récemment (2011) parmi les stèles du charnier.
Sources

SOURCES : Madeleine Baudoin, Témoins de la Résistance en R2, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1977 (rapports Catilina et Antoine). — Jean-Marie Guillon, La Résistance dans le Var, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1989. — Guillaume Vieira, La répression allemande de la Résistance dans la région de Marseille, Université d’Aix-Marseille, thèse de doctorat, 2013.

Jean-Marie Guillon

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